Revue de presse

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Craintes sur la présidentielle : « Des fonds spéculatifs restent à l'écart de certaines valeurs, pourtant de qualité, du seul fait qu'elles sont françaises »

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

Les investisseurs étrangers, qui détiennent la moitié des actions françaises, suivent de près le lancement de la campagne présidentielle en France. Le risque politique se manifeste déjà dans les tensions sur les taux français, au plus haut depuis dix-huit ans. En revanche, l'euro, en baisse de 1 % face au dollar en 2026, comme la Bourse de Paris, ne subit pas encore d'attaques spéculatives massives et coordonnées de la part des hedge funds. L'examen des actions françaises ciblées par les vendeurs à découvert, qui parient sur la chute des titres, ne laisse pas transparaître de raids contre la côte française et ses principaux secteurs (banques, luxe…). Hormis quelques groupes, comme Renault ou Accor, le CAC 40 est plutôt épargné à ce stade. Bolloré a été vendu à découvert par le hedge fund Millennium mais avant la déclaration du 24 août qui a mis le feu aux poudres sur la dette. Jean-Luc Mélenchon avait alors réitéré sa proposition deux mois plus tôt d'annulation de 18 % de la dette française. Les fonds spécialistes de la vente à découvert, comme Marshall Wace, restent plutôt positionnés sur la chute de valeurs comme Ubisoft, Valeo, Nexity et Alstom sans lien avec les élections. L'indice CAC 40 n'est pas encore très « attaqué » car il est déjà en retard sur les autres Bourses européennes en intégrant un scénario de croissance durablement faible en France. La Bourse de Paris gagne 3 % en 2026, derrière Francfort (+8 %), Londres (+9 %) et Madrid (+15 %).

Attentisme ou anticipation

« Cette sous-performance n'est pas le fruit du hasard. De nombreux intermédiaires de marchés font aujourd'hui état d'intérêts grandissants des investisseurs internationaux pour des produits permettant de se positionner à la baisse sur les actions françaises. Des fonds spéculatifs (hedge funds) reconnaissent même rester à l'écart de certaines valeurs, pourtant jugées très qualitatives par leurs équipes, du seul fait qu'elles sont françaises », constate Enguerrand Artaz, stratège à la Financière de l'Echiquier.

La « vague rouge »

Couvrir ses risques trop tôt, donc sur une longue durée, coûte cher, expliquant que certains investisseurs optent pour l'attentisme. Les marchés ne croient d'ailleurs pas à une « vague rouge » en 2027 comparable au Front populaire ou à la victoire de François Mitterrand en 1981. Sur la plateforme de paris Kalshi, Marine Le Pen est créditée d'une probabilité de victoire de 37 %, devant Edouard Philippe (23 %) et Jean-Luc Mélenchon (15 %). Sur Polymarket, la hiérarchie reste la même, mais avec un écart moindre : la présidente du Rassemblement national affiche une probabilité de victoire de 33 %, devant Edouard Philippe (26 %) et le président des Insoumis (15 %). Or c'est ce dernier qui est jugé le plus nuisible. Il souhaite « foutre au feu » 600 milliards d'euros d'obligations françaises détenus par la Banque de France.

Bardella face aux traders de la City

« L'incertitude plane sur le programme politique du RN, mais, d'une manière générale, la perspective d'une administration RN est un peu moins inquiétante pour les investisseurs qu'elle ne l'aurait été par le passé, car il a progressivement modéré ses positions, renonçant aux appels à une sortie de l'euro ou à la tenue d'un référendum sur l'appartenance à l'UE », constate Henry Cook, économiste à la banque MUFG. En décembre dernier, Jordan Bardella avait rencontré à Paris des hedge funds et des gestionnaires d'actifs anglo-saxons, comme T. Rowe Price, Rokos Capital, Man Group et M&G Investments, selon le « Financial Times ». En 2017, lors de la première confrontation entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un gérant de hedge fund avait trouvé le moyen de limiter le risque politique. David Tepper (23,7 milliards de dollars de fortune selon Forbes), du fonds Appaloosa, avait parié sur la hausse de l'écart de taux entre la France et l'Allemagne, car les marchés obligataires sous-estimaient, selon lui, la probabilité d'une victoire du Rassemblement national. Mais il avait acheté des actions européennes, car le marché boursier surestimait cette fois l'éventualité d'un succès de Marine Le Pen. Le « Frexit » écarté, la dette française et la Bourse de Paris connurent une embellie ponctuelle avant d'être rattrapées par les défis économiques et financiers de la France. Sur les marchés, la règle des « 100 jours de grâce » ne s'applique pas au nouveau président, mis sous pression dès son investiture.

Nessim Aït-Kacimi