Congrès du RN à Orléans : Marine Le Pen veut montrer un parti prêt à prendre le pouvoir

Par Anne Feitz
A nouveau, l'actualité vient percuter l'agenda du Rassemblement national. Après les accusations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, ce sont aujourd'hui les violences urbaines qui menacent de gâcher la fête. Prévu de longue date ce week-end à Orléans - la ville de Jeanne d'Arc, tout un symbole -, le congrès du parti d'extrême droite attirera « 20.000 à 30.000 » manifestants, selon le préfet du Loiret, Hugues Moutouh, qui promet un dispositif de sécurité exceptionnel. Des manifestations contre « le racisme, le fascisme et l'impérialisme » organisées à l'appel d'une cinquantaine d'organisations, mais qui laissent craindre des débordements liés à la présence de groupes d'ultragauche.
Climat de tensions
Pas de quoi toutefois troubler la sérénité apparente de Marine Le Pen, qui n'a pas souhaité annuler un événement crucial pour le RN. « On ne va pas s'arrêter de respirer parce que des gauchistes ont décidé de foutre à terre notre démocratie », a-t-elle déclaré mercredi sur France info. Histoire, aussi, de renvoyer aux participants (parmi lesquels le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ou la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet) et à l'exécutif, la responsabilité de violences éventuelles. Ce climat de tensions n'en risque pas moins de décourager certains adhérents de se rendre à Orléans, et de ternir les belles images espérées. Le congrès, qui se tient tous les trois ans, doit entériner la réélection de Jordan Bardella à la présidence du RN, le samedi. L'événement doit aussi investir officiellement Marine Le Pen comme candidate du parti à la présidentielle, et marquer le lancement de sa campagne au cours d'un grand meeting de mobilisation, le dimanche. « Avec 10.000 personnes, cela devrait être l'un des plus gros meetings de notre histoire », glisse un cadre du parti.
Solidité du tandem avec Bardella
Alors qu'en 2022, Jordan Bardella avait été élu avec 85 % des voix des adhérents, face à Louis Aliot, cette année le suspense est inexistant puisque le jeune président de 31 ans est le seul candidat. « Le taux d'abstentions ou de votes « contre » sera néanmoins intéressant à relever, car il indiquera la solidité du tandem qu'il forme avec Marine Le Pen », souligne le politologue Jean-Yves Camus. Pour l'heure, rien ne semble plus laisser prise au moindre signe de faiblesse. Disparus, les doutes sur le duo ayant émaillé une rentrée compliquée. Depuis fin septembre, les accusations de Mediapart - que Jordan Bardella nie en bloc - ont paradoxalement ressoudé le parti autour de son président. D'autant que Marine Le Pen affiche un soutien sans faille à celui qu'elle a désigné comme son futur Premier ministre. « Elle ne le lâchera pas, c'est psychologique. Elle est comme une louve qui protège ses petits », assure un élu. Les violences du 17 octobre ont aussi permis au RN de faire passer les controverses au second plan. Autant Marine Le Pen que Jordan Bardella ont multiplié les interventions depuis samedi pour poser le parti d'extrême droite comme la seule alternative capable de rétablir l'ordre, éreintant au passage le « pouvoir finissant », prônant le tout sécuritaire et la fin du « laxisme judiciaire ». Un « tract pour le RN », ont regretté plusieurs de leurs adversaires politiques, alors que rien ne semble pouvoir stopper le parti à la flamme. Aucune polémique n'a eu de prise sur les sondages d'intention de vote ou de popularité, dont certains, parmi les plus récents, donnent même Marine Le Pen à 38 % au premier tour. En interne, les cadres et les élus ont du mal à masquer leur confiance. « C'est notre tour. La question, ce n'est pas de savoir si on va gagner, mais comment on va gérer la victoire », lâche l'un d'eux.
Afficher force et unité
Pour la quadruple candidate, « le grand meeting sera l'occasion d'afficher la force et l'unité du parti, souligne Luc Rouban, chercheur au Cevipof. Elle a besoin de son ticket avec Jordan Bardella parce qu'il lui permet d'aller chercher un électoral plus large, plus bourgeois, avec sa ligne réputée plus libérale », poursuit le chercheur. La complémentarité avec son poulain, qui a notamment développé avec son compte TikTok une popularité remarquable auprès des jeunes, est aussi un atout qu'elle peut difficilement négliger. Dimanche, sur la scène du Zénith d'Orléans, Marine Le Pen veut afficher une stature présidentielle et prendre de la hauteur. « Elle veut revenir à la philosophie des institutions, avec un président qui préside et un Premier ministre, chef de la majorité, à qui il reviendra de gouverner », souligne l'un de ses proches, promettant que les sorties des deux leaders du RN, qui ont pu paraître désordonnées ces dernières semaines, seront dorénavant mieux coordonnées pour respecter cette répartition des rôles. S'appuyant sur le concept déjà dévoilé de « Renaissance », Marine Le Pen déroulera dimanche sa vision de la puissance de la France et de l'exercice du pouvoir, dont on devine qu'il reposera sur le recours au référendum et la « souveraineté du peuple ». Elle mettra aussi en scène son alliance avec l'UDR d'Eric Ciotti, histoire de montrer que désormais, elle ne sera plus seulement la candidate du RN mais de tous les Français qui adhèrent à sa vision.