« Ce soir, la bataille de France commence » : Raphaël Glucksmann remporte la primaire socialiste dès le premier tour

Par Hadrien Valat
Victoire nette et sans bavure. Raphaël Glucksmann a terrassé, dès le premier tour, ses concurrents de la primaire du pôle socialiste. Dimanche, au terme du scrutin organisé par le PS, Place publique et GRS, il a obtenu 66 % des voix très loin devant Olivier Faure, arrivé deuxième avec 14 %. Le président de Place publique avait finalement accepté, en traînant les pieds, de participer à un départage au sein même de son camp. A raison. Il obtient près de 80.000 voix sur les 120.000 exprimées. « Ce résultat dit quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner », a immédiatement réagi l'essayiste sur X. Mais « cette première place ne me donne aucun droit. Rien n'est gagné ». Ses propositions, au premier rang desquelles la « révolution écologique », la réindustrialisation du pays, ou la baisse de la CSG sur les salaires pour augmenter le net ont visiblement séduit les électeurs sociaux-démocrates. Mais aussi sa volonté de « refonder la gauche » sans accords avec LFI.
Le plus dur commence
« Je suis le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre » l'extrême droite, a-t-il ensuite déclaré devant ses soutiens, disant mesurer « l'immense responsabilité que cela représente ». « Ceci n'est qu'un début » car « ce soir, la bataille de France commence », a-t-il lancé. Pour le président de Place publique, le plus dur arrive, avec à sa gauche Jean-Luc Mélenchon, qui ne le ménagera pas, et les candidats du bloc central, eux aussi engagés dans la course au ticket restant pour le second tour de l'élection présidentielle. Raphaël Glucksmann a promis de tendre la main au-delà des seuls sociaux-démocrates, en direction notamment des Ecologistes. La partie n'est pas gagnée, comme le laisse présager la réaction de Marine Tondelier aux résultats. Le député européen est celui « qui avait refusé une primaire populaire et ouverte » et qui a fait « le choix du repli en refusant toute perspective d'alliance large de toute la gauche et des Ecologistes », a-t-elle pourfendu dans un communiqué. L'eurodéputé Place publique a aussi tendu la main à François Hollande, qui a annoncé attendre le mois de décembre pour décider s'il serait candidat à l'Elysée. « Je lui dis qu'il est le bienvenu dans cette dynamique. Il a un titre qui s'appelle 'Unir' [son dernier livre, NDLR]. On va partir au combat uni », a-t-il lancé à l'ancien président de la République, qui l'a félicité en retour par message.
« Ce résultat dit quelque chose de puissant »
Le score du premier tour est un véritable camouflet pour le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui n'obtient que 17.000 voix, alors que le parti qu'il dirige comptait le plus d'électeurs potentiels à cette primaire. Le député de Seine-et-Marne avait ancré sa candidature à gauche, sans toutefois complètement clarifier sa position vis-à-vis de potentielles alliances avec les Insoumis. « Nous avons désormais un candidat, à nous toutes et tous de forger ensemble cet esprit de victoire », a dit Olivier Faure, à l'annonce de sa défaite. Il a promis qu'il continuerait à « contribuer » à l'union avec les écologistes et les communistes depuis son poste de Premier secrétaire. En plaçant sa candidature sous l'égide de « l'ordre tranquille », Ségolène Royal espérait être la surprise de cette primaire. Elle échoue finalement à un peu plus de 7 %. La finaliste de la présidentielle 2007, dont les adversaires redoutaient les saillies, n'y est pas allée de main morte. Ses attaques frontales contre Raphaël Glucksmann ont fait fulminer les soutiens de l'essayiste : pris dans les phares d'une « Ségo » pas « tranquille » du tout, l'eurodéputé a parfois chancelé lors des débats télévisés. Mais si l'art de la punchline de l'ancienne ambassadrice des pôles a fait le bonheur des réseaux sociaux, il ne s'est pas matérialisé en soutiens sonnants et trébuchants. En témoigne son meeting le 22 septembre à Alfortville, où le public clairsemé ne remplissait pas le gymnase qui accueillait les festivités. Elle assure désormais, du bout des lèvres, soutenir Raphaël Glucksmann mais à la condition qu'il tende la main au reste de la gauche.
« Sur le pont »
A la tête de son microparti, Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), Emmanuel Maurel termine proche des 6 %. En se présentant sur la ligne de départ, il voulait faire entendre ses idées en profitant de la médiatisation de la primaire. Notamment sa proposition de « grand emprunt » qui mettrait à contribution l'épargne des Français pour financer la transition écologique. Le cinquième homme de la primaire, Jérôme Guedj, avait fait de sa candidature un manifeste contre les alliances avec les Insoumis, qu'il accuse de souffler sur les braises de l'antisémitisme et des passions identitaires. N'hésitant pas à attaquer frontalement Olivier Faure, dont il fustige l'ambiguïté vis-à-vis de LFI. Il obtient finalement 5,8 % et se dit ce dimanche « sur le pont » pour soutenir Raphaël Glucksmann.
Cyberattaque
Ces derniers jours, les entourages des candidats refusaient de s'adonner aux pronostics. Tous avaient en tête la fameuse « boîte noire » des 42.695 personnes inscrites sur la plateforme « choisir2027.fr », c'est-à-dire les électeurs qui se sont acquittés de 15 euros sans adhérer à un des trois partis. Une cohorte insondable, avec le potentiel de faire basculer le scrutin. Pour éviter les accusations de trucages, que se renvoient les différentes écuries socialistes à chaque congrès ou primaire, ou l'utilisation de boîtes à chaussures à défaut d'urnes, comme cela a pu être constaté par le passé, les sociaux-démocrates ont cette fois-ci préféré déléguer. C'est un prestataire, la plateforme e-votez, qui organise le scrutin, censé se dérouler, une fois n'est pas coutume, sans accroc. Mais en dépit de toutes les bonnes volontés, le vote du premier tour a connu un gros hic. La plateforme a subi une cyberattaque dès son ouverture aux électeurs vendredi matin. « Un afflux massif et fictif de connexions », générées par des bots, a empêché de nombreux sympathisants d'enregistrer leur choix. Le problème n'a été réglé qu'en début de soirée, laissant planer des doutes sur le niveau de participation final. La commission d'organisation de la primaire avait finalement décidé de décaler d'une journée la clôture du vote, soit jusqu'à dimanche à 18 heures.