Revue de presse

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Brésil : au Jardin Julieta de Sao Paulo, tous derrière Lula (ou presque) pour la présidentielle

Les Échos · 03/10/2026 · ← revue

Par Thierry Ogier

Maria, une frêle dame d'une soixante d'années, tente de s'abriter du soleil de plomb peu avant midi. Elle est la première de la file d'habitants du quartier qui viennent retirer un plat chaud et quelques légumes frais. Derrière elle, plusieurs dizaines d'hommes et de femmes de tous âges, certains accompagnés de leurs enfants, frappe à la porte de la « cuisine solidaire » de l'association du Jardin Julieta. De l'autre côté de la grande route qui mène à ce quartier pauvre de la périphérie nord de Sao Paulo, se trouve un grand centre commercial dans la commune voisine. Un contraste qui est fréquent au Brésil, frappé par les inégalités persistantes et qui s'apprête à voter dimanche pour le premier tour d'une présidentielle sous haute tension. Un millier de familles vivent, ou survivent, au Jardin Julieta, depuis qu'elles ont occupé ce terrain après la pandémie. « Je n'arrivais plus à payer le loyer, alors je suis venue ici », raconte Noémi, une femme de 38 ans, venue avec sa famille sur ce qui n'était alors qu'un vaste parking pour poids lourds.

Le peuple pour le peuple

Ici on ne paie pas de loyer, ni l'électricité. Mais on vit toujours sous la menace d'une expulsion, depuis que la mairie envisage de faire des travaux pour prolonger une ligne de métro. Les conditions sont précaires, comme en témoignent plusieurs bicoques en bois, et les carcasses de voitures sur le bord de la route… L'occupation est soutenue par le Mouvement des travailleurs sans terres (MTST), de Guilherme Boulos, nommé secrétaire général de la présidence de Lula l'an dernier. Aujourd'hui, le Jardin Julieta est l'un des 80 quartiers de Sao Paulo où des militants ont implanté le mouvement « Povo pelo Povo » (le peuple pour le peuple), qui vise à renforcer le sens de la communauté et la conscience politique des habitants. « Lula a fait l'un des meilleurs gouvernements que l'on ait déjà eus. Il nous a toujours aidés avec le Bolsa Familia (programme d'allocations familiales pour les pauvres, qui vient de recevoir une augmentation de 15 %) ou pour les bonbonnes de gaz, raconte une mère de trois enfants. J'espère que Lula va nous aider à obtenir le droit de rester ici, et que l'on ne sera pas expulsés ». « Ici, c'est comme un village. Nous sommes une grande famille, ajoute Flavia, une jeune femme souriante qui porte son bébé de sept mois dans les bras. Moi, j'aime la politique. Je suis pour Lula… Je suis pauvre, noire, et la droite gouverne seulement pour les riches ! »

« Le Brésil est paumé »

Mais même ici, le président sortant ne fait pas l'unanimité. « Le Brésil est paumé, soupire une jeune fille qui n'arrive qu'à trouver des petits boulots. Je suis certaine que Lula va gagner, mais moi, je n'ai pas de préférence et je vais voter blanc ». De retour à la cuisine solidaire, c'est l'heure du repos pour la demi-douzaine de femmes qui ont préparé les « marmitas », comme les Brésiliens désignent les plats à emporter. Mais un parfum d'incertitude flotte au-dessus du programme d'assistance alimentaire. « Si Flavio Bolsonaro gagne les élections, il va nous couper les budgets et on ne pourra pas continuer », explique l'historienne Adriana Salay, l'une des idéalisatrices du projet pour lutter contre la faim. Dimanche, le candidat de l'opposition ne devrait pas recueillir beaucoup de voix au Jardin Julieta…

Thierry Ogier (Correspondant à Sao Paulo)