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Assurance-vie, retraites, transmission : ce que les candidats à la présidentielle proposent aux épargnants

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Par Sandra Pirrmann

Tous les candidats invités ont, ou presque, répondu présents aux Assises de l'Afer, organisées ce mardi 29 septembre. Face au président de l'association, Gérard Bekerman, et au journaliste de France Télévisions Jean-Paul Chapel, David Lisnard, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Jean-Philippe Tanguy, représentant Marine Le Pen, Xavier Bertrand, Jérôme Guedj et Edouard Philippe se sont succédé pour répondre à trois questions : la fiscalité et la transmission du patrimoine, l'avenir des retraites et la place de la capitalisation, enfin la mobilisation de l'épargne française face à l'explosion de la dette publique. Chacun disposait de dix minutes. Durant les quasi-deux heures de l'événement, où chaque candidat se présentait seul en tribune pour répondre aux questions, aucune femme n'a pris la parole. Marine Le Pen, qui devait participer aux débats, a finalement été représentée par Jean-Philippe Tanguy. Sur le fond, les Assises ont fait apparaître une convergence assez nette : pas question de traiter les quelque 6.500 milliards d'euros d'épargne financière des Français comme une caisse dans laquelle l'Etat pourrait directement puiser pour financer sa dette. Tous les candidats ont au contraire cherché à rassurer les épargnants, en particulier sur l'assurance-vie, et défendu, à des degrés divers, un développement de la capitalisation. L'assurance-vie, dont l'encours atteint quelque 2.400 milliards d'euros, était d'autant plus au centre des débats que plusieurs amendements aux projets de loi de finances pour 2025 et 2026 ont récemment proposé de réduire ses avantages fiscaux, notamment en matière de transmission. L'un d'eux, dans le PLF 2026, prévoyait par exemple une taxation à 45 % de la fraction des capitaux transmis dépassant 1,8 million d'euros par bénéficiaire. Tous les candidats ont exclu une remise en cause frontale de son régime.

L'assurance-vie protégée

Le premier à passer l'examen était David Lisnard. Sur les retraites, le candidat putatif s'est montré particulièrement radical. Là où Bruno Retailleau et Edouard Philippe proposent d'ajouter un pilier de capitalisation au système par répartition, le maire de Cannes entend progressivement substituer la capitalisation au modèle actuel. Son raisonnement part de la démographie : avec moins d'actifs pour financer les pensions des retraités, le système par répartition ne pourra, selon lui, être durablement équilibré. Il qualifie d'ailleurs ce modèle de « pyramide de Ponzi ». Il défend une « capitalisation obligatoire », conçue à la fois comme un nouveau mode de financement des retraites et comme un moyen de faire des Français des détenteurs directs de capital, pour mettre en place un « capitalisme populaire ». Gabriel Attal défend une transition plus progressive. « Si on devait inventer aujourd'hui notre système de retraite, on inventerait un système par capitalisation », estime-t-il, tout en refusant un basculement brutal. Sa proposition la plus concrète : ouvrir un PER dès la naissance, afin que parents et grands-parents puissent l'alimenter, avec le même avantage fiscal que sur leur propre PER. Il veut également orienter une partie de l'intéressement et de la participation vers l'épargne-retraite. L'idée n'est pas totalement nouvelle. Le PER, créé par la loi Pacte en 2019, pouvait jusqu'en 2024 être ouvert par un mineur. La loi de finances pour 2024 a supprimé cette possibilité. La proposition d'Attal reviendrait donc à la réintroduire. L'ancien Premier ministre identifie également un autre enjeu pour les épargnants : la transmission des PME. Avec 370.000 entreprises appelées à changer de mains dans les dix prochaines années, il estime qu'une sur deux pourrait ne pas trouver de repreneur. Pour éviter que des entreprises rentables passent sous contrôle étranger faute de capitaux français, il propose notamment d'assouplir les paramètres de l'IR-PME, le dispositif « Madelin », qui permet aux particuliers d'obtenir une réduction d'impôt en investissant au capital de PME. Outre le débat sur la capitalisation, les candidats se sont penchés sur la dépense publique. Bruno Retailleau promet 150 milliards d'euros d'économies, dont 600.000 suppressions de postes publics sur un mandat. Sur les retraites, il veut créer un compte personnel de capitalisation et lier progressivement l'âge de départ à l'espérance de vie. Il avance aussi le slogan « no cash, no tax » pour les transmissions d'entreprises : l'héritier qui conserve son entreprise pourrait différer le paiement des droits.

Changer ou non le système de retraite

La question de l'allocation de l'épargne revient chez Jean-Philippe Tanguy, représentant Marine Le Pen. Il défend une « forte branche de capitalisation collective » et veut davantage orienter l'épargne vers l'économie productive, sans bouleverser notre système actuel. Le RN propose également 20 milliards d'euros de baisse d'impôts pour les ménages et autant pour les entreprises dès la première année, sans plus de détail. Xavier Bertrand insiste, lui, sur la stabilité des règles fiscales. Son idée est d'inscrire dans la Constitution la non-rétroactivité fiscale, afin qu'un épargnant ne puisse voir, des années après son placement, les règles fiscales qui lui étaient applicables modifiées. Il souhaite également faciliter l'investissement de l'épargne dans les entreprises régionales. Le contrepoint vient de Jérôme Guedj, seul candidat « de gauche » comme il le souligne à son entrée sur scène. Lui souhaite davantagetaxer les successions les plus élevées. Sur les retraites, il propose de recréer un Fonds de réserve pour les retraites, sur le modèle de celui lancé sous Lionel Jospin, avec l'idée d'investir ce capital dans l'économie, la transition écologique ou la défense. Il évoque également un « grand emprunt citoyen » pour financer ces investissements. Aucun changement dans notre régime par répartition dans sa proposition, par crainte d'une « génération martyre qui devrait cotiser pour elle et pour les retraités actuels, mais la volonté pour les épargnants qui préparent leur avenir via des PER ou des assurances-vie de faciliter le fléchage vers « la transition écologique ». La réforme des retraites proposée par Edouard Philippe repose, elle, sur 45 années de cotisationet un objectif de départ à 65 ans. Les excédents dégagés pourraient ensuite alimenter la capitalisation. Mais pas question, pour l'ancien Premier ministre, de contraindre les Français à prêter leur épargne à l'Etat : il exclut tout emprunt obligatoire et préfère miser sur l'union européenne des marchés de capitaux pour faire davantage circuler l'épargne vers les entreprises. Au-delà des différences, quelques grandes lignes devraient ainsi façonner le débat à venir : jusqu'où développer la capitalisation, comment orienter davantage l'épargne vers l'économie productive, et surtout quelle stabilité garantir aux épargnants en matière fiscale. Reste un malgré tout un doute. Les promesses de baisse d'impôts, de soutien à l'épargne ou de nouveaux dispositifs de retraite résisteront-elles à la contrainte budgétaire ?

Sandra Pirrmann