Revue de presse

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Après les nouvelles publications de Mediapart, Jordan Bardella attaqué sur le thème du mensonge

Les Échos · 02/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Le ton a changé et le Rassemblement national semble loin d'être débarrassé des accusations d'écrits antisémites de Jordan Bardella. Après les preuves publiées jeudi soir par Mediapart, le président du Rassemblement national est désormais fustigé, non plus seulement sur la nature de ses écrits passés, mais aussi sur le thème du mensonge. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a eu des mots très forts ce vendredi matin, sur RTL. « Le vrai sujet, c'est sa stratégie de défense. Il ment éhontément ! », a-t-il insisté, estimant qu'« il y a peu de doute que Monsieur Bardella ait tenu ces propos ».

« Mensonge en politique »

« Veut-on d'un Premier ministre qui non seulement est antisémite, mais par ailleurs ment aux Français devant des preuves qui l'accablent ? », a poursuivi le garde des Sceaux, enjoignant à Marine Le Pen de « dire si elle nommera toujours Monsieur Bardella Premier ministre » si elle est élue. Un angle d'attaque également utilisé par le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, ce vendredi. « On a un double sujet, son antisémitisme et le mensonge en politique. Les deux ne pardonnent pas », a-t-il déclaré, lui aussi sur RTL, estimant qu'« il ne peut plus aller à Matignon ». Ces accusations ont suscité une vive réaction au sein du RN. « Un ministre de la Justice digne de ce nom ne devrait pas dire ça », a riposté Louis Aliot, vice-président du parti, sur X, renvoyant aux enquêtes qui feront suite aux plaintes déposées par Jordan Bardella.

Citadelle assiégée

Même avec les preuves apportées par Mediapart jeudi soir, le RN et son président s'en tiennent à leur ligne de défense, fondée sur la dénégation totale. « Pseudo-preuves », « montages grossiers », « obscures captures d'écran » : Jordan Bardella a à nouveau qualifié l'enquête de Mediapart de « manipulation grossière », et annoncé le dépôt d'une nouvelle plainte pour faux et usage de faux, qui vient s'ajouter à celle en diffamation déposée en début de semaine. Les cadres et élus du RN continuent de leur côté à faire bloc derrière Jordan Bardella, après avoir assuré pendant toute la semaine ne pas croire une seconde qu'il pouvait être antisémite. « Je n'y vois aucune preuve », assure l'un d'eux, à propos du nouvel article de Mediapart. « Je pense que Mediapart s'est fait avoir », glisse un autre poids lourd du RN, ce vendredi. Marine Le Pen a, elle, tardé à réagir aux preuves de Mediapart. Un silence très remarqué, alors qu'elle avait vigoureusement affirmé cette semaine sa « confiance absolue » en son poulain. Elle s'est contentée, en milieu de matinée ce vendredi, de reposter le message de Jordan Bardella sur X, sans commentaire. Le service minimum. En s'en tenant à cette ligne de défense, s'attaquant à la crédibilité de Mediapart et retrouvant ses réflexes de citadelle assiégée par le « système », le RN joue la montre. Compte tenu des délais de justice, il est très improbable qu'un procès puisse se tenir avant l'élection. Ses dirigeants misent sur l'absence d'impact de l'affaire sur leurs électeurs, en tout cas tant que la justice n'a pas tranché. Réalisé après la première salve d'accusations du 28 septembre, le dernier baromètre Elabe pour « Les Echos » ne montre pas à ce stade de mouvement sur la cote de popularité du président du RN. Jordan Bardella reste en tête du classement, à 37 % d'opinions positives.

Campagne bousculée

Marine Le Pen, qui a besoin de continuer à afficher son ticket avec Jordan Bardella, dont la popularité et l'image plus libérale doivent contribuer à élargir son électorat, veut aussi écarter tout soupçon de résidu d'antisémitisme au sein du RN. Elle a consacré quinze années à dédiaboliser le parti d'extrême droite, ayant même exclu son propre père précisément pour cette raison. Elle tente aujourd'hui tant bien que mal de maintenir le tempo d'une campagne bousculée par les révélations de Mediapart. Elle a notamment prévu la semaine prochaine une séquence, cruciale pour gagner en crédibilité économique, consacrée à la façon dont elle entend rétablir les comptes publics : elle doit présenter le 6 octobre, avec Jordan Bardella, sa stratégie pour réduire le déficit budgétaire et économiser 125 milliards d'euros (nets) sur cinq ans. Séquence dont la première étape, la publication d'une tribune consacrée à sa règle d'or (l'inscription dans la Constitution d'un plafond pour le déficit budgétaire) dans « L'Opinion », a été quelque peu éclipsée par les preuves de Mediapart, publiées au même moment. Reste à savoir combien de temps elle pourra supporter que sa campagne soit déstabilisée si le feuilleton autour de Jordan Bardella dure et la fragilise.

Anne Feitz