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A Orléans, Marine Le Pen cherche à incarner une « France apaisée »

Les Échos · 25/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Rien, ou presque, n'a gâché la fête. Dimanche, à Orléans, Marine Le Pen a franchi comme prévu une nouvelle étape de sa campagne avec son premier grand meeting présidentiel. Le ton déterminé, face à une foule de sympathisants galvanisés, la candidate du Rassemblement national a livré au cours d'un long discours sa vision pour la France, en martelant le concept de renaissance qu'elle a choisi pour incarner cette campagne.

Avènement d'une ère nouvelle

Reprenant les grands thèmes porteurs de l'ADN du parti d'extrême droite (patriotisme, souverainisme, état protecteur), convoquant la figure de Jeanne d'Arc, elle a adopté un ton résolument optimiste. « Comme à la Renaissance, ce que nous proposons au pays, ce n'est pas un retour vers le passé mais l'avènement d'une ère nouvelle, une ère de liberté, une ère de vitalité créatrice pour inscrire pleinement la France dans le troisième millénaire, pour lui redonner sa puissance, sa grandeur et son rayonnement », a-t-elle lancé. Environ 8.500 sympathisants du parti d'extrême droite avaient fait le déplacement, bravant barrages et cordons policiers pour venir écouter leur candidate dans l'enceinte du Co'Met d'Orléans, barricadé pour l'occasion. Une véritable démonstration de force.

Troubles dans l'enceinte de l'Arena

Les débordements redoutés, à l'appel d'organisations d'ultragauche, ont finalement été découragés par le dispositif policier. Seuls une centaine de militants antifas se sont réunis dimanche à Orléans, malgré les interdictions. A l'intérieur, toutefois, le discours de Jordan Bardella a été troublé par des militants de l'UEJF, venus protester contre l'antisémitisme et violemment sortis par le service d'ordre. Ils ont annoncé le dépôt d'une plainte. Des journalistes de Mediapart ont, eux aussi, été pris à partie à plusieurs reprises par le service d'ordre. Face aux images d'une France en crise qui défile pour son pouvoir d'achat, mais aussi aux scènes de violences qui ont émaillé l'actualité ces derniers jours, la candidate du Rassemblement national a voulu adopter une stature présidentielle et se placer au-dessus de la mêlée. Au son de « Marine, présidente ! », elle a évoqué « l'élévation progressive de tout un pays vers le beau, le vrai, le juste, vers la sécurité, la prospérité, la créativité », tout en prônant la restauration de l'Etat, « dans ses moyens, son prestige et son autorité ».

Gouvernement d'« union nationale »

La candidate avait laissé Jordan Bardella, à qui elle a promis Matignon si elle est élue, réagir à l'actualité et égrener des mesures destinées notamment à poser le RN comme le parti de l'ordre et de l'autorité. Histoire de mettre en scène le futur « ticket présidentiel », qu'elle a confirmé ce dimanche, mais aussi de prendre le contre-pied de ses opposants politiques qui, déjà, agitent des risques de violences en cas de victoire de l'extrême droite. Tout en promettant de former un gouvernement « d'union nationale » et « pluraliste », Marine Le Pen a cherché à incarner une « France apaisée » et rassurante. « Nous voulons que la France retrouve sa puissance. Nous ne voulons pas d'une puissance de domination mais de protection », a-t-elle insisté. Consciente qu'elle incarne, aux yeux de ses électeurs, un changement qu'ils appellent de leurs voeux, estimant que « la bataille du constat est gagnée », Marine Le Pen a préféré décliner sa vision d'un avenir radieux plutôt que de concentrer son discours à une attaque en règle de ses adversaires - néanmoins copieusement hués dès qu'ils étaient évoqués. Alors qu'elle fait la course en tête dans les sondages, Marine Le Pen cherche maintenant à s'appuyer sur ses forces en faisant oublier ses faiblesses, notamment sur le plan de la crédibilité économique. « Elle est excellente dans le rôle de mère protectrice face aux gens qui se sentent méprisés par le pouvoir en place », analyse Luc Rouban, chercheur au Cevipof. « C'est le moteur du succès du RN, bien plus que la compétence technique. »

Souveraineté populaire

A Orléans, Marine Le Pen a aussi enfourché son autre grand cheval de bataille, la souveraineté populaire chère aux leaders populistes. « Si nous voulons le pouvoir, ce n'est pas pour nous, mais pour le rendre au peuple », a-t-elle insisté, rappelant son intention d'établir un mode de scrutin proportionnel, avec prime majoritaire. Elle a aussi rappelé son intention de recourir massivement au référendum, au coeur de sa vision de l'exercice du pouvoir. Son programme comporte plusieurs mesures (sur l'immigration, la préférence nationale, la suppression du droit du sol) contraires à la Constitution, qu'elle entend modifier par référendum sans passer par le Parlement - au risque d'un bras de fer juridique avec le Conseil constitutionnel. Enfin, Marine Le Pen a profité de son premier meeting officiel de campagne pour mettre en scène son alliance avec Eric Ciotti, invité à ouvrir l'événement. « Marine, tu es la candidate de l'immense espérance qui parcourt le pays. […] Je suis à tes côtés, avec détermination », a confirmé l'ex-président des Républicains, après un discours ayant multiplié les références au général de Gaulle. Si elle confirme que sa nièce Marion Maréchal, présente ce dimanche dans les gradins au milieu des élus, sera « amenée à participer à la campagne », Marine Le Pen justifie son absence du podium par le fait qu'elle n'a « pas de groupe de députés à l'Assemblée nationale ». Ce qui n'a pas empêché la candidate de prôner le rassemblement. « Le redressement que nous engagerons ne relèvera pas d'un parti mais de la France tout entière », a-t-elle déclaré. Elle n'est pas la seule à le dire.

Anne Feitz (Envoyée spéciale à Orléans)