Revue de presse

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A Orléans, Jordan Bardella s'offre un plébiscite de la part des adhérents du RN

Les Échos · 24/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Les menaces de violence n'ont pas douché l'enthousiasme des adhérents venus acclamer Jordan Bardella à Orléans. Samedi, entre 3.000 et 4.000 d'entre eux sont venus se barricader dans la grande salle du Zenith de la ville, remplie aux trois quarts : ils avaient dû franchir barrages policiers et fouilles serrées pour assister, envers et contre tout, au 19e congrès du Rassemblement national. Scandant le prénom de Jordan Bardella, ils ont longuement applaudi la réélection à 98,98 % à la présidence du parti du poulain de Marine Le Pen, sans suspense puisqu'il était seul candidat. Au total, 75.500 des 110.000 adhérents à jour de cotisation ont voté comme un seul homme pour sa reconduction - un chiffre inédit pour un scrutin sans enjeu, portant le taux de participation à 68 %.

Salle acquise

« Pour conduire Marine à l'Elysée, j'aurai besoin de vous », a déclaré Jordan Bardella, à la veille du meeting de Marine Le Pen qui doit lancer officiellement dimanche en grande pompe la campagne de la candidate, et où il prendra aussi la parole. Les ovations d'une salle acquise ont dû lui mettre du baume au coeur, alors que ce congrès se tient dans une atmosphère de haute tension. Dernier épisode en date, la tuerie dans les Yvelines, dont l'auteur est soupçonné d'avoir visé des personnes issues de l'immigration, et que les adversaires politiques n'ont pas manqué de relier au RN. « C'est le énième attentat raciste, xénophobe », a déclaré, à Orléans, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko. « Désormais nous devons agir. Et, agir, c'est bien sûr être aujourd'hui nombreux » à Orléans. Egalement présent dans la ville de Jeanne d'Arc, Olivier Faure (PS) a lui aussi pointé la « lourde responsabilité » de Marine Le Pen et Jordan Bardella dans l'attentat de Trappes. Les violences du 7 octobre avaient aussi fait craindre le pire, à Orléans, alors qu'une cinquantaine d'organisations avaient appelé à manifester contre le parti d'extrême droite. Dans la matinée, 13.000 personnes (26.000 selon les organisateurs) ont ainsi défilé dans la ville, brandissant des pancartes « Plus chauds que les fachos » ou « La jeunesse emmerde le Rassemblement national ». Alors que le centre-ville était désert, tous commerces fermés et calfeutrés, le lourd dispositif policier (deux blindés Centaure, canons à eau ou drones, à l'appui des 3.000 hommes présents) a permis d'éviter les débordements, en tout cas ce samedi.

Risque de nouvelles violences

Une manifestation à nouveau dénoncée, samedi à Orléans, par les cadres du RN, alors que certains, à gauche, agitent la menace de violences en cas d'élection de Marine Le Pen. « Manifester en cas de victoire, ce serait manifester contre un droit démocratique et se mettre en marge de la République », a répété un proche de Marine Le Pen. Au sein du Zenith d'Orléans, adhérents et cadres RN semblaient en tout cas afficher une confiance inébranlable. Les derniers sondages donnent toujours la candidate du RN en tête, et de loin, des sondages du premier tour à la présidentielle de 2027, tandis que certains la donnent aussi gagnante au second tour. Même si l'échec du « plan Matignon » en 2024, qui avait notamment montré des failles dans la sélection des candidats aux législatives, a eu lieu sous sa présidence, Jordan Bardella s'est délivré samedi quelques satisfecit. Il s'est félicité d'avoir « multiplié par trois » le nombre d'adhérents depuis son élection de 2022, et salué « la dynamique électorale » du parti à la flamme ces dernières années. Il a aussi annoncé le nouveau bureau exécutif du parti, où le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy fait son entrée, tandis que Bruno Bilde, mariniste de la première heure y fait son retour après en avoir été évincé en 2022. Sébastien Chenu (un autre proche de Marine Le Pen), en sort en revanche, mais il va devenir président du groupe des députés à l'Assemblée nationale, en remplacement de Marine Le Pen qui quitte la fonction pour se consacrer à la campagne.

Rentrée compliquée

La réélection sans accrocs de Jordan Bardella montre aussi, s'il en était encore besoin, que ses accusations d'écrits antisémites par Mediapart n'ont aucun effet sur les adhérents. « A chaque fois qu'un dirigeant du RN a été injustement ciblé par nos détracteurs, le mouvement a fait preuve d'une unité et d'une fraternité militante admirable », a-t-il déclaré sous les applaudissements. Le début du meeting a même été légèrement troublé par des militants, qui ont scandé « Mediapart, dehors ! » à la vue de micros marqués du nom du site d'investigation, conduisant alors le service d'ordre à les expulser brièvement de la salle. Après une rentrée compliquée, marquée par les doutes sur ses états d'âme après le 7 juillet, ses vacances dans des villégiatures de luxe, ou encore ses désaccords avec Marine Le Pen, sur le voile ou le rôle de sa nièce Marion Maréchal, Jordan Bardella ne parvient pas tout à fait à tourner la page.

Anne Feitz (Envoyée spéciale à Orléans)