Daniel Bernard, l'homme qui a marqué l'âge d'or de Carrefour, s'est éteint

Il a été un grand patron de la distribution. Pas un pionnier comme Edouard Leclerc ou Gérard Mulliez, mais le symbole de l'âge d'or du grand commerce français. Né en 1946 dans une famille modeste du Nord, décédé dans la nuit du 4 ou 5 août des suites d'une longue maladie, il a hissé Carrefour dont il fut le président de 1992 à 2005- un long bail de 13 ans - au deuxième rang mondial de son secteur derrière l'américain Walmart. C'était l'époque où l'hypermarché - invention du groupe - n'était pas mort et où un distributeur pouvait avoir une dimension mondiale. Carrefour planta son drapeau partout, de la Pologne au Brésil en passant par le Mexique, la Colombie, la Chine, Taïwan, la Malaisie, etc. « Les Echos » baptiseront Daniel Bernard « le mondialiste de la distribution ». Ses lointains successeurs diront à demi-mot que ce HEC promotion 1969 a siphonné les résultats des magasins français pour financer une expansion débridée qui ne s'avérera finalement pas durable et aura empêché la modernisation du réseau domestique. L'enseigne n'est plus présente en propre, en dehors de l'Europe, qu'au Brésil.
Fusion avec Promodès
L'homme très charismatique, à la carrure imposante et au large sourire, n'en fut pas moins désigné Manager de l'année en 1995 par le « Nouvel économiste », Stratège de l'année en 2000, et désigné Meilleur distributeur mondial la même année par la puissante National Retail Federation américaine. Sur Instagram, Alexandre Bompard, l'actuel PDG de Carrefour, le considère comme « un géant parmi les géants de la distribution mondiale ». « Il orchestrera, rappelle-t-il, la fusion avec Promodès », l'autre grand fait d'armes de Daniel Bernard qui prit aussi le contrôle des surgelés Picard. Un avertissement sur résultat en 2004, conséquence du début du déclin des « hypers », érodera la confiance du conseil d'administration qui le remplacera par le directeur financier José Luis Duran. Son départ suscitera une vive polémique en raison de l'importance de ses indemnités (parachute doré et retraite chapeau), contribuant à placer ce sujet au coeur du débat politique. Ses proches rappellent qu'il n'a pas touché un centime de sa retraite chapeau. Celui qui fit ses gammes de Miniprix à Mammouth avant de prendre de hautes responsabilités chez l'allemand Metro, se consacrera après Carrefour à HEC - dont il présidera la fondation -, occupera des postes prestigieux mais moins opérationnels chez Kingfisher, le leader européen du bricolage propriétaire de Castorama, Majud Al Futtaim, acteur majeur du commerce au Moyen-Orient et créera son propre véhicule d'investissement, Provestis. Jardinier passionné et wagnérien averti, Daniel Bernard était proche de ses troupes. La « poissonnière de Montesson » qui était réputée être son amie le regrettera comme tous les « carrefouriens » en butte à des temps plus difficiles que les belles années qu'avait connues leur ancien patron.