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Charles Josselin, ancien ministre et figure de la politique en Bretagne, est mort

Le Monde · 04/09/2026 · ← revue

Il a incarné, avec élégance et autorité, le socialisme breton, battant, en mars 1973, l’ancien président du conseil René Pleven (1901-1993), de 51 voix, pour être élu député dans la circonscription de Dinan (Côtes-d’Armor). Ancien ministre, ancien président du conseil général des Côtes-d’Armor, Charles Josselin s’est éteint aux premières heures du 1er septembre, à l’âge de 88 ans. Fils de cultivateurs, il naît le 31 mars 1938 à Pleslin-Trigavou (Côtes-d’Armor), ville dont il sera maire. Marqué par la pratique religieuse de sa mère, qui l’éleva seule, comme le précise le Maitron – un ensemble de dictionnaires biographiques du mouvement ouvrier –, il fréquente l’institution des Cordeliers à Dinan et s’engage dans le scoutisme. Licencié en droit, diplômé d’études supérieures de droit public et de l’Institut d’études politiques de Paris, Charles Josselin milite à l’Union nationale des étudiants de France, dont il sera de 1959 à 1960 le vice-président chargé des relations internationales. Il publie une brochure contre la guerre d’Algérie. Entre 1965 et 1968, il est attaché du secrétaire financier de la Banque de l’union parisienne et, jusqu’en 1973, il est expert en aménagement du territoire dans une filiale de la Caisse des dépôts, au sein de laquelle il est délégué de la CFDT. Politiquement, Charles Josselin rejoint, à la faveur d’une rencontre durant son service militaire, le Club des Bonnets rouges, en 1965, rattaché à la Convention des institutions républicaines. Il appelle le régionalisme breton à se convertir au socialisme. Il adhère au Parti socialiste après le congrès d’Epinay, en 1971. Avec son abondante crinière argentée et sa voix de saxophone ténor, à la fois mitterrandien et chrétien de gauche, Charles Josselin, coquet et souriant, se révèle charmeur, pragmatique et prêt au dialogue. Amoureux de la Bretagne, qu’il situait « en haut, à gauche », il expliquait : « Il y a trois façons d’être Breton : être né en Bretagne, y travailler, mais surtout avoir décidé personnellement d’y vivre. » En 1976, à 38 ans, il devient le plus jeune président de conseil général de France quand il est élu dans les Côtes-d’Armor.

Proche de Lionel Jospin

Il s’illustre aussi en 1978 par la création d’un syndicat mixte de défense des communes du littoral nord de la Bretagne pour mener la révolte contre la société américaine propriétaire de l’Amoco Cadiz, dont le naufrage au large du Finistère avait provoqué une terrible marée noire. Le combat se solde par des indemnisations record. Sur le terrain politique, il rompt avec le courant mitterrandien et rallie Michel Rocard (1930-2016) après le congrès de Metz. Le 15 novembre 1985, Charles Josselin est nommé secrétaire d’Etat chargé des transports dans le gouvernement de Laurent Fabius (jusqu’en mars 1986). Dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy (1925-1993), il est secrétaire d’Etat chargé de la mer du 4 avril 1992 au 30 mars 1993. Son chef de cabinet s’appelle Bernard Cazeneuve. En juin 1997, Lionel Jospin (1937-2026), dont il est très proche, le nomme secrétaire d’Etat à la coopération. De 1998 à 2002, il est promu ministre délégué à la coopération et à la francophonie et exerce une influence dans les réseaux français en Afrique, où il dit « vivre le recul de la France avec tristesse », en lien avec Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères. Il rencontre aussi Fidel Castro (1926-2016), Mouammar Kadhafi (1942-2011) et Nelson Mandela (1918-2013). Charles Josselin a détenu – et parfois cumulé – de nombreux mandats : député européen (1979-1981), sénateur des Côtes-d’Armor (2006-2008), député des Côtes-d’Armor (de 1973 à 1978 puis de 1981 à 1997), conseiller régional de Bretagne (1974-1985), conseiller général du canton de Ploubalay (Côtes-d’Armor) de 1973 à 2015 et président du conseil général des Côtes-d’Armor de 1976 à 1997. Mais sa grande fierté a été d’exercer pendant vingt ans la fonction de maire de Pleslin-Trigavou, de 1977 à 1997. Accusé d’avoir utilisé indûment deux véhicules de fonction du conseil général costarmoricain, Charles Josselin est condamné le 4 avril 2008 pour « abus de confiance » par le tribunal correctionnel de Paris. Néanmoins, il est dispensé de peine au motif que « le dommage causé par les infractions est réparé ». Officier de la Légion d’honneur, l’ancien ministre, qui n’avait plus de mandat national depuis septembre 2008, était père de quatre enfants. Il était proche de l’ancien ministre et président du conseil régional de Bretagne Jean-Yves Le Drian, qui a fait part de sa « profonde tristesse ».

31 mars 1938 Naissance à Pleslin-Trigavou (Côtes-d’Armor)

11 mars 1973 Elu député de Dinan (Côtes-d’Armor)

17 mars 1976 Président du conseil général des Côtes-d’Armor

15 novembre 1985 Secrétaire d’Etat chargé des transports

4 avril 1992 Secrétaire d’Etat chargé de la mer

13 février 1998 Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

1er septembre 2026 Mort à l’âge de 88 ans