Violences du 17 octobre : l'exécutif très critiqué, Emmanuel Macron prend la parole

Un gouvernement complètement dépassé par les violences, critiqué de toutes parts et en panne de réponse qui oblige Emmanuel Macron à prendre la parole dimanche. Au lendemain des scènes de chaos et de pillages qui se sont produites un peu partout en France, de Paris à Marseille en passant par Lyon ou Limoges, où l'Hôtel de ville a été incendié, l'exécutif est acculé, ciblé de toutes parts. La « journée de mobilisation contre la vie chère » à laquelle s'était greffée la mobilisation des lycéens qui a rassemblé 550.000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, 800.000 selon la CGT, a tourné au cauchemar. Samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a pu que reconnaître l'étendue des dégâts. Dimanche, le gouvernement comptait 2.000 interpellations et 600 membres des forces de l'ordre et pompiers blessés. « Le degré de violences inacceptables auquel nos [forces de l'ordre] ont été confrontés a été épouvantable. C'est un miracle que le bilan ne soit pas beaucoup plus lourd », a dit le chef du gouvernement après une brève visite de soutien auprès des forces de l'ordre en compagnie du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et du préfet de police de Paris Patrice Faure.
Nouvelle cellule de crise dimanche soir
« Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu'à abattre nos institutions et empêchent ceux qui expriment pacifiquement leurs revendications de le faire », a déclaré Emmanuel Macron sur X. Le chef de l'Etat, à six mois de son départ de l'Elysée, se retrouve face à la même flambée de violence qu'au début de son premier mandat, comme si la roue avait fait un tour pour revenir à son point de départ et que rien n'avait changé. Les revendications sont les mêmes, la violence persiste. Sur le plan politique, le Premier ministre a tenté une union républicaine en mettant d'un côté la République et le soutien aux forces de l'ordre et de l'autre les casseurs. Il tente d'incarner le camp de l'ordre mais les images de samedi soir ne plaident pas en sa faveur en montrant des policiers débordés un peu partout. Sa grille de lecture n'est pas partagée. Déjà, la réponse du gouvernement face à la colère des lycées avait été jugée timide et tardive. Ses mesures pour contrer la hausse des prix du carburant avaient été considérées comme insuffisantes. Il se retrouve aujourd'hui avec une situation complètement dégradée, face non pas à une convergence des luttes mais à une union des colères sur laquelle se greffent casseurs et pilleurs. Sébastien Lecornu présidera ce lundi matin une nouvelle cellule interministérielle de crise consacrée aux conséquences des violences, à la fois sur le plan économique puisque de très nombreux commerces ont été pillés, mais aussi judiciaire. Il recevra également les maires de Paris, Lyon et Marseille, trois villes particulièrement touchées. Leurs maires ont été sévères sur la gestion de la journée par les forces de l'ordre et demandent des comptes. « Je veux savoir ce qui s'est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser », a déclaré le maire de Marseille, Benoît Payan.
« Forces de l'ordre débordées » dit François Hollande
Ils ne sont pas les seuls à vouloir des comptes. A gauche, on déplore un manque d'anticipation, la stratégie de maintien de l'ordre et on dénonce l'absence de réponses aux revendications. « Les forces de l'ordre, dont nul ne peut contester l'extrême difficulté de leur mission et qui ont elles-mêmes été agressées, ont été débordées […] Ce bilan est désastreux car il emporte de lourdes conséquences : d'abord sur les libertés et notamment celle de manifester […] ensuite sur la jeunesse confrontée à la brutalité et privée des réponses attendues du gouvernement …] Sans oublier les effets sur notre économie déjà fragilisée », a dénoncé sur X l'ancien président de la République François Hollande. Jean-Luc Mélenchon a été plus virulent dans une passe d'armes sur X avec Sébastien Lecornu, l'accusant d'être un « commis en train de provoquer une crise de régime ». Le Premier ministre a vertement critiqué les propos du leader de la France insoumise : « Faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences, c'est une inversion dangereuse et cynique des responsabilités », a taclé le chef du gouvernement. Marine Tondelier, la candidate des Verts à la présidentielle, a demandé la démission de Laurent Nuñez, dénonçant le « désastre absolu » de son bilan de la journée de samedi.
Bruno Le Maire veut une loi d'exception contre les casseurs
A droite, les critiques sont particulièrement sévères. Tous les responsables se sont affichés en soutien des forces de l'ordre et ont demandé la plus grande fermeté contre les casseurs et pilleurs. Nombreux sont ceux à faire des propositions ou à promettre, qu'avec eux à l'Elysée, les choses ne se passeront plus ainsi. Bruno Le Maire, qui réfléchit à une candidature à la présidentielle, a demandé une loi d'exception pour les casseurs, l'état d'urgence dans les grandes villes concernées et une commission d'enquête sur les responsabilités de LFI. David Lisnard, candidat déclaré, a accusé le gouvernement de « mièvrerie » et de « niaiserie ». Voir des centres-villes dévastés, des magasins pillés et des policiers sous les projectiles, une crise inédite depuis celle des « gilets jaunes » de fin 2018, fait surtout les affaires de Marine Le Pen. Celle qui n'a de cesse de dénoncer « l'ensauvagement » de la société voit la violence dans les rues conforter sa grille de lecture. « Les revendications sociales légitimes ont une nouvelle fois été prises en otage par l'extrême gauche et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon qui, en légitimant la violence, en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos », a-t-elle dénoncé samedi soir sur X. La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle promet de « libérer » les Français « des politiques toxiques macronistes » et de les « protéger de la violence de l'extrême gauche ».