Vers la fin des bus à hydrogène à Pau, inaugurés par Emmanuel Macron en 2020 : « C’était un pari perdu d’avance »
Peut-on déjà parler d’un cuisant fiasco ? Au bout de six ans seulement, les bus à hydrogène vont être abandonnés au profit de modèles électriques et hybrides Inauguré en grande pompe fin 2019, puis par le président de la République Emmanuel Macron début 2020, le bus à hydrogène de Pau, baptisé Fébus par François Bayrou, était l’une des vitrines politiques du premier mandat de l’ex-maire. Cette énergie propre devait faire basculer la ville dans le futur. Enfin, ça, c’était sur le papier. Dans les faits, outre la mise en place très coûteuse de cette technologie (70 millions d’euros à l’époque pour l’ensemble de la ligne, avec 15 millions d’euros de subventions), la maintenance des appareils s’avère très compliquée depuis que le constructeur des bus a déposé le bilan. De plus, le fonctionnement de la station de production d’hydrogène, erratique et émaillé de pannes, a obligé l’ancienne majorité à faire acheminer régulièrement le gaz par camions, mettant un coup au bilan carbone de cette énergie propre… Ces deux constats ont amené le président du syndicat de transports de l’Agglo de Pau (Pau Béarn Pyrénées Mobilités), Arnaud Jacottin, à annoncer à nos confrères d’Ici Béarn Bigorre l’abandon progressif de l’hydrogène au profit de bus électriques et hybrides. Contacté ce lundi 3 août, l’intéressé n’a pas souhaité évoquer davantage le sujet, assurant qu’une réunion aurait lieu à la rentrée, lors de laquelle « tout sera expliqué, avec le détail des chiffres ».
Deux bus sur 8 sont déjà sur le carreau
À nos confrères, il lâche que « le prestataire qui assurait la maintenance [de la station d’hydrogène] a dénoncé le contrat ; il ne souhaitait plus assurer la maintenance, ou alors avec un tarif multiplié par trois ou quatre ». Selon Arnaud Jacottin, « il faut qu’on investisse dès maintenant pour ne pas se retrouver avec des bus à l’arrêt ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ? Sur les huit bus à hydrogène, deux sont déjà inutilisables, avec des pièces quasi impossibles à trouver, et au moins un des deux serait déjà voué à servir de pièces détachées pour les autres… Ex-premier adjoint à la mairie sous le mandat de Martine Lignières-Cassou, le socialiste André Duchateau n’a jamais caché son aversion pour l’hydrogène. Il avait tenté, en vain, d’avertir la majorité Bayrou des surcoûts liés à cette technologie. « Je pense que je n’ai pas été sévère à l’époque. J’avais prévu une perte de 500 000 euros par an par rapport à un choix hybride. La réalité constatée aujourd’hui : entre les coûts de la station, l’entretien, les assurances, le gardiennage, l’électricité, etc., on approche plus du million par an, voire davantage. »
Beaucoup d’attente pour les bus électriques
André Duchateau assène : « C’était un pari perdu d’avance, dommage qu’il ait fallu attendre d’avoir l’échec sous les yeux pour le reconnaître. » Selon lui, une nouvelle flotte de bus électriques ne pourra pas se faire d’un claquement de doigts : « Tout le monde se jette dessus maintenant. Il y a plusieurs années d’attente pour les commandes. » Pour la CGT d’Idelis, le réseau de transport de l’agglomération, cette réorganisation annoncée, qui sera coûteuse aussi, à n’en pas douter, ne pourra se faire sans que la majorité du maire Jérôme Marbot abandonne son projet de libre accès des bus. Arnaud Jacottin défend l’hypothèse inverse. L’avenir sera seul juge.
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