Revue de presse

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« Une nouvelle étape de la réconciliation après le Brexit » : à Londres, Andy Burnham et Emmanuel Macron affichent leur entente « amicale »

Les Échos · 03/09/2026 · ← revue

« Une tapisserie qui montre un nouveau leader émergeant d'un territoire au nord voyageant vers le sud de l'Angleterre à la recherche d'une couronne. Quelque chose qui ne pourrait clairement pas arriver aujourd'hui. » En présence du roi Charles III et d'Emmanuel Macron, dans le décor du British Museum où est désormais exposée la tapisserie de Bayeux, le Premier ministre britannique Andy Burnham s'est amusé mercredi soir à comparer son parcours à celui de Guillaume le Conquérant. Le leader travailliste et le président français ne pouvaient rêver meilleur décor pour leur première rencontre en tête-à-tête ce jeudi : le prêt de la tapisserie, parfois décrite comme le document historique le plus important du Royaume-Uni, est perçu outre-Manche comme un authentique beau geste diplomatique.

L'un part, l'autre arrive

L'un vient d'arriver au pouvoir, l'autre va bientôt partir, mais chacun a un intérêt à ce que la relation bilatérale soit productive. Le premier pour la croissance économique de son pays, le second pour la trace qu'il va laisser sur le front international, où il a encore de l'influence. Les deux leaders ne se sont exprimés que quelques minutes ensemble, sans tenir de conférence de presse. Le prêt de la tapisserie « montre ce que la collaboration permet de réaliser, » a dit Andy Burnham en évoquant l'Ukraine, les traversées de la Manche par les migrants et la relation avec l'Union européenne. Le président Macron, qui avait parlé la veille d'« entente amicale » en plus de « cordiale » entre les deux pays, a expliqué que seraient évoqués les « sujets défense et sécurité, énergie, économie et migration, etc. », en ajoutant la vision commune de Londres et Paris pour le Moyen-Orient. Leur rencontre revêt surtout un aspect « symbolique marquant une nouvelle étape de la réconciliation » après le Brexit, comme l'explique François-Joseph Schichan, conseil en affaires publiques chez Flint. « Symbolique, mais important », ajoute-t-il, tant du point de vue géopolitique que du point de vue économique.

Baisse des traversées de la Manche

Pas d'annonces spectaculaires, cette fois-ci. Londres a précisé ce jeudi que 45 personnels des forces de l'ordre françaises supplémentaires patrouilleraient les abords de la Manche pour lutter contre les traversées clandestines. Elles sont en baisse de 45 % sur un an à fin juillet, à environ 13.000, mais restent un gros enjeu politique. Les traversées, désormais en Zodiac de plus de 15 mètres, frappent les esprits au Royaume-Uni. En juillet dernier, lors de la visite d'Etat d'Emmanuel Macron, la France et le Royaume-Uni avaient signé un accord sur le sujet migratoire et renforcé leur coopération dans les forces expéditionnaires et le nucléaire militaire. Cette fois, ce sont les sujets du prochain sommet entre l'Union européenne et le Royaume-Uni qui semblent avoir été en bonne place au menu des discussions. Le sommet se tiendra peut-être en octobre, mais la date est incertaine depuis qu'il a été décalé en début d'été. Des sujets lourds concernant la « réinitialisation » de la relation entre les deux blocs. Dans le cadre de la loi européenne d'accélération industrielle favorisant le made in Europe, Bruxelles et Londres négocient la place du Royaume-Uni. Une exclusion serait dévastatrice pour l'automobile britannique et dommageable dans l'acier. Andy Burnham a évoqué le sujet de ces négociations en cours sur l'acier devant les parlementaires mercredi.

Paradoxe

C'est un paradoxe, même si l'entourage d'Emmanuel Macron s'en défend : la relation bilatérale entre les deux pays est profonde et chaleureuse mais, à Bruxelles, la France est souvent sur la ligne la plus exigeante pour englober le Royaume-Uni dans les politiques européennes, que ce soit dans la défense ou le fonds de 5 milliards d'euros pour la tech. « Il n'y aura pas de 'cherry picking', le pays a choisi de sortir de l'Union, et il faut une contribution financière significative pour participer aux programmes spécifiques », dit-on à l'Elysée. Qui précise toutefois que les deux hommes s'entendent bien, Andy Burnham ayant une personnalité avenante.

Faciliter la mobilité des jeunes

En outre, la négociation pour faciliter la mobilité intra-européenne des jeunes gens patine côté britannique, même si le Royaume-Uni a fait son grand retour dans le programme Erasmus. « C'est un sujet très important pour Bruxelles, presque au même niveau que la pêche en termes de sensibilité », explique François-Joseph Schichan. Les deux blocs discutent toujours par ailleurs des conditions pour lever les contrôles aux frontières pour les produits agroalimentaires, et pour une coopération sur la taxe carbone aux frontières. Dans la défense, il est possible que le Royaume-Uni participe plus pleinement aux prochains rounds du programme de réarmement européen SAFE à 150 milliards d'euros. Il semble que le sujet de l'interconnexion plus poussée dans l'énergie entre la France et le Royaume-Uni soit en revanche bloqué côté français, selon François-Joseph Schichan.

Nicolas Madelaine (Correspondant à Londres)