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Retraite à 65 ans et durée de cotisation portée à 45 ans : Edouard Philippe dévoile son plan choc

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Edouard Philippe joue cartes sur table. Attendu depuis plusieurs semaines sur la question très clivante de l'évolution du système de retraites, le candidat Horizons à l'Elysée a proposé ce mardi de reporter l'âge légal de la retraite à 65 ans et d'allonger la durée de cotisation de 43 à 45 ans. De quoi « remettre à l'équilibre notre système », avant de développer, dans un deuxième temps, un système de capitalisation obligatoire pour tous les salariés, a-t-il défendu. Depuis son entrée dans la course à la présidentielle, l'ancien Premier ministre n'avait pas caché qu'il souhaitait pousser les Français à travailler plus longtemps. Il assume, dans une vidéo d'une vingtaine de minutes sur YouTube, une « certaine forme d'impopularité », en proposant d'aller plus loin que la réforme des retraites que le gouvernement de Sébastien Lecornu a accepté l'an dernier de suspendre.

Des exceptions pour un Français sur trois

Celle-ci doit reprendre sa montée en charge après l'élection présidentielle pour porter l'âge légal de la retraite de 62 ans et 9 mois aujourd'hui à 64 ans, et la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein de 42,5 ans, aujourd'hui, à 43 ans d'ici à 2033. Le maire du Havre compte repousser ces deux curseurs « en moins de dix ans » à partir du coup d'envoi de sa réforme. Même si le candidat se montre prêt à une montée en puissance plus rapide, le rythme devra être discuté. A titre indicatif, l'ex-Premier ministre prévient, dans une interview au « Parisien », que sa génération, celle née en 1970, sera concernée. Tous les Français ne seront cependant pas obligés de travailler jusqu'à 65 ans, prévient Edouard Philippe. « Un Français sur trois » pourra partir avant, avance-t-il. Le système actuel prévoit déjà de nombreux cas de figure pour permettre des départs en retraite avant l'âge légal.

Aménager les fins de carrière

« L'âge de la retraite des personnes en mauvaise santé n'évoluera pas », promet Edouard Philippe. Les personnes en situation de handicap pourraient donc continuer de partir à 55 ans, celles en « incapacité permanente », à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, à 60 ans. Tandis que celles dont l'état de santé ne leur permet plus de poursuivre une activité (invalidité) pourront toujours partir à 62 ans. « Ceux qui ont commencé à travailler très tôt doivent pouvoir partir plus tôt », assure encore le Normand. Les départs anticipés pour « carrières longues » devraient donc être maintenus, même si l'entourage du candidat assure que cela pourra être aménagé avec les partenaires sociaux. Edouard Philippe renvoie aussi la balle aux syndicats et au patronat pour aménager les fins de carrière en fonction de la pénibilité des métiers, un sujet qui divise. L'âge permettant d'avoir une retraite à taux plein quoi qu'il arrive, c'est-à-dire l'âge d'annulation de la décote, resterait à 67 ans.

Une « règle d'or » d'équilibre

Pour rendre la potion moins amère, le candidat suggère par ailleurs qu'il faudra travailler sur l'amélioration des conditions de travail, « développer » la retraite progressive (travail à temps partiel et retraite au prorata) ou encore « faciliter » le cumul emploi-retraite. Des axes de travail et outils déjà mis en avant lors de la réforme de 2023, qui ressemble par bien des aspects à celle proposée par Edouard Philippe, loin des transformations plus profondes avancées par d'autres candidats à l'Elysée, Gabriel Attal ou Bruno Retailleau. La réforme se veut cependant rapidement opérationnelle et efficace pour remettre le système de pensions dans le vert. Elle pourrait générer « en année pleine » quelque 30 milliards d'euros, un chiffre qui comprend pour une très large partie les effets de retour positifs sur les finances publiques, indique l'équipe du candidat. Une fois le système revenu à l'équilibre, Edouard Philippe dit qu'il s'engagera à confier « totalement » les « clés du camion » aux partenaires sociaux, avec une « règle d'or » d'équilibre, afin d'« en finir définitivement » avec un débat qui « empoisonne » la vie politique tous les trois ou quatre ans.

Capitalisation obligatoire pour tous les salariés

Pour « compléter » la retraite par répartition « qui doit rester le socle de notre système », le candidat souhaite aussi développer la capitalisation. Cela permettrait de « réconcilier le travail et le capital » et éviterait que des Français pensent cotiser pour une retraite dont ils ne bénéficieront pas, assure Edouard Philippe. L'idée serait de développer un système collectif et obligatoire pour les salariés, dans la veine de ce qui existe déjà pour les fonctionnaires (Erafp). Un fonds de capitalisation serait créé grâce aux excédents de la réforme générés du côté du régime de retraite complémentaire des salariés du privé, l'Agirc-Arrco. « L'avantage de ce système, c'est qu'il permet d'amorcer la capitalisation sans augmenter les cotisations des salariés ou le coût du travail pour les entreprises », défend Edouard Philippe. Dans le détail, l'idée serait de baisser les cotisations Agirc-Arrco pour financer la capitalisation, détaille son équipe.

Développer les plans d'épargne retraite

Par ailleurs, le candidat compte encourager l'épargne individuelle retraite en misant sur l'outil existant du plan d'épargne retraite qui deviendrait « un des placements les plus attractifs du marché ». L'Etat ferait « un premier versement sur le plan de chaque jeune travailleur dès son premier emploi » de l'ordre de 500 euros (pour un coût estimé à 400 millions d'euros par an, financés par les dividendes de l'Etat actionnaire). « Avant quinze ou vingt ans, cela ne produira pas tous les effets qu'on peut en espérer », prévient Edouard Philippe. L'objectif final affiché est cependant que la capitalisation représente de l'ordre de 20 % à 25 % des pensions versées pour un jeune qui entre aujourd'hui sur le marché du travail.

Solenn Poullennec