Revue de presse

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Présidentielle 2027 : pourquoi Edouard Philippe assume d'aller plus loin que les autres sur les retraites

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Fin du suspense et d'une étiquette. Celle de « Monsieur 67 ans » qui collait à la peau d'Edouard Philippe comme le sparadrap du capitaine Haddock. Après des mois à marteler qu'il faudra travailler plus, sans dire jusqu'où, le maire du Havre (Seine-Maritime) a dévoilé, ce mardi, la réforme des retraites qu'il veut mettre en oeuvre s'il est élu en 2027. Très attendu sur ce dossier, Edouard Philippe assume d'aller plus loin que ce qu'ont avancé les autres candidats à l'élection présidentielle de la droite et du centre. L'ancien Premier ministre propose de reporter l'âge de la retraite à 65 ans et d'allonger la durée de cotisation de 43 à 45 ans. Une part de capitalisation serait introduite et les questions de pénibilité renvoyées aux partenaires sociaux.

Un pari risqué

« Il était temps qu'il mette ses propres mots sur ce sujet essentiel, pour ne pas laisser les autres caricaturer sa pensée », se félicite Gilles Boyer, codirecteur de sa campagne. Ces derniers temps, pas une interview, pas une réunion, pas un déplacement où Edouard Philippe n'était ramené à « l'homme de la retraite à 67 ans ». Une borne qu'il avait évoquée parmi d'autres dans un entretien au magazine « Challenges » en 2021 et qu'il traîne depuis comme un boulet. « On ne pouvait pas faire toute la campagne sur ce sujet », note son porte-parole Arnaud Péricard, maire de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Après avoir récemment fait amende honorable sur les 80 km/h, la limitation de vitesse sur les routes secondaires qu'il avait mise en place en 2018 depuis Matignon, Edouard Philippe s'est ainsi libéré de cet autre poids. « C'est un diesel. Il fallait que le moteur se mette en marche, maintenant on peut passer à autre chose », observe un proche. Influencé par son allié Gérald Darmanin, tenant d'une ligne de droite plus sociale, le Havrais a enterré les 67 ans, mais la philosophie reste la même. Quitte à pâtir d'une « certaine forme d'impopularité », dit-il, l'ancien Premier ministre assume de continuer à dire aux Français qu'il faudra travailler plus longtemps. Un pari risqué, alors que les précédentes réformes, qui allaient moins loin, ont toutes électrisé le pays jusqu'ici. Et que ses intentions de vote dans les sondages ont déjà tendance à s'effriter. Faire croire qu'on va s'en sortir en travaillant moins longtemps, c'est peut-être populaire, mais c'est, de mon point de vue, extrêmement dangereux.

Edouard Philippe, candidat à la présidentielle

La tâche s'annonce ardue : le Normand doit défendre le « sérieux » de sa réforme quand Marine Le Pen fait miroiter le retour de la retraite à 62 ans et que Jean-Luc Mélenchon promet même de descendre à 60 ans. « Faire croire qu'on va s'en sortir en travaillant moins longtemps, c'est peut-être populaire, mais c'est, de mon point de vue, extrêmement dangereux », tacle Edouard Philippe, dénonçant « une folie qui aurait des conséquences dramatiques pour le pays ». Lui vante une réforme « responsable pour tous et juste pour chacun », et surtout nécessaire pour conjurer une crise financière. Fragile favori au centre et à droite, le candidat Horizons considère par ailleurs que les réformes présentées par Gabriel Attal (suppression de l'âge légal de départ) et par Bruno Retailleau (âge légal à 63 ans et taux plein à 65 ans) sont soit « inefficaces » pour le premier, soit « injustes » pour le second. « Vous voyez bien que le cadre qui a une carrière linéaire, qui arrive à 65 ans, s'il n'y a que l'âge légal qui fonctionne, il se trouve dans une situation incroyablement plus favorable que ceux qui n'ont pas de carrière linéaire et qui ont des métiers plus difficiles », affirme-t-il.

« Un Français sur trois pourra partir entre 60 et 64 ans »

Dans sa réforme, les cadres « vont travailler un peu plus tard que ce qui est le cas aujourd'hui », admet Edouard Philippe, mais « un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans », selon sa carrière et son état de santé. Un projet qu'il juge « clair » et « juste », avec lequel il espère embarquer les électeurs derrière lui, après avoir déjà égrené de nombreuses propositions sur l'école, l'immigration ou l'écologie depuis la rentrée. Sans réussir pour l'heure à enclencher une réelle dynamique dans les sondages.

Ulysse Legavre-Jérôme