Présidentielle 2027 : Glucksmann-Philippe, le duel des modérés qui rêvent de recréer le clivage gauche-droite

Présidentielle 2027 : Glucksmann-Philippe, le duel des modérés qui rêvent de recréer le clivage gauche-droite RÉCIT - Le social-démocrate et le chef d’Horizons s’efforcent de déjouer le scénario d’un second tour RN-LFI. Chacun cible son camp tout en visant l’électorat macroniste.
En ces temps troublés, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann sont rattrapés par la même interrogation : comment se rendre audible quand la prime est à la radicalité ? Le candidat d’Horizons à l’élection présidentielle peine à faire entendre ses dernières propositions - baisse de l’immigration légale, hausse du pouvoir d’achat des familles - et craint de se voir emporté par l’impopularité du pouvoir sortant. Celui du Parti socialiste (PS) et de Place publique (PP) n’a pas mis les pieds dans les manifestations lycéennes. Pas plus que dans celles « contre la vie chère », de peur d’en être excommunié par des militants Insoumis dont il se dit la cible. Loin des coups d’éclat, Raphaël Glucksmann vit pourtant un automne moins rugueux qu’Édouard Philippe, qu’il talonne désormais dans les enquêtes d’opinion. Porté par son triomphe dès le premier tour à la primaire de son camp, le 11 octobre, le social-démocrate bondit à 14 % d’intentions de vote dans le dernier baromètre Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, contre 15 % pour le maire du Havre lorsqu’il est testé en représentant unique du bloc central. « À court terme, c’est une mauvaise nouvelle. Il nous prend des points », reconnaît l’un des stratèges philippistes, même si tous, à Horizons, minimisent une dynamique « temporaire ». » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : en reflux dans les sondages, Édouard Philippe confronté au risque du dégagisme Les deux hommes, 47 et 55 ans, modérés, pro-européens et chantres de l’« État de droit », se connaissent peu. Mais l’un comme l’autre entendent recréer le clivage gauche-droite après dix ans de « dépassement » macroniste. Autoproclamé « homme de droite », l’ancien premier ministre se rêve en fédérateur de la droite et du centre, de Gabriel Attal à Bruno Retailleau. Sans passer par une primaire, mais sur la promesse de « l’ordre dans les comptes » et de « l’ordre dans la rue ». « Candidat de la gauche démocratique », selon ses mots, Raphaël Glucksmann, lui, vient d’être désigné sur un programme de « justice sociale » et de « révolution » écologique.
Espace « antiextrêmes »
Comme Jean-Luc Mélenchon, l’eurodéputé reste persuadé que son rival ne parviendra pas à se libérer du bilan macroniste ni de sa gestion du mouvement des « gilets jaunes ». « Il peut faire tout ce qu’il veut pour expliquer qu’il faut tout changer, et prétendre ne pas connaître Emmanuel Macron, observe-t-il. Mais il y a, dans la société française, un niveau de rejet des méthodes macronistes tel qu’à un moment ce poids-là sera trop lourd. » « Notre concurrent pour le premier tour, c’est Philippe », affirmait-il encore en privé, quelques mois avant sa victoire à la primaire des socialistes. Sans doute a-t-il acté que le noyau dur de Jean-Luc Mélenchon, fidélisé par la radicalité, ne reviendrait plus dans le camp des modérés. Pour se hisser au second tour, Raphaël Glucksmann comme Édouard Philippe imaginent incarner le « vote utile » d’un électorat indécis, prêt à se reporter sur celui qui empêchera le face-à-face entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Cet espace « antiextrêmes » obéit à un système de vases communicants, selon ce proche du Normand : « Tu habilles Jacques, tu déshabilles Paul. C’est un jeu à somme nulle. » » LIRE AUSSI - « Il y a une campagne de harcèlement de LFI contre moi » : Raphaël Glucksmann freiné dans son élan pour la présidentielle Le maire du Havre et l’eurodéputé s’appuient sur une sociologie électorale assez proche : ils puisent surtout leurs forces chez les retraités, les personnes âgées ou encore les cadres supérieurs et diplômés. Et lorgnent l’électorat qui a voté pour Emmanuel Macron aux premiers tours de 2017 et de 2022. Des Français attachés au « progrès » économique et social, tout comme à la lutte contre « les extrêmes ». Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann ont en commun de convoiter les voix de Gabriel Attal, dont le premier espère toujours le ralliement. Au premier tour, l’ancien membre des Républicains (LR) assume sa focalisation sur l’électorat de la droite et du centre. Sans toutefois apparaître comme repoussoir pour la gauche, qu’il devra attirer à lui en cas de duel avec Marine Le Pen. En miroir, Raphaël Glucksmann doit résoudre une équation similaire : le candidat veut ancrer sa campagne à gauche, mais sans pour autant rebuter les orphelins du macronisme.
Campagne « punk »
Le social-démocrate a d’ailleurs l’intention de titiller le camp présidentiel pendant la niche parlementaire des socialistes à l’Assemblée nationale, le 19 novembre prochain. Les députés PS défendront la régularisation de 300 000 travailleurs sans papiers, une mesure explosive qui n’a cessé de diviser et d’embarrasser les macronistes pendant les deux quinquennats. « On va voir si les macronistes sont contre le patronat, et s’ils n’ont pas cette vision concrète et rationnelle de l’économie », souligne le socialiste Paul Christophle, à l’origine du texte. Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe ont déjà dit le mal qu’ils pensaient de certaines de leurs propositions. Les solutions du candidat du PS ne sont « pas totalement convaincantes », a récemment résumé le candidat d’Horizons, dans « Le Grand Oral BFMTV-Le Figaro ». Son adversaire juge, lui, « injuste » et « profondément inacceptable » le projet de reporter l’âge légal de la retraite à 65 ans. Les deux prétendants, de nature pudique et attachés à une certaine hauteur de vue, doivent aussi surmonter les mêmes reproches : une forme de raideur et de distance vis-à-vis des Français rencontrés sur le terrain. Tout comme la difficulté de créer un enthousiasme derrière eux, même si Raphaël Glucksmann promet une campagne « punk » et Édouard Philippe imagine la sienne « joyeuse ». Les philippistes sont convaincus que leur champion se démarque de Raphaël Glucksmann par son expérience gouvernementale. « Le pays a besoin d’un capitaine par gros temps et il n’en a pas la stature », juge Marie Guévenoux, codirectrice de la campagne d’Édouard Philippe. Tout au contraire, le social-démocrate juge que c’est une chance de ne pas appartenir au sérail. « Glucksmann est mauvais et Édouard Philippe est trop haut pour être débranché, mais trop bas pour plier le match », avance pour sa part le député écologiste Benjamin Lucas. La perspective d’une division des voix modérées inquiète une partie du camp Macron. « Le pire, ce serait d’avoir un candidat de centre gauche qui viendrait nous piquer 10 points et nous conduirait au duel Mélenchon-Le Pen », affirmait au printemps le centriste Marc Fesneau, chef des députés du MoDem. Hors micro, un ministre appelle Édouard Philippe à « dealer » avec Raphaël Glucksmann avant le premier tour. « Sinon, s’alarme-t-il, Mélenchon sera à 22 %. »