Revue de presse

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Présidentielle 2027 : entre une fidélité contrariée à leur ...

Le Monde · 17/07/2026 · ← revue

Ils sont six et « toujours suspendus comme sur une corde à linge », résume l’un d’entre eux. Au moins, la situation autorise l’humour. Le 22 octobre 2025, le bureau politique du parti Les Républicains (LR) votait la suspension des ministres membres de la formation. Leur faute ? Avoir bravé l’autorité de leur président, Bruno Retailleau, par leur participation au second gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu. Neuf mois plus tard, la situation est inchangée. Annie Genevard (agriculture), Philippe Tabarot (transports), Vincent Jeanbrun (ville et logement), Sébastien Martin (industrie) et Nicolas Forissier (commerce extérieur) sont devenus comme invisibles pour leur parti, alors que Jean-Didier Berger (délégué auprès du ministre de l’intérieur) a remplacé numériquement Rachida Dati (culture). Signe de cette mise à l’écart, aucun n’a été convié au premier meeting présidentiel du candidat Retailleau, le 20 juin. Plus de son, plus d’image. Même les communiqués du parti n’arrivent plus dans leur messagerie. Au moins reste-t-il la solidarité entre les suspendus. Après un premier rendez-vous informel organisé par Philippe Tabarot, en juin, Annie Genevard doit accueillir ses cinq camarades pour un dîner en juillet. Les convives évoqueront sans doute la position de leur ancien chef à leur égard. « Comment Retailleau pense-t-il réunir plus de 50 % des Français derrière lui quand il n’arrive même pas à rassembler sa propre famille politique ? », s’interroge l’un des punis. Mais, pour le président de LR, les ministres ont privilégié leur carrière. A eux d’en assumer les conséquences. « La vie politique, c’est la clarté. Si je ne les avais pas suspendus, je serais toujours considéré comme dans le bloc central », assure en privé celui qui théorise le rejet éprouvé par les Français à l’égard d’une « saison 3 du macronisme ». A l’entendre, Edouard Philippe et Gabriel Attal seraient disqualifiés en tant qu’anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron. Les LR du gouvernement gardent en mémoire, eux, le rôle de Bruno Retailleau dans la saison 2 du macronisme. « Il a été ministre de l’intérieur, et pas le modeste ministre délégué du commerce extérieur que je suis », lâche Nicolas Forissier, loin d’acheter le récit « de ministre de cohabitation » proposé aujourd’hui par le candidat. Bruno Retailleau aurait volontiers prolongé de quelques mois son aventure gouvernementale. C’était avant le 5 octobre 2025. Ce soir-là, un ministre LR aurait bien « arraché le téléphone » du Vendéen pour éviter ce message intempestif sur X, ces 185 signes pour dénoncer les choix de Sébastien Lecornu et faire de son premier gouvernement le plus éphémère de la Ve République. Après une année passée dans les ministères et une visibilité retrouvée pour la droite, Bruno Retailleau sonnait la fin de la « participation ».

Prolonger l’esprit du « socle commun »

Ordre est donné à tous de respecter la consigne, aux sortants et aux entrants possibles, comme Nicolas Forissier. Or, l’ancien secrétaire d’Etat à l’agriculture (2004-2005) a toujours défendu un rapprochement entre la droite et le bloc central. Lui plaide donc la cohérence, quand chez LR l’heure est de nouveau à cogner sur la Macronie pour mieux s’en distinguer. Aujourd’hui, la rupture paraît consommée entre Bruno Retailleau et lui, qui l’avait soutenu lors de la campagne pour la présidence de LR, en 2025. En octobre 2025, le ministre du commerce extérieur avait même échappé, comme les cinq autres, à une exclusion pure et simple du parti. Le communiqué était déjà rédigé et validé par Bruno Retailleau. Le président du Sénat, Gérard Larcher, avait réussi à imposer ce jugement de Salomon au bureau politique. Depuis, les six rejettent le procès en trahison. « On a tous l’impression d’avoir fait un choix qui n’allait pas contre l’intérêt de notre parti en participant à ce gouvernement », résume Philippe Tabarot. Ce choix induit de prolonger l’esprit du « socle commun » cher à l’ancien premier ministre Michel Barnier. Les LR du gouvernement Lecornu s’accordent sur un point : celui d’un candidat unique de la droite et du centre, pour éviter un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour. « On fait le constat qu’il faudra se rassembler avant le premier tour », confirme Philippe Tabarot. Pour certains, le mieux placé est une vieille connaissance des années UMP : Edouard Philippe. Nicolas Forissier était un des invités du meeting parisien du candidat Horizons, le 5 juillet. « Edouard [Philippe] est celui qui réunit le plus de qualités aujourd’hui par son expérience et sa vision », plaide ce sarkozyste historique. Ce n’est pas un soutien, mais cela commence à y ressembler. Nicolas Forissier assume d’être « un éclaireur » pour LR. Qui, dans la bande des six, pourrait le suivre ? Vincent Jeanbrun a eu l’occasion d’échanger avec Edouard Philippe, fin juin. L’entourage du ministre décrit « une rencontre sympathique avec un candidat déterminé », mais il a décliné un déplacement sur le thème du logement au Havre (Seine-Maritime), la ville de l’ancien premier ministre. Peu importe. Chez Horizons, l’heure n’est pas encore à la pêche aux gros. L’idée serait plutôt d’échelonner les nouveaux soutiens d’ici à la fin de l’année. Unis par leur situation, les ministres LR le seront-ils encore en 2027 ? A l’image d’un Jeanbrun, Jean-Didier Berger et Sébastien Martin n’ont jamais été de grands « retaillistes ». Les trois soutenaient Laurent Wauquiez en 2025. Annie Genevard, elle, était dans le clan du vainqueur. Même suspendue, l’ancienne présidente par intérim du parti dit « rester LR » et conserve son « amitié » pour Bruno Retailleau. « Je veux que mon parti pèse pour la présidentielle. Bruno Retailleau a des qualités pour, dit-elle. Mais le temps presse, et l’enjeu désormais est de rassembler la famille LR et faire adhérer les Français à nos idées. » Reste à savoir si l’intéressé souhaite voir les ministres suspendus adhérer à sa campagne.