Présidentielle 2027 : Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann et la quête fébrile de l'électorat modéré

Par Ulysse Legavre-Jérôme, Hadrien Valat
Edouard Philippe a été placé jeudi sous le statut de témoin assisté. Le candidat Horizons est visé par une enquête pour des soupçons de détournement de fonds publics au sein de l'agglomération du Havre. Si cette décision, moins incriminante qu'une mise en examen, est saluée par son entourage, elle s'ajoute à la séquence difficile que traverse l'ancien Premier ministre. Plombé par la crise sociale et son statut d'héritier du macronisme, Edouard Philippe est désormais donné éliminé dès le premier tour dans les sondages. Cette mauvaise passe a réveillé les débats pour l'organisation d'une primaire de la droite et du centre, dont il ne veut pas entendre parler.
Coude-à-coude
Cerise sur le gâteau, le maire du Havre est aussi concurrencé sur son flanc gauche par Raphaël Glucksmann. Propulsé par sa victoire écrasante à la primaire socialiste, l'eurodéputé lui dispute à présent la troisième place, derrière Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Dans la dernière vague du baromètre PrésiTrack d'OpinionWay pour « Les Echos », les deux hommes sont au coude-à-coude, chacun à 15 % d'intentions de vote au premier tour. Une situation observée dans d'autres études d'opinion. Les anciens électeurs d'Emmanuel Macron se dispersent en partie entre les deux candidats
Frédéric Micheau, DGA d'OpinionWay
« Un effet primaire », balaye l'entourage d'Edouard Philippe, persuadé que Raphaël Glucksmann va « redescendre » dans les prochaines semaines. « Il n'a pas la stature d'un président et il est trop déconnecté avec le pays », juge-t-on autour du maire du Havre. Reste que si l'eurodéputé prend des couleurs dans les sondages, c'est en partie au détriment de l'ancien Premier ministre. Preuve que leur électorat n'est pas si éloigné, note Frédéric Micheau, directeur général adjoint d'OpinionWay. « Les anciens électeurs d'Emmanuel Macron se dispersent en partie entre les deux candidats », observe le sondeur, qui mentionne aussi Gabriel Attal comme potentiel réceptacle, bien que le secrétaire général de Renaissance soit en moins bonne posture.
« Vote utile »
Quand Edouard Philippe se revendique de droite et Raphaël Glucksmann de gauche, chacun espère incarner le « vote utile » auprès du camp modéré : être perçu comme le seul candidat à pouvoir empêcher un face-à-face entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais si le patron d'Horizons et celui de Place publique se retrouvent sur le rejet de la « brutalisation » du débat politique et dans la défense de « l'ordre républicain », leurs projets respectifs n'ont pas grand-chose à voir. A commencer par les mesures fiscales, de redistribution ou encore sur l'immigration. Malgré ces différences importantes, une partie de la gauche modérée se dit prête à tout pour éviter un second tour entre le RN et LFI. Quitte à regarder en direction du Havre. Une éventualité qui n'inquiète pas outre mesure chez Place publique : « Un des risques, c'est le vote utile Philippe. Mais je n'ai pas vraiment peur parce que Philippe craint tellement Retailleau et Lisnard qu'il va s'embourber dans une ligne vraiment à droite », phosphore un parlementaire. Pour s'arroger le marais centriste, l'équipe de campagne de Raphaël Glucksmann mise notamment sur son projet de réindustrialisation et de souveraineté. « Il y a des gens qui nous disent qu'ils ne sont pas de gauche, mais qui se reconnaissent dans notre discours sur la défense et l'industrie », pointe une proche de l'essayiste. La mauvaise dynamique des deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron est ainsi scrutée de près dans le camp Glucksmann. « Dans le mois qui vient, Raphaël doit prendre des points avec l'effondrement du centre », espère ainsi un maire socialiste. « Le match qu'on doit poser, c'est avec Edouard Philippe », abonde un cadre de la campagne de l'eurodéputé. Les entourages des deux candidats ont ainsi immédiatement rejeté la main tendue de Gabriel Attal, qui cherche à sortir la tête de l'eau en proposant une « grande primaire des démocrates ». Pour Edouard Philippe, pas question de redonner du souffle au leader de Renaissance. Quant à Raphaël Glucksmann, qui se débat en permanence contre le procès en macronisme qui lui est fait par la gauche radicale, difficile de voir un quelconque intérêt à s'associer aux anciens Premiers ministres d'un camp présidentiel en déliquescence.