Revue de presse

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Présidentielle 2027 : Edouard Philippe, arrêtez de jouer la comédie

Les Échos · 22/09/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Imaginez un instant. Vous êtes Edouard Philippe. Vous avez été Premier ministre. Vous avez une réputation de sérieux, une stature d'homme d'Etat, votre référence, c'est Alain Juppé, l'orthodoxie faite homme. Vous êtes candidat à la présidentielle. Vous expliquez à vos concitoyens qu'il va falloir se saisir des problèmes de la France avec beaucoup d'abnégation. Vous parlez d'efforts collectifs, de rigueur budgétaire et vos sondages font (logiquement) la gueule. Un conseiller vient alors vous voir et vous confie, légèrement embarrassé : « Tu sais, Edouard, dans les enquêtes qu'on a menées, ce qui ressort en premier, c'est ton image de techno. Les gens disent que tu fais coincé et que tu ne proposes que du sang et des larmes. Il faudrait rectifier, tu comprends. » Vous comprenez. Le conseiller s'enhardit : « En fait, il faudrait des séquences où tu fais proche du peuple. » Et vous dites oui. Vous avez peut-être un léger doute, mais vous dites oui. Parce qu'il y a ces satanés sondages.

« Mangez des pommes »

Alors, fin août, vous êtes dans le Nord. Vous enfilez un tablier, vous vous installez devant des bains d'huile bouillonnants et vous faites cuire des frites, avant de les faire sauter dans un cul-de-poule et de les servir à la bonne franquette, Gérald Darmanin étant préposé au saupoudrage du sel. Mi-septembre, lors d'un déplacement à la rencontre des jeunes agriculteurs en Moselle, vous vous affichez, en chemise blanche, manches retroussées, avec une paire de gants en plastique, en pleine préparation d'une flammeküche. Et tout récemment, à l'occasion d'une virée en Maine-et-Loire, où vous venez déclarer votre flamme (tardive) à la défense de l'environnement, vous vous présentez, un trognon de pomme à la main, pour déclarer : « Le Normand que je suis n'a pas trop de mal à dire qu'il aime les pommes […] Mangez des pommes. » L'allusion à Jacques Chirac version 1995 est aussi fine que le gros sel de Darmanin. Et là, nous, on se dit que ça commence à faire beaucoup. Surtout, on commence à prendre peur. Parce que la prochaine étape, c'est quoi ? Faire un karaoké sur « Tournez les serviettes » dans une discothèque à Guéret ? Couper des tranches de saucisson et servir du vin au cubi dans un camping à La Grande-Motte ? Mais non, bien sûr. Car la lucidité vous revient enfin : vous comprenez que, non seulement la com ne vous sauvera pas, mais qu'elle risque d'enterrer vos derniers espoirs, parce que ça n'a jamais servi à rien de jouer un rôle quand on est un mauvais comédien, ce n'est jamais bon de se montrer tel qu'on n'est pas. Vous prenez conscience que les Français - ce peuple étrange - ont appris à repérer les démagogues - ils en voient depuis si longtemps -, que la politique à la papa, c'est terminé. Alors vous virez vos conseillers et vous faites cette chose incroyable : vous cessez de prendre les électeurs pour des imbéciles.