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Présidentielle 2027 : avec son contre-budget, Le Pen pilonne Macron et tente de se poser en alternative crédible

Les Échos · 06/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Peu importe l'actualité. Marine Le Pen n'entend laisser bousculer sa campagne ni par les accusations d'écrits antisémites qui pèsent sur Jordan Bardella, ni par la crise qui enflamme les lycées dans l'Hexagone. La candidate du Rassemblement national pour 2027 a présenté comme prévu ce mardi matin sa stratégie pour restaurer les comptes publics si elle est élue. Devant une centaine de journalistes réunis pour l'occasion au siège du RN, Marine Le Pen s'est montrée grave et la mine sérieuse, entourée - comme si de rien n'était - de Jordan Bardella toujours promis à Matignon, et du député Jean-Philippe Tanguy, que le RN vient de nommer référent pour l'économie pour la campagne.

Trajectoire « solide mais exigeante »

Objectif : montrer qu'elle a pris conscience de la situation financière alarmante de la France et rassurer les marchés financiers sur sa volonté de prendre le problème à bras-le-corps. Utilisant un vocabulaire adapté, volontiers technique, elle a annoncé une trajectoire « solide mais exigeante », qui n'est « pas un plan d'austérité », mais qui nécessitera un « effort radical ». De fait, le plan d'économies annoncé à l'appui de sa trajectoire budgétaire s'est avéré encore plus massif que prévu : 140 milliards d'euros nets sur cinq ans - contre 125 milliards annoncés fin août. Marine Le Pen a promis en conséquence de ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3 % du PIB dès 2028 (et 2,2 % en 2032) et la dette à 112 % du PIB en 2032 (118,4 % en 2026). Pour appuyer son sérieux et sa conversion à l'orthodoxie budgétaire, elle avait déjà dévoilé la semaine dernière le mécanisme de la règle d'or annoncée fin août, qui doit inscrire dans la Constitution les règles à respecter en matière de déficit public - et qu'elle veut faire adopter par référendum. Ce mardi, à nouveau, dénonçant l'absence de réformes structurelles menées depuis dix ans, elle a rappelé sa volonté de s'attaquer « à tous les tabous, toutes les lâchetés, tous les lobbys », évoquant la réorganisation de l'Etat comme « la mère des réformes ».

« Choc de compétitivité »

Les grands axes des économies promises sont pour la plupart déjà connus : suppression de « la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites », fin du « millefeuille administratif », exclusion des étrangers d'un grand nombre d'allocations, fin des subventions à l'énergie, réduction de la contribution à l'Union européenne, lutte contre les fraudes. Régulièrement accusée de ne pas s'attaquer aux dépenses sociales, qui représentent la moitié des déficits publics, Marine Le Pen a aussi, de façon plus surprenante, ciblé la Sécurité sociale, qu'elle veut « réorganiser et simplifier profondément », en améliorant, par exemple, « le contrôle des prescriptions ». Très attendue sur le financement de sa coûteuse réforme des retraites, elle a renvoyé à une présentation détaillée « dans les semaines à venir ». Ce mardi, elle s'est contentée d'indiquer que des « corrections de mesures injustes ou inefficaces » participeront à son financement, et qu'elle inclura la création « d'un véritable pilier de capitalisation » - de quoi satisfaire son allié Eric Ciotti installé au premier rang. Enfin, Marine Le Pen a promis un « choc de compétitivité » via des baisses de TVA sur l'énergie ou les produits de première nécessité, ou encore la suppression des impôts de production - pour un total de 30 milliards d'euros. Ainsi que de nouvelles « dépenses provisionnées pour des droits nouveaux » (protection de l'enfance, politique familiale…), pour 15 milliards, ou des rallonges pour l'éducation, la recherche ou l'outre-mer.

Avec un budget Le Pen on rêverait en couleurs et on raserait gratis

Roland Lescure, ministre de l'Economie

Un discours comportant finalement peu de surprises et de nouveautés sur le fond, mais qui a marqué, sur la forme, par sa solennité et sa tonalité. A sept mois de l'élection présidentielle, alors que l'économie est régulièrement pointée comme son talon d'Achille, la favorite dans les sondages du premier tour veut montrer qu'elle se prépare, et qu'elle a pris conscience des responsabilités qui l'attendent si elle est élue. « Elle a revêtu un costume de future présidente. Elle est apparue vraiment concentrée, dans sa campagne », analyse le politologue Bruno Cautrès. Et peu importe si la crédibilité des mesures annoncées est déjà vigoureusement attaquée. « Vous rêvez en couleurs », a cinglé le ministre de l'Economie, Roland Lescure, accusant le RN de « raser gratis », avec des mesures « parfaitement incantatoires et parfaitement inapplicables ». De même, les économistes qui ont déjà décortiqué le programme ne sont guère convaincus, ni par le rebond espéré de la croissance, ni par la validité des économies proposées.

« Faux Mozart de la finance »

Durant tout son discours, Marine le Pen s'en est longuement pris aux « socialo-macronistes », aux « faux experts », ou aux « élites françaises », qui ont « failli volontairement et, pire, ont menti pour contrer la victoire du RN ». Dénonçant le « bilan dramatique » d'Emmanuel Macron, qualifié de « prestidigitateur » ou de « faux Mozart de la finance », elle a voulu se poser en alternative crédible. « Elle joue sur du velours, elle dispose là d'un argument de campagne difficile à attaquer », souligne Bruno Cautres. Tout en mettant l'accent sur le pouvoir d'achat, la candidate a aussi pris soin de ne pas préciser clairement qui serait concerné par l'effort massif engendré par son programme. « Il n'y a pas d'argent magique : procéder à une telle consolidation budgétaire, c'est forcément retirer de l'argent du système, et in fine du pouvoir d'achat », relève Anthony Morlet-Lavidalie, chez Rexecode. « Or sur ce point, elle est restée volontairement floue. »

Fonctionnaires non remplacés

S'il cible clairement les étrangers vivant en France, le RN est moins clair sur les autres acteurs qui seront touchés. « Les actifs en poste seront bien traités, mais ce n'est pas sûr pour les plus vulnérables. De même, les grandes entreprises vont souffrir ! », poursuit l'économiste. Quant aux fonctionnaires, ils seront clairement mis à contribution, via la suppression des agences de l'Etat ou du millefeuille territorial. Interrogé sur le sujet, Jean-Philippe Tanguy a chiffré à plus de 200.000 le nombre de postes qui ne seront pas remplacés. Reste à savoir si les détenteurs de dette obligataire seront convaincus.

Anne Feitz