Présidentielle 2027 : avec sa « grande primaire », Gabriel Attal cherche à bousculer Edouard Philippe

La balle est dans le camp d'Edouard Philippe. Invité du « 20 Heures » de TF1 mercredi soir, Gabriel Attal a plaidé pour l'organisation d'une « grande primaire des démocrates » avant l'élection présidentielle de 2027. Un coup de pression en bonne et due forme au maire du Havre, dont l'opposition à ce mode de départage interne est notoire. En mauvaise passe dans les sondages, le secrétaire général de Renaissance justifie cette initiative par la « quasi-certitude » d'un deuxième tour opposant le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI). Si les modalités restent floues, il pose comme condition aux éventuels participants le « refus clair et net de toute alliance avec les extrêmes ».
Virage sur l'aile
L'espace est donc très large, mais pour que cette primaire ait une chance de voir le jour, Gabriel Attal prend soin de ne pas citer Raphaël Glucksmann. Sa main tendue vise surtout Edouard Philippe, Bruno Retailleau et David Lisnard. Qu'importe si le virage sur l'aile est déstabilisant après avoir maintes fois répété que le président des Républicains (LR) n'appartenait pas au même espace politique. « Nous sommes pro-européens, ce que n'est plus la droite de gouvernement […] Je ne vois pas de projet de société commun aujourd'hui entre LR et nous », assurait-il par exemple au « Monde », l'an dernier. « Face au risque RN - LFI, les différences entre les deux lignes doivent probablement être mises au second plan », soutient désormais l'entourage de Gabriel Attal. Quant au très libéral maire de Cannes David Lisnard, le candidat Renaissance s'en tient à son refus de travailler avec Marine Le Pen. Tant pis pour son appel à Eric Ciotti, allié de la candidate RN, à le rejoindre, ou sa proximité présumée avec Sarah Knafo.
Les primaires produisent davantage de rancoeurs que d'unité
Edouard Philippe, candidat Horizons
Reste qu'Edouard Philippe, marqué par l'échec de son mentor Alain Juppé lors de la primaire de la droite fin 2016, ne veut pas entendre parler d'une telle compétition. « Les primaires produisent davantage de rancoeurs que d'unité », a-t-il encore martelé dans un entretien au « Point » cette semaine. VIDEO - Combien coûtent à l'Etat les élections présidentielles et législatives ? Ses lieutenants se sont d'ailleurs empressés de riposter. « Qui en a compris le périmètre ? Est-on assuré que les perdants accepteraient de soutenir le vainqueur ? », a posté sur X Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons à l'Assemblée nationale. Avant d'enfoncer : « Ce n'est pas cet en même temps, aussi cafouilleux que hasardeux, qui permettra d'éviter un second tour mortifère entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. » « La primaire est l'outil des faibles. Edouard Philippe y sera contraint s'il continue de dégringoler », veut toutefois croire un député LR, alors que les intentions de vote du Havrais s'érodent sondages après sondages. C'est là que réside le pari de Gabriel Attal, qui joue son va-tout sur cette compétition pour gagner du temps et relancer sa campagne.
« Un projet fantaisiste »
Mais encore faut-il que Bruno Retailleau se prête au jeu, ce qui semble loin d'être le cas à ce stade. « Tant qu'il n'exclut pas clairement Raphaël Glucksmann, c'est un projet fantaisiste. Le minimum qu'on puisse accepter, c'est une primaire de la droite et du centre », assure un proche du candidat LR. La participation du maire du Havre reste par ailleurs une condition sine qua none pour l'ancien ministre de l'Intérieur. « Je n'ai jamais été opposé à la primaire, je n'ai pas du tout peur de la compétition. Au contraire. [Mais] si Edouard Philippe n'est pas dans la primaire, ça sert à quoi ? », a encore déclaré Bruno Retailleau, mercredi, sur CNews. Ce manque d'engouement ne semble pas refroidir l'entourage de Gabriel Attal. « On ne s'attendait pas à ce que tout le monde signe en bas à droite dans les prochains jours. C'est un exercice à décantation assez lente », assure-t-on au siège de Renaissance. Ces prochaines semaines, l'ancien Premier ministre va s'employer à convaincre les autres candidats, quitte à tenter de faire pression sur eux en interne. Il a notamment rencontré Gérard Larcher, le président LR du Sénat, dont beaucoup considèrent qu'il est le seul à être en mesure d'organiser une telle compétition à droite et au centre. Il va bientôt en discuter avec Michel Barnier, son successeur LR à Matignon, lui-même partisan de longue date d'une grande primaire.