Présidentielle 2027 : à la peine dans les sondages, Gabriel Attal propose une «grande primaire des démocrates»
Présidentielle 2027 : à la peine dans les sondages, Gabriel Attal propose une «grande primaire des démocrates» pour éviter un duel LFI-RN Invité mercredi du « 20 heures » de TF1, le candidat Renaissance à la présidentielle a dit redouter par-dessus tout un second tour entre LFI et le RN, dont son camp serait exclu. Mais son idée a été accueillie très froidement chez Édouard Philippe et Bruno Retailleau.
Puisque les enquêtes d’opinion ne tranchent pas, les électeurs le feront-ils ? Cinq mois après s’être lancé tambour battant dans la course à l’Élysée, dans l’espoir de rattraper son rival Édouard Philippe dans les sondages, voire de lui ravir le leadership du bloc central, Gabriel Attal n’a pour l’heure pas réussi son pari. S’il s’est rapproché du maire du Havre (Seine-Maritime), c’est moins par sa propre dynamique que par l’essoufflement de ce dernier. Testé comme seul candidat du bloc central, le patron d’Horizons a chuté à 15 % dans notre dernier baromètre Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, soit six points de moins que fin septembre, tandis que son lointain successeur à Matignon recule lui aussi, dans une moindre mesure, à 13 % (-2). Et c’est sans compter Bruno Retailleau, le candidat des Républicains, englué entre 7 % et 7,5 %. Un éparpillement des voix qui fait le lit d’un second tour entre Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI), dessiné à ce stade par les enquêtes dans toutes les configurations, mais que le centre et la droite, déjà affaiblis, veulent éviter à tout prix. «Notre pays ne s’en relèverait pas», a averti mercredi soir Gabriel Attal au «20 heures» de TF1, appelant ses concurrents à «être tous responsables». C’est dans cette optique que le patron de Renaissance a relancé, à moins de six mois de l’élection, l’idée d’une «grande primaire des démocrates», susceptible de «redonner de l’espoir aux Français».
La «responsabilité de la division»
Sans délimiter le périmètre de cette compétition qu’il appelle de ses vœux, censée aboutir à une candidature unique, le chef de file des députés Renaissance pose deux conditions. D’abord, «qu’elle puisse rassembler des candidats qui défendent les valeurs de la République et notamment l’autorité, la laïcité, la lutte contre les discriminations, l’Europe et la construction européenne, la compétitivité de notre économie, le progrès social et écologique». Ensuite, que ses prétendants s’opposent à une «alliance avec l’extrême gauche et l’extrême droite», à l’échelle nationale comme au plan européen. Quid, dans ce cas, de Bruno Retailleau et de David Lisnard ? Ou même de Raphaël Glucksmann, devenu le 11 octobre candidat de la gauche modérée à l’issue de la primaire sociale-démocrate ? Persuadé que «cette primaire aura lieu», «de très nombreux Français la demandant», Gabriel Attal s’est refusé à citer des noms, préférant «tendre la main à tous les candidats qui ne veulent pas d’un second tour entre LFI et le RN». Faute de dire qui pourrait concourir, le député des Hauts-de-Seine se montre plus disert sur la méthode, en reprenant plusieurs pistes avancées par d’autres partisans d’une primaire. À commencer par la «charte des valeurs» prônée par le président centriste de la région Normandie, Hervé Morin. Mais aussi le calendrier défendu par François Bayrou, chantre d’un vote «d’ici à la fin du mois de janvier». Reste qu’Édouard Philippe s’est toujours montré réfractaire à l’idée d’une primaire, quel que soit son format. Qu’adviendra-t-il si le Normand persiste dans son refus ? Tout en disant avoir «beaucoup de respect et d’estime» pour son aîné, Gabriel Attal fait valoir qu’«aucun candidat, dans aucun sondage, n’est en situation d’être au deuxième tour». Avant une dernière mise en garde, adressée à ceux qui refuseraient de jouer le jeu, alors que les Français risquent de se retrouver coincés entre LFI et le RN : «Je suis convaincu que ceux qui feront le choix de rester à l’écart de ce rassemblement porteront la responsabilité de la division.»
Accueil plutôt froid dans les camps Philippe et Retailleau
À ce jour, l’opération s’annonce mal engagée. D’autant que, la veille, dans un entretien au Point, le candidat Horizons avait de nouveau fermé la porte. «Les primaires produisent davantage de rancœurs que d’unité», a-t-il estimé, jugeant que leurs partisans «ne s’accordent ni sur le périmètre politique ni sur les règles d’engagement». Après la sortie de Gabriel Attal sur TF1, les proches du maire du Havre ont enfoncé le clou. «Qui en a compris le périmètre (de la primaire, NDLR) ? Est-on assuré que les perdants accepteraient de soutenir le vainqueur ?», s’est interrogé sur X le patron des députés Horizons, Laurent Marcangeli, fustigeant un «“en même temps” aussi cafouilleux qu’hasardeux». L’accueil n’a guère été plus chaleureux chez Bruno Retailleau. Ses proches jugent auprès de l’AFP le projet «mort-né», faute d’exclure Raphaël Glucksmann. «Si on veut faire élire Le Pen, c’est la meilleure manière, parce que personne chez nous ne votera Raphaël Glucksmann», y tranche-t-on, raillant «la stratégie d’Emmanuel Macron sans la finesse d’Emmanuel Macron». À l’inverse, David Lisnard, qui «propose depuis deux ans » une primaire ouverte, s’est félicité que l’idée «progresse», tout en pressant le pas : «Il faut se dépêcher car bientôt il sera trop tard.» Dans l’entourage de Gabriel Attal, on veut pourtant croire que l’idée «infuse», à défaut d’un «consensus immédiat».