Pourquoi Macron tend la main à l'Arabie saoudite pour sécuriser le port de Yanbu

Par Anne Bauer
L'annonce par Emmanuel Macron de l'envoi de moyens militaires en Arabie saoudite pour protéger le port de Yanbu, jeudi soir, a suscité la surprise. Que vont donc faire des Gaulois dans le désert d'Arabie ? « Nous allons envoyer des moyens militaires, c'est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense, pour protéger ce site », a déclaré le président de la République lors de son interview sur TF1 et France 2. Une décision prise en coordination avec les autorités saoudiennes, dont les infrastructures pétrolières sont actuellement attaquées par les rebelles Houthis qui ont pris le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, au débouché de la mer Rouge.
Agir à la source
Faute de pouvoir baisser le prix des carburants, Emmanuel Macron propose d'agir à la source, pour protéger les exportations de pétrole. Car les prix à la pompe ont connu une nouvelle flambée depuis l'entrée dans le conflit des Houthis début septembre, en sus du double blocus qui sévit dans le détroit d'Ormuz. L'Arabie saoudite avait contourné le blocus d'Ormuz en utilisant un vieil oléoduc, réalisé dans les années 1980, qui lui permet de relier ses champs pétrolifères d'Abqayq, à l'Est, du côté du golfe Persique, à Yanbu, à l'Ouest, du côté de la mer Rouge. Jusqu'à ce que les Houthis, soutenus militairement par l'Iran, ne l'attaquent en mer Rouge et ne bloquent complètement ses débouchés, ce qui a fait passer le prix du baril au-dessus de 100 dollars. Pour Emmanuel Macron, le remède à la hausse des prix des carburants est donc de sécuriser les approvisionnements en pétrole. Il a ainsi précisé qu'il s'agissait bien de « protéger » les installations de Yanbu et non de s'insérer dans le conflit entre Riyad et les Houthis de Sanaa.
Réactions politiques
Le Rassemblement national et LFI, qui réclament de plafonner le prix à la pompe ou de réduire les taxes sur les carburants, ont aussitôt critiqué cette décision. « Il ne faut pas envoyer de militaires », a déclaré vendredi Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national, qui parle de risques à ne pas prendre. Jean-Luc Mélenchon a aussi réagi, évoquant non pas des « soldats » mais des « troupes ». « Des troupes en Arabie saoudite, c'est s'installer sur un théâtre de guerre. Si la base est frappée, que ferons-nous ? Pas question de devenir belligérant », écrit le candidat à la présidentielle, en réclamant un vote de l'Assemblée.
Continuité
Au ministère des Armées, on rappelle qu'une telle aide s'inscrit dans la continuité de ce que font déjà les Armées françaises depuis des années. Et on rappelle l'existence depuis 2024 de la mission européenne Aspides destinée à protéger la liberté de circulation des navires commerciaux en mer Rouge face aux attaques des Houthis… « On est aux côtés de nos partenaires pour les protéger », souligne l'entourage de la ministre des Armées Catherine Vautrin. En mai 2026, l'armée française déployait déjà des systèmes de défense aérienne au Moyen-Orient pour protéger les pays du Golfe ou Chypre des attaques des gardiens de la révolution islamique d'Iran. La France a toujours des forces prépositionnées au Moyen-Orient, avec des bases militaires à Djibouti et aux Emirats arabes unis. Sollicité par le principe héritier saoudien Mohammed Ben Salmane fin août, le président Macron tend donc la main. Pour Paris, il s'agit d'aider l'Arabie saoudite, de défendre la liberté du commerce et de navigation et de tenter de faire baisser le prix à la pompe. Concrètement, le gouvernement est prêt à déployer en Arabie saoudite des systèmes Mamba de défense antiaérienne, afin de surveiller la zone portuaire.
Frégates en alerte
Il promet aussi de maintenir en alerte les frégates de la marine française qui naviguent dans la région et, le cas échéant, de mobiliser les Rafale de la base aérienne d'Al Dhafra aux Emirats arabes unis. En mode défensif. Riyad détient une flotte aérienne conséquente et de nombreux systèmes de défense aériens, dont les Patriot américains, et peut se défendre seule. Dans la nuit du 24 septembre, l'armée saoudienne a ainsi intercepté une demi-douzaine de missiles tirés en direction de Yanbu. Mais le pays est vaste, l'oléoduc s'étend sur plus de 1.200 kilomètres de long, et les rebelles du Yémen ne cessent de tester les forces saoudiennes, qui sont assez inexpérimentées. Ils ont même visé La Mecque, s'est indigné le vieux roi Salmane. En regard, l'armée française opère au Moyen-Orient quasiment sans interruption depuis les attentats de 2015 et connaît bien le terrain. Dans le Golfe, elle a pris une part active à la protection du ciel émirati, abattant quelques centaines de drones iraniens lancés vers les Emirats par l'Iran. La France en tire une certaine crédibilité. Alors que Riyad est profondément déçu par son alliance avec les Etats-Unis et que les cartes d'alliance se redessinent, la France renforce donc une alliance potentiellement fructueuse. L'Arabie saoudite est traditionnellement un client important de son industrie de défense. Dassault reste par exemple sur les rangs pour la vente de Rafale. L'armée française n'est d'ailleurs pas la seule à venir en aide à Riyad. Le Royaume-Uni a aussi promis une aide militaire.