Pourquoi Emmanuel Macron convie à nouveau les chefs de parti à l'Elysée

Le format dit « Saint-Denis », soit une rencontre entre le chef de l'Etat et tous les partis représentés au Parlement, avait été inventé par Emmanuel Macron en septembre 2023 pour trouver des voies de compromis politique, le chef de l'Etat n'ayant pas obtenu de majorité en 2022. L'ambition a été abandonnée - la dissolution est passée par là -, mais le nom est resté quand il s'agit de rassembler toutes les forces politiques quand la situation l'exige. C'est le cas quand les tensions internationales sont au plus haut. Une nouvelle réunion se tiendra ce vendredi matin à l'Elysée, en présence également du Premier ministre Sébastien Lecornu et des présidents des deux chambres, Gérard Larcher pour le Sénat et Yaël Braun-Pivet pour l'Assemblée nationale. L'aggravation de la situation, tant au Moyen-Orient qu'en Ukraine, a incité le locataire de l'Elysée à ressusciter ce format auquel il n'avait pas eu recours depuis le début de l'année. A l'époque, c'était déjà sur la situation en Ukraine.
« Dégradation rapide »
Le chef de l'Etat veut évoquer la « dégradation rapide » de la situation internationale et ses « conséquences en France sur la sécurité et l'énergie ». La guerre menée depuis plus de six mois par les Etats-Unis en Iran a fait flamber les prix du carburant, suscitant une grogne qui va crescendo et qui handicape le gouvernement au moment où il met la dernière main sur son budget. La guerre de la Russie en Ukraine, qui dure depuis plus de quatre ans et demi, a aussi des conséquences lourdes en Europe et fait craindre l'intensification des provocations de la part de Vladimir Poutine. Lors de son discours devant le Parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a pas caché ses craintes. « La paix est en péril. Les menaces hybrides auxquelles l'Europe est confrontée sont de moins en moins hybrides, et il s'agit de moins en moins de menaces », a-t-elle déclaré. Le budget 2027 s'annonçant plus que compliqué, l'Elysée souhaite que l'information sur la situation internationale soit partagée au maximum, afin que la responsabilité le soit aussi. « Les autorités militaires et les services de renseignement partageront des informations en la possession du chef de l'Etat », a ajouté l'Elysée. J'agis pour réduire les tensions.
Emmanuel Macron, président de la République
Depuis plusieurs mois, l'exécutif, par la voix du chef de l'Etat ou de celui du gouvernement, n'a de cesse de rappeler que la France serait considérablement affaiblie, faute de budget pour 2027. « Il veut partager les informations aux responsables des partis qui sont amenés à diriger le pays dans quelques mois », assure un proche. Faute d'avoir la main sur le plan national depuis la dissolution, Emmanuel Macron s'est retranché sur l'international. Il fait tout ce qu'il peut pour montrer qu'il agit pour résoudre les crises. « Ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous finit toujours par peser sur notre quotidien. Alors j'agis pour réduire les tensions, sécuriser nos approvisionnements et faire baisser la pression sur les prix », a-t-il écrit dans un long message sur X.
Mélenchon absent
Certains partis enverront leur numéro un et candidat à la présidentielle, comme Gabriel Attal pour Renaissance, Fabrice Roussel pour le Parti communiste, Marine Tondelier pour Les Ecologistes ou Raphaël Glucksmann pour Place Publique. « C'est inédit qu'on soit convoqués du jour pour le lendemain pour une réunion. Ça signifie que la situation internationale est assez inquiétante », a déclaré ce jeudi Marine Tondelier. Edouard Philippe écourte son déplacement de campagne à Angers pour être présent. Jordan Bardella représentera le Rassemblement national (RN) et Manuel Bompard La France insoumise (LFI). Dans ce dernier parti, on ne croit pas trop à ce genre de format. « Ce qu'il va dire est sûrement gesticulatoire pour faire croire qu'il fait quelque chose. Il n'est pas sérieux », a justifié auprès de l'AFP l'entourage de Jean-Luc Mélenchon pour justifier l'absence du leader Insoumis. Emmanuel Macron n'est pas le seul à alerter sur la situation. Le Premier ministre Sébastien Lecornu veut lui aussi replacer son budget dans un environnement international particulièrement instable qui complique sa tâche.