Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Menace russe, guerre au Moyen-Orient, taxes sur les carburants : ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

Les Échos · 24/09/2026 · ← revue

Par Isabelle Ficek, Vincent Collen

Quarante minutes d'interview sur TF1 et France 2. Emmanuel Macron ne s'était pas prêté à l'exercice depuis juin 2024, trois jours avant la dissolution. Comme s'il fallait marquer aux yeux des Français à quel point, pour le chef de l'Etat, l'heure est grave, avec la menace russe, la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix à la pompe. Le chef de l'Etat a dû immédiatement entrer dans le vif du sujet, interrogé sur de supposées informations du renseignement américain sur des risques d'attaques de drones sur la France et le sud de l'Europe. « Non, la CIA n'a pas informé les services français d'une éventuelle attaque russe », a tout d'abord fermement démenti le président de la République, réagissant à une information du journal espagnol « El Mundo ». Mais il n'a pas caché, cependant, les menaces qui pèsent sur la France et l'Europe, rappelant, par exemple, l'attentat raté cet été en Allemagne à l'aéroport de Leipzig, avec un drone russe et des explosifs. De tels actes pourraient-ils se produire en France ? « La réponse est oui », a-t-il dit.

Aide à l'Ukraine

Interrogé sur une nouvelle mobilisation en Russie, Emmanuel Macron n'a pas écarté effectivement la possible mobilisation d'environ « 300.000 hommes » par Moscou. « C'est un scénario crédible », maintenant que les élections législatives russes sont passées, a-t-il reconnu. « Notre responsabilité, c'est d'aider l'Ukraine sur le terrain », a martelé le chef de l'Etat, évoquant entre autres la « coalition des volontaires » pour soutenir Kiev et l'aide matérielle fournie à l'Ukraine. Guerre, géopolitique et menaces toujours, Emmanuel Macron a ensuite voulu expliquer le pourquoi de la hausse des carburants, bien différent des raisons de la crise des gilets jaunes. Et les actions que la France met en oeuvre pour tenter de desserrer l'étau, lui qui a assuré tout faire pour éviter les « pénuries » et comprendre à quel point la situation est difficile pour les Français sur les prix des carburants. Emmanuel Macron a reconnu que la destruction des capacités de raffinage russes par les frappes ukrainiennes était en partie responsable de la flambée des prix des carburants en Europe. « Ça a un impact », a-t-il dit, « ça vient aggraver » la situation. Mais « ce n'est pas la première explication », l'essentiel de la hausse des prix a été provoqué par le blocage du détroit d'Ormuz, a-t-il souligné. Pas question pour autant de demander à Volodymyr Zelensky de cesser les frappes, comme l'a fait Donald Trump cette semaine. Le chef de l'Etat propose « un double moratoire », par lequel Moscou et Kiev s'engageraient à ne plus frapper les infrastructures énergétiques de part et d'autre, ainsi qu'un arrêt des attaques en mer Noire.

« Des soldats, des radars, des systèmes de défense »

Au Moyen-Orient, la France va aider l'Arabie saoudite à protéger ses installations pétrolières, « s'ils nous le demandent ». Le président a annoncé l'envoi de « moyens militaires » pour « protéger » le site d'exportation de Yanbu : « des soldats, des radars, des systèmes de défense ». Ce port saoudien sur la mer Rouge permet aux Saoudiens d'exporter leur pétrole, acheminé à travers la péninsule Arabique par l'oléoduc Est-Ouest, permettant de contourner le détroit d'Ormuz. Ce pipeline, ainsi que le port de Yanbu lui-même, sont régulièrement attaqués par les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran. Emmanuel Macron a précisé qu'il ne s'agissait pas pour autant de « nous engager dans quelque conflit ». Reste que le candidat LFI à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a demandé sur X après l'intervention d'Emmanuel Macron un vote au Parlement sur l'envoi de ces moyens militaires en Arabie saoudite. « Des troupes en Arabie saoudite, c'est s'installer sur un théâtre de guerre. […] Pas question de devenir belligérant. Donc l'Assemblée doit voter sur le sujet. » Le président de la République se mobilise, comme l'ensemble des Européens, pour tenter de dissuader Donald Trump d'interdire les exportations de gazole américain afin de privilégier les consommateurs aux Etats-Unis. Ce serait « une mauvaise » décision, a-t-il dit sans surprise. Il a estimé qu'elle serait également dommageable « pour l'économie américaine », comme le soulignent de nombreux experts.

« Ma priorité c'est de baisser les prix »

« Je suis mobilisé […] je me bats chaque jour, on est tous ensemble et je suis à leur côté ! Ma priorité, c'est de baisser les prix », a insisté après cette démonstration le chef de l'Etat, qui n'a eu de cesse de souligner que les prix ne sont pas du fait du gouvernement donc, mais de toutes ces crises. « Le gouvernement ne reste pas les bras ballants, il agit », a-t-il continué, alors que les aides annoncées cette semaine - etentre autres l'élargissement et le maintien de l'aide grands rouleurs, avec 100 euros pour trois mois contre 100 euros sur 6 mois précédemment -, ont semblé très modestes et sont critiquées. « Les mêmes qui il y a quelques semaines me critiquaient sur la dette et maintenant me disent qu'il faut dépenser plus !… Non je ne regrette pas le quoi qu'il en coûte […] mais ceux qui disent qu'il faut baisser les taxes [une demande du Rassemblement national, NDLR], c'est de la démagogie ! » a tempêté Emmanuel Macron qui a assuré que le gouvernement allait continuer à accompagner les Français.

Baisse des taxes

Il a aussi salué le plafonnement que fait TotalEnergies sur les prix dans ses stations-service et estimé que taxer davantage ne ferait pas baisser les prix. « Le gouvernement est à la manoeuvre », a-t-il lâché, assurant que tout est sur la table. « Rien n'est fermé, le gouvernement accompagnera, il est pragmatique », a-t-il continué. Il n'a ainsi pas totalement exclu une baisse des taxes si les prix devaient encore s'envoler, soulignant toutefois que ce ne serait pas la piste « la plus vertueuse » car « ce n'est pas ciblé » et les taxes « servent à financer les dépenses du pays. » Et s'il a rappelé que le contexte est très différent de celui des gilets jaunes, Emmanuel Macron a aussi estimé, alors que la grogne sociale monte, qu'un mouvement social « ne serait pas utile, on doit rester solidaire ». « Mon rôle, c'est d'être sur l'Ukraine et sur Ormuz pour régler les problèmes que l'on vit », a-t-il conclu. Quant au budget qui arrive, il l'a qualifié « de budget de responsabilité, car il demande des contributions proportionnées à à peu près tout le monde et protège ceux qui sont les plus fragiles », insistant sur la nécessité de la « stabilité. » Face à la difficulté de faire passer ce budget et aux risques de censure, Emmanuel Macron a écarté une nouvelle dissolution, à moins de huit mois de l'élection présidentielle. « Cela ne serait pas bon pour le pays », a reconnu celui dont le deuxième mandat est très empêché par la dissolution de 2024. « Si on faisait une dissolution aujourd'hui, on ajouterait à la guerre, aux problèmes de pouvoir d'achat et à un budget à passer, l'instabilité politique. On bloquerait le prochain président, la prochaine présidente, de la possibilité de faire cette dissolution et de se reconstruire une majorité. Donc ce n'est pas souhaitable », a-t-il insisté. Estimant que « nous ne sommes pas dans la dernière ligne droite de l'élection présidentielle », Emmanuel Macron a refusé de se prononcer sur le scrutin. « Mon rôle, c'est d'agir jusqu'au bout, les Français n'attendent pas de moi que je m'immisce dans la vie politique. »

Vincent Collen et Isabelle Ficek