Revue de presse

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Macron-Lecornu : pas les mêmes lunettes pour lire la crise

Les Échos · 07/10/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Que deux têtes de l'exécutif connaissent des frictions, rien de plus naturel. C'est la nature humaine. Qu'elles aient sur la crise des lycées une lecture si différente étonne davantage. Emmanuel Macron vient de la gauche, Sébastien Lecornu de la droite, et cela se voit. Le chef de l'Etat lit dans la crise ce qu'il craint pour la fin de son quinquennat : une crise sociale, susceptible de faire tache d'huile et de compromettre un éventuel retour en 2032. « Un moment de polycrise », dit même un proche. Soyons plus « empathiques » avec les jeunes, en déduit le président. « On ne fait pas rentrer 250.000 manifestants avec de la matraque », traduit le proche. Les ministres sont convoqués, le président les appelle à plus de proportionnalité dans l'usage de la force. Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, nie sur « RTL » s'être fait recadrer, mais annonce suspendre l'utilisation des grenades assourdissantes telles que celle qui a arraché la main d'un adolescent à Lens. CQFD : le « non-recadrage » est suivi d'effet.

Le gazole en baisse de 12 à 18 centimes

Après la crise des lycées reviendra dans les médias celle des carburants, s'inquiète aussi Emmanuel Macron. Voilà le début de la tâche d'huile, avec le risque d'alimenter ces unes de la presse étrangère sur les colères françaises, et avec elles la défiance des investisseurs en dette. Il pousse Sébastien Lecornu à s'exprimer, lequel annonce une mesure qu'il espère massive : la mise à disposition des distributeurs de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, avec une baisse espérée pour les conducteurs de 12 à 18 centimes par litre de gazole. On est loin des lycées ? Certes, mais le Premier ministre y voit plus une crise politique qu'une crise sociale. Et même « une crise d'anarchie politique », dit un de ses soutiens. La veille à l'Assemblée, il a sonné la charge contre LFI qui veut « bordéliser le pays ». Ce mercredi, il redit son « soutien aux forces de l'ordre ». Quant aux doléances des lycéens, attendons qu'elles remontent avant d'étudier la possibilité de concéder des mesures nouvelles. Si les deux têtes ont des lunettes déconnectées sur les lycées, elles font la même lecture de la menace financière qui plane sur la France. Elle est réelle. Renoncer aux efforts du budget 2027 mettrait le pays en risque, estime Sébastien Lecornu. Et voilà comment les deux dépassent leurs différends : ils détournent l'attention de la crise actuelle pour mettre l'accent sur celle qui couve toujours. Au moins la libération des stocks de gazole ne coûte-t-elle pas d'argent, dans l'immédiat du moins puisqu'il faudra bien les reconstituer avec un prix du baril rehaussé. Jamais jusque-là un exécutif n'avait répondu à une crise sociale sans sortir le carnet de chèques. Il n'en a plus, il faut bien inventer autre chose. Sera-ce efficace ?

Cécile Cornudet