Revue de presse

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Macron, le tournant de la vigueur

Les Échos · 22/10/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Des policiers en nombre, des forces d'élite (Raid, GIGN, etc.), des engins (Centaures, hélicoptères, canons à eau…), des couvre-feux, des interdictions de manifester. Il faut que cela marque les esprits. C'est bien simple, l'exécutif aborde ce nouveau samedi de manifestations en faisant tout l'inverse de ce qui a conduit au dramatique 17 octobre 2026. A commencer par Emmanuel Macron. Il était en retrait dans le mouvement lycéen, Edouard Philippe lui avait reproché son déplacement au Moyen-Orient : il monte en première ligne, fait des annonces, préside encore un Conseil de défense ce vendredi matin, avant de se rendre dans une caserne, pour soutenir les forces de l'ordre. Il n'a guère goûté, c'est un euphémisme, les critiques « inqualifiables » de son ancien Premier ministre, glisse un proche. Sa réponse dimanche soir a été jugée insuffisante : il déploie l'artillerie lourde. Il commande, résumerait-on, quand Edouard Philippe souhaitait que le pays « soit commandé ». Il prend sur lui, c'est inédit, d'annoncer l'interdiction des manifestations qui n'auront pas été organisées par les syndicats, au risque de se voir contredit par des tribunaux administratifs. Et dépassé dans la rue par ceux qui passeront outre. « Il assume », dit l'Elysée.

Des lycéens à l'Elysée

Tout comme il s'excède du contre-message envoyé par le préfet de Paris, Patrice Faure, lorsqu'il conseille aux commerçants de recourir à de la sécurité privée. Correction par tweet de la préfecture, sur demande de l'Elysée, rien ne doit venir brouiller le message de fermeté. L'Etat est là, l'Etat protège. Le choc provoqué par les journées de violence a été trop fort pour que le pouvoir se permettre d'en vivre de nouvelles. Presque une question de survie politique. Or les remontées des renseignements généraux sont alarmistes cette fois-ci : les ultras veulent en découdre. Sortir les muscles comme le fait l'exécutif ne les calmera sans doute pas, mais vise à dissuader les manifestants plus raisonnables de descendre dans la rue. Casseurs et pilleurs cherchent le nombre pour pouvoir se dissimuler. L'exécutif veut leur ôter ce bouclier. Cela peut-il fonctionner ? C'est l'enjeu du week-end. Pour contribuer à convaincre les raisonnables, le gouvernement promet un lundi de concertations et d'annonces. Emmanuel Macron va recevoir ce vendredi après-midi des lycéens à l'Elysée. « Cette génération bousculée, nous lui devons beaucoup », a-t-il déjà affirmé au Moyen-Orient dans un « micro tendu » mûrement réfléchi. Beaucoup de tournants en quelques heures, pourrait-on dire, d'autorité et de dialogue, pour un président que les Français préfèrent ne plus voir. Y a-t-il d'autre choix ?

Cécile Cornudet