Macron, douche froide sur la présidentielle

Par Cécile Cornudet
Mardi, réunion presque de routine à l'Elysée, avec les services de renseignement. Les participants en sortent ébranlés. « On est en train de changer de monde », souffle l'un d'eux. La situation internationale connaît une « dégradation rapide », mettant à mal à la fois notre sécurité (attaques hybrides russes) et notre situation énergétique (Moyen-Orient). Il faut bouger, en déduit Emmanuel Macron. Il annule son déplacement à fort Boyard, évidemment dérisoire, et convoque les partis et candidats à la présidentielle pour une réunion avec les mêmes services de renseignements. « Il faut partager les informations pour que le débat se passe selon les bonnes clés », dit l'Elysée. Le chef de l'Etat se voulait en retrait de la campagne présidentielle, il s'y pose par le haut. Avec le désintéressement affiché de celui qui ne donne pas de leçons de morale mais veut montrer le niveau des enjeux. Il n'a pas besoin d'en dire plus, d'ailleurs, pour que l'on comprenne ses pensées en sous-titre. Le monde brûle et les candidats regardent leur nombril. Il est le lanceur d'alerte qui rappelle l'essentiel et « ramène tout le monde au réel ». Paroles de conseiller.
Aide à l'Ukraine
Il remet le focus sur la menace russe, également, au moment où Marine Le Pen répète sur LCI, malgré la polémique, qu'elle diminuera l'aide française à l'Ukraine si elle accède à l'Elysée. En déplacement dans le Sud-Ouest, la candidate du RN se fera représenter par Jordan Bardella à la réunion de l'Elysée, fait-elle savoir. « Difficilement compréhensible », glisse l'Elysée. Le message s'arrêtera là. La dégradation de la situation internationale permet d'en dire beaucoup l'air de rien. Surtout, au moment où la colère monte sur les prix du carburant et où Sébastien Lecornu tente de serrer le budget pour rassurer les marchés. « Le président déplace le débat social en insistant sur les causes extérieures pour alléger la pression sur le gouvernement », décrypte-t-on dans le bloc central. A trop regarder le judo politique, on en oublierait presque les crises elles-mêmes. Or elles s'additionnent trop pour ne pas rajouter au grand trouble qui traverse le pays. Les taux s'envolent, la perspective d'une crise financière n'est plus à écarter, y compris avant la présidentielle. Les prix flambent sur le carburant aujourd'hui, sur les produits alimentaires demain, mettant les Français sous tension. Les extrêmes s'envolent dans les sondages à sept mois de la présidentielle. Et le président laisse désormais entendre qu'on n'a encore rien vu sur l'international. Vous avez dit anxiogène ?