Le plan contre le racisme, l'antisémitisme et ...

Lundi 6 juillet, à la Bibliothèque nationale de France, sur le site Richelieu, à Paris, Aurore Bergé, ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a présenté le nouveau plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine (Prado), dont les 55 mesures se déclineront entre 2026 et 2029. A ses côtés, le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, Françoise Gatel, la ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur chargée de la citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, et l’adjointe à la Défenseure des droits, George Pau-Langevin. Parmi les principales mesures figurent la formation des chefs d’établissement, des inspecteurs et des futurs enseignants, la visite de lieux mémoriels par 800 000 élèves par an (contre 500 000 aujourd’hui), le renforcement de la formation des gendarmes et des policiers, des campagnes de testing à l’embauche tous les deux ans, un « suivi précis » des condamnations en matière d’actes racistes et antisémites, des stages de citoyenneté dans les lieux de mémoire pour sanctionner les propos racistes, la mise au point d’un référentiel de formation à la non-discrimination pour les professionnels de l’immobilier, la construction d’« une IA responsable, évitant les biais algorithmiques dans les recrutements »… « Ça va très mal, mais on continue à faire comme avant », commente, affligé, un fin connaisseur de ces questions, qui se demande où sont passées les contributions des 110 associations invitées à soumettre leurs idées. Nombre de ces mesures visent, en effet, à développer ou à renforcer des programmes déjà existants. « En 2025, près de 1,7 million de nos compatriotes ont été victimes de propos ou actes racistes, antisémites ou discriminatoires », a rappelé Aurore Bergé, soulignant un contexte « inédit et préoccupant » avec un nombre élevé d’actes racistes, antisémites et antireligieux en 2025 (2 489 faits recensés, selon le ministère de l’intérieur) et une hausse des actes et propos de haine dans les écoles, collèges et lycées (3 851 durant l’année scolaire 2024-2025, selon le ministère de l’éducation nationale).
« Désengagement du sommet de l’Etat »
Et pourtant, en 2024, selon les données du ministère de la justice transmises à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), seulement 10 035 affaires ont été traitées par les parquets (+ 17 % par rapport à 2023) et 7 884 personnes ont été mises en cause pour des infractions à caractère raciste (+ 16 % par rapport à 2023). Cinquante neuf pour cent d’entre elles ont bénéficié d’un classement sans suite (11 points de plus que dans le contentieux général) et 41 % ont reçu une réponse pénale (soit une poursuite judiciaire, soit une mesure alternative aux poursuites). Moins de cinq infractions criminelles à caractère raciste ont fait l’objet d’une condamnation et seulement huit condamnations pour discrimination ont été prononcées. Alors qu’Aurore Bergé a insisté sur la nécessité de faire connaître leurs droits aux victimes et de les aider à se sentir légitimes à porter plainte (97 % des victimes de discriminations ne portent pas plainte, a-t-elle rappelé), le ministre de la justice n’était pas présent, pas plus que le ministre de l’intérieur, le ministre de la politique de la ville, le ministre du logement ou le ministre du travail. L’absence du premier ministre, elle, a été interprétée comme le signe d’un « désengagement du sommet de l’Etat envers ces questions », d’après un militant associatif. Les deux précédents Prado avaient, en effet, été présentés par le chef du gouvernement : Edouard Philippe en 2018, Elisabeth Borne en 2023. Ce plan est porté par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT + (Dilcrah), placée sous la tutelle du premier ministre. Créée en 2012, elle est chargée de coordonner et d’animer la mise en œuvre de cette feuille de route « renouvelée » destinée à « prévenir les discriminations, mieux protéger les victimes et renforcer la mobilisation de l’ensemble des pouvoirs publics », selon les mots du ministère chargé de la lutte contre les discriminations.
« Echec de la gouvernance »
Le précédent plan triennal, sur les années 2023-2026, arrivé à son terme en mai, a abouti à la mise en œuvre de « 70 % des 80 mesures qu’il portait », assure-t-on au sein de ce même ministère. Un bilan contesté par la CNCDH. Dans une note publiée le 26 mars, l’autorité administrative indépendante estime que la plupart des objectifs affichés n’ont pas été, ou très partiellement, mis en œuvre. L’objectif de mieux former les enseignants et le personnel pédagogique des établissements scolaires ? « Partiellement mis en œuvre. » Développer la connaissance illustrée des élèves avec la généralisation des visites mémorielles ? « Partiellement mis en œuvre. » Renforcer les données issues des enquêtes de victimation ? « Non mis en œuvre. » Mobiliser les bailleurs sociaux ? « Non mis en œuvre. » Renforcer l’efficacité de la réponse pénale ? « Non mis en œuvre. » La CNCDH évoque « l’abandon pur et simple » de certaines dispositions, « sans précision quant à l’autorité à l’origine de ces renoncements », et souligne « l’échec de la gouvernance ». Après une période de vacance de sept mois à la tête de la Dilcrah (entre juin 2024 et février 2025), l’institution est aujourd’hui en pleine période de transition : l’ancien délégué Mathias Ott a discrètement quitté ses fonctions à la fin du mois d’avril et a cédé sa place à la militante antiraciste Cindy Leoni, ancienne présidente de SOS Racisme (2012-2014) et membre fondatrice du Printemps républicain, avant de s’en éloigner. Elle a pris ses fonctions au début de mai. Aurore Bergé va par ailleurs présenter, jeudi 9 juillet, en conseil des ministres, un projet de loi de cohésion républicaine pour lutter contre l’antisémitisme et le racisme.