Laurence de Charette : « Entre Mélenchon et Philippe, le “raciste” n’est pas celui qu’on croit »

Laurence de Charette : « Entre Mélenchon et Philippe, le “raciste” n’est pas celui qu’on croit » CHRONIQUE - Entre le discours clientéliste mélenchoniste construit sur l’assignation des individus, notamment à leur couleur de peau, et les propos d’Édouard Philippe sur la surreprésentation de jeunes issus de l’immigration dans les violences, qui est le plus hostile à l’universalisme républicain ?
« Je n’irai pas au “20 Heures” de TF1 », a lancé, sur l’air de Nous n’irons plus au bois, Jean-Luc Mélenchon, la semaine dernière, à la suite de l’interview d’Édouard Philippe. La raison de cette « annulation » spectacle ? Les propos « dégoûtants » d’Édouard Philippe, au sujet de la surreprésentation de jeunes issus de l’immigration dans les violences autour des manifestations et l’échec de l’intégration. On notera que le débat est définitivement sorti du champ lexical philosophique ou simplement analytique, pour emprunter un registre sentimentalo-ménager (« beurk »). Il y a une logique à cela : Jean-Luc Mélenchon ne cherche nullement à traiter des faits, sans quoi l’analyse des profils des casseurs permettrait au moins d’étayer la discussion - Gérald Darmanin a partiellement éclairé la situation en produisant l’analyse statistique des dossiers des interpellés, pour 30 % étrangers. Mais le leader LFI ne cherche pas à nourrir le débat, il veut tout au contraire l’interdire à la racine : c’est dans ce but qu’il jette consciencieusement l’opprobre sur chacun des arguments quels qu’ils soient, couvre d’infamie en bloc leurs auteurs - les plus modérés sont loin d’être les plus épargnés - et accuse bruyamment les chaînes. » LIRE AUSSI - La stratégie d’intimidation de Jean-Luc Mélenchon met les chaînes de télévision sous tension À la suite de l’attentat de Trappes, le maire Ali Rabeh lui aussi a déclaré la guerre aux médias, et appelé à « l’interdiction de la théorie du grand remplacement ». L’ignominie du geste, une tuerie dont l’auteur, au profil complexe, a exprimé des motivations racistes, ne justifie ni la pauvreté des arguments - les juristes restent interdits devant cette négation de la liberté d’expression, le racisme étant déjà fort heureusement réprimé en droit -, ni les raccourcis sans scrupules et les manœuvres intimidatoires. La proposition illustre une tendance de fond : la police de la pensée compte des partisans de plus en plus décomplexés, qui, sans doute lassés de constater que la réalité ne se plie pas à leurs dogmes, cherchent à en censurer la description.
Contrôle des idées
Plusieurs décennies - et malheureusement une forte dégradation de la situation - ont tout juste permis de se débarrasser du fameux « sentiment » qui fut pendant si longtemps chargé de cornaquer le mot « insécurité », sans toutefois libérer le débat sur les statistiques « ethniques », après quoi le séparatisme s’est nourri de nos préventions sans fin à nommer l’islamisme. Aujourd’hui, la « lutte contre l’incitation à la haine » affiche régulièrement des pulsions autoritaires endogènes et fourbit sans relâche tout un attirail de propositions plus ou moins inventives pour le contrôle des idées - dont l’interdiction pure et simple d’un média (CNews), un basique assez peu démocratique, fait partie. La criminalisation des racines, cette technique nihiliste dont abuse Jean-Luc Mélenchon, constitue un ferment majeur du grand malaise contemporain et un danger trop sous-estimé Si grossier soit-il parfois, on aurait tort de négliger les effets de cet arsenal et de cette campagne à jet continu. Preuve en est le faux pas d’Emmanuel Macron qui, à Trappes, s’est inquiété que « pour la première fois » un acte terroriste vise des Français « en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne ». La déclaration présidentielle passe étrangement sous silence les nombreux crimes antisémites (attentat de l’Hyper Cacher, assassinat d’Ilan Halimi ou de Mireille Knoll, etc.) ou antichrétiens (parmi lesquels on peut citer l’assassinat du père Hamel), et elle est en cela symptomatique du mal qui nous occupe : la confusion générale dans laquelle sombre toute discussion relative, de près ou de loin, à la question migratoire, qui laisse la voie libre à l’emprise de l’émotion. » LIRE AUSSI - Florence Bergeaud-Blackler : «Après la tuerie raciste de Trappes, comment l’accusation d’islamophobie sert le projet frériste» C’est ainsi que la juste, saine, nécessaire indignation que suscite tout crime raciste dans une démocratie digne de ce nom se mue subrepticement, à travers les manipulations des uns et le suivisme moutonnier des autres, en une entreprise de remise en cause, de délégitimation, de bannissement du débat sur l’immigration et l’intégration - au moment, précisément, où il est devenu plus indispensable que jamais.
Criminalisation des racines
Aucune omerta, évidemment, ne résoudra les tensions qui disloquent la société française et mettent chaque jour un peu plus à l’épreuve ce qui lui reste d’unité. L’urgence n’est pas au déni des difficultés mais au contraire, à leur mise à plat. Celle-ci impose, il est vrai, des mots justes, et une rigueur dans l’expression sans laquelle aucune pensée, aucune analyse, ni aucune concorde ne sont possibles - à l’exact opposé, donc, de la dérive actuelle. Ne peut être qualifié de « raciste », ni de « xénophobe » le fait d’interroger la politique migratoire - comme l’insinuent les propos du maire de Trappes. N’est pas plus « raciste » ni même « islamophobe » (en tout cas pas pour ce seul motif) celui qui manifeste un attachement à la culture et aux traditions ancestrales françaises. La criminalisation des racines, cette technique nihiliste dont abuse Jean-Luc Mélenchon, constitue un ferment majeur du grand malaise contemporain et un danger trop sous-estimé : la dénaturation de l’accusation en « racisme » ou en « islamophobie » banalise aussi bien le véritable racisme que l’islamisme. Et il ne faut pas perdre de vue ce qu’elle cherche, précisément, à escamoter : la logique purement raciale, en rupture totale avec l’universalisme républicain, du discours clientéliste mélenchoniste, entièrement construit sur l’assignation des individus, notamment à leur couleur de peau à laquelle il fait sans cesse référence - comme dans le fameux « tout blanc tout moche que vous êtes ». Preuve de la toxicité de cet antiracisme autoproclamé qui est bien loin d’en être un…