Revue de presse

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Incendies : le début de réponse du gouvernement face au « coup de tonnerre économique » en Gironde

Les Échos · 28/07/2026 · ← revue

Par Ulysse Legavre-Jérôme, Nathalie Silbert

C'est dans un département de Gironde ravagé par les flammes qu'a atterri, lundi en début de soirée, l'avion présidentiel d'Emmanuel Macron. Le déplacement du chef de l'Etat au plus près de cet « incendie XXL » est la conclusion d'une journée destinée à affirmer la mobilisation de l'exécutif face à une crise « historique », selon les propres mots du Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Les semaines à venir seront dures et on doit tenir », a affirmé Emmanuel Macron sur place. Et d'appeler à « rester unis » alors que l'exécutif se retrouve confronté aux critiques des oppositions Avec déjà plus de 42.000 hectares consumés et 220.000 personnes évacuées, ce feu apparaît comme l'un des plus importants recensés en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Après une accalmie de quelques heures, les pompiers faisaient face lundi après-midi à une remontée des températures entraînant des reprises de feu, notamment dans le nord de la presqu'île du Cap-Ferret. Des pointes à 40 degrés sont attendues mardi dans le Sud-Ouest.

« Coup de tonnerre économique »

Tout au long de la journée de ce lundi, le gouvernement a multiplié les annonces pour venir en soutien des secteurs d'activité sinistrés. A l'issue d'une première réunion d'urgence, organisée à Bercy dans la matinée, le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a assuré que les victimes, personnes comme entreprises, bénéficieront de mesures exceptionnelles. « L'ensemble des assureurs français se sont engagés à ce que toutes celles et ceux qui sont déplacés puissent voir leurs frais de relogement remboursés suivant les termes du contrat, que leur résidence soit endommagée ou non », a-t-il annoncé. Le délai de déclaration de sinistre, habituellement fixé à cinq jours ouvrés pour un incendie, sera « porté au minimum jusqu'au 31 août ». Les victimes des incendies des Landes et du Var, également touchés par les flammes, seront concernées. Pour suivre l'évolution de ce « coup de tonnerre économique qui affecte une région qui n'en avait pas besoin », Roland Lescure tiendra quotidiennement une réunion avec les acteurs locaux pour « faire le point sur la situation ». Toutes les entreprises pourront recourir au chômage partiel, a de son côté promis le ministre en charge des PME, du Commerce et de l'Artisanat, Serge Papin.

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Plus de 13.000 entreprises touchées

Les effets économiques se font déjà lourdement sentir. Plus de 13.000 entreprises ont été évacuées dans le seul département de la Gironde. Un « coup de massue », a renchéri Patrick Seguin, le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du département, qui de son côté fait état d'« environ 14.500 » firmes touchées. Au total, ce sont « à peu près 130.000 personnes qui ne peuvent pas travailler aujourd'hui », a-t-il affirmé à l'AFP. Parmi eux, tous les salariés dont le lieu de travail se trouve dans l'une des 23 communes évacuées en raison des feux, mais aussi ceux dont le domicile a brûlé et qui sont depuis ce week-end dans des logements de fortune. En réalité, à date, personne ne sait précisément quelle est l'ampleur des dégâts. « Beaucoup de sociétés tournent au ralenti, confrontées à des clients qui ont été obligés de fermer », pointe Mathilde Lefrais, directrice de l'antenne Medef en Gironde. C'est le cas par exemple des transporteurs routiers qui ne peuvent plus livrer la plateforme de Cdiscount sise à Cestas, une des communes fermées. « Toutes les activités liées au tourisme, l'hôtellerie-restauration, l'alimentation et les services de proximité, constatent d'ores et déjà des baisses de fréquentation et de consommation », note également l'U2P qui estime à 9.500 le nombre de petites entreprises ayant déjà pris des mesures exceptionnelles. Face à cette catastrophe inédite, les appels sur le numéro de crise de la CCI ont explosé ce lundi : « Les entreprises nous demandent des informations sur le chômage partiel, les reports de charges, les assurances », indique un porte-parole. Pour le Medef, le gouvernement va devoir clarifier rapidement les règles avec des textes pour que les entreprises puissent sortir du flou, peu de réponses concrètes ayant été apportées pour le moment.

Critiques des oppositions

Alors que sur le terrain les attentes sont fortes, l'exécutif se retrouve aussi confronté aux critiques des oppositions, qui dénoncent un manque d'anticipation. « Le temps viendra pour les retours d'expérience », a répondu Emmanuel Macron. La polémique enfle notamment sur le nombre de Canadair disponibles, 5 appareils sur 12 étant en maintenance. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a fustigé « un débat ridicule » et défendu les moyens « considérables » mis en place pour lutter contre les flammes. « Il faut arrêter de dire que notre flotte n'a pas été renouvelée et qu'elle n'est pas au niveau », a-t-il martelé, ce lundi matin, lors d'une conférence de presse à la sortie du dernier Conseil des ministres avant la pause estivale. « Sur une journée comme dimanche, on avait 18 vecteurs aériens », dont deux avions Dash qui peuvent larguer jusqu'à 10.000 litres d'eaux chacun, contre 6.000 litres pour un Canadair, a précisé le locataire de Beauvau. Quelque 1.900 pompiers ont par ailleurs été envoyés en renforts en Gironde, portant le nombre de soldats du feu à 2.500. Ces derniers sont accompagnés de 1.500 militaires et 1.440 forces de sécurité intérieure. Un A400M équipé d'un kit de largage de liquide retardant, une première, a quant à lui effectué un troisième passage préventif au-dessus de zones épargnées pour l'instant des flammes. Le dispositif sera renforcé dès ce mardi par l'Union européenne, avec la mobilisation de 9 avions et 2 hélicoptères en Gironde. « On est encore en pleine crise », met en garde la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, alors que le retour d'une canicule à partir de ce mardi risque d'aggraver la situation.

Ulysse Legavre-Jérôme et Nathalie Silbert