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« Il faut consolider l'écosystème » : pour Emmanuel Macron, la souveraineté numérique européenne passe par plus de collaborations entre grands groupes et start-up

Les Échos · 03/09/2026 · ← revue

Par Charlie Perreau

Tous les chemins mènent à la souveraineté numérique européenne. Le retour de Trump au pouvoir et sa politique d'America First, la suspension des modèles d'Anthropic en juin dernier, la montée en puissance des modèles chinois… Depuis deux ans, les événements s'enchaînent et font de plus en plus réagir les politiques sur la quasi-absence de préférence européenne dans la tech. Plus de dix mois après le sommet franco-allemand sur la souveraineté numérique, Emmanuel Macron s'est rendu le 2 septembre à Eindhoven aux Pays-Bas pour avancer sur ce sujet. Le président de la République en a discuté avec son homologue, Rob Jetten, mais aussi avec des start-up françaises ainsi que quelques grandes entreprises dont BMW et ASML. Friedrich Merz, le chancelier allemand, n'a finalement pas fait le déplacement en raison de scrutins régionaux ce week-end qui pourraient être favorables à l'extrême droite. « Il faut consolider l'écosystème, multiplier les partenariats », a indiqué aux « Echos » Emmanuel Macron, en citant la collaboration entre ASML et Mistral ou encore celle entre l'éditeur de logiciels SAP et (encore) Mistral. A l'occasion de cette visite, la start-up du quantique Quobly a annoncé avoir signé des accords de coopération avec deux acteurs néerlandais (TNO et OrangeQS).

Négocier directement avec les patrons

Si ces exemples sont significatifs, ils restent des exceptions sur le continent. Les grands groupes européens n'ont pas massivement basculé vers des outils tech européens, ce qui ne plaît pas trop à l'Elysée qui estime que les acteurs traditionnels doivent être solidaires avec les jeunes sociétés innovantes européennes. Quelques grandes entreprises veulent mettre un coup d'accélérateur, comme BMW, dont le patron était présent pour la rencontre franco-néerlandaise. Il aurait même décalé une réunion de son board pour pouvoir y assister ! Négocier directement avec des patrons plutôt qu'avec des chefs d'Etat, est-ce la clé pour booster la souveraineté numérique européenne ? C'est en tout cas une stratégie privilégiée par l'Elysée. La commande privée c'est bien, mais la commande publique aussi. Et, là encore, le bât blesse. Si Mistral vient d'annoncer un nouveau contrat pour accélérer sur des cas d'usages concrets dans plusieurs ministères, cela reste plutôt l'exception que la règle. Aux rencontres du Medef il y a quelques jours, Octave Klaba, le fondateur et PDG d'OVH, indiquait que sur son milliard de chiffre d'affaires, seulement 50 millions provenaient des administrations.

VIDEO - L'Europe sous menace digitale

Quand on parle de souveraineté, la question du financement revient systématiquement. Les start-up européennes sont bien moins financées que leurs homologues américaines malgré l'arrivée massive des capitaux étrangers ces dernières années et les initiatives de la Commission européenne comme le Scaleup Fund. « Il faut investir davantage. On l'a fait au niveau national avec France 2030. Au niveau européen, il faut maintenant finaliser l'union des capitaux et mobiliser l'épargne européenne pour porter cette ambition. C'est notre objectif d'ici à la fin de l'année », a indiqué Emmanuel Macron.

Continuer à « plugger »

En attendant, ce sont surtout les investisseurs étrangers qui sortent le chéquier pour les data centers, aujourd'hui pierre angulaire de la révolution IA. Lors du dernier Choose France, la majorité des 93 milliards annoncés concernaient des projets de centres de données. Pas très souverain, sachant que le marché du cloud est trusté par Google, Microsoft et AWS. Pour le président de la République, ces milliards sont néanmoins une bonne nouvelle. « Si l'Europe veut rester dans la course de la tech et de l'IA, il faut des gigawatts le plus vite possible. Nous avons des sites disponibles et de l'électricité décarbonée disponible. La France est la plus grande exportatrice d'électricité en Europe, nous sommes prêts à alimenter ces sites », indique Emmanuel Macron, qui ne dévie pas de sa désormais célèbre punchline « plug, baby, plug ». De son côté, Bruxelles a récemment lancé son appel d'offres pour la création de jusqu'à sept giga-usines d'IA en Europe. Plus de 30 milliards d'euros d'investissements au total, dont un tiers financé par les fonds publics européens et nationaux, et le reste par le secteur privé.

Charlie Perreau ((à Eindhoven))