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Emmanuel Macron en visite dans le Golfe avec en ligne de mire la sécurisation des approvisionnements énergétiques de la France

Les Échos · 18/10/2026 · ← revue

Par Clément Perruche

Emmanuel Macron entame ce lundi un déplacement de trois jours au Moyen-Orient. Le président est attendu au Koweït, aux Emirats arabes unis, à Bahreïn ainsi qu'au Qatar entre le 19 et le 21 octobre. Seront abordées « la sécurisation et la diversification des approvisionnements énergétiques et de leurs voies d'acheminement », a affirmé l'Elysée en amont de la tournée. Emmanuel Macron ne se rendra pas en Arabie saoudite mais l'Elysée a précisé que les deux pays avaient des « contacts permanents ». Le président sera accompagné par des représentants d'Engie et de TotalEnergies lors de cette visite, dont l'un des buts affichés est de sécuriser les approvisionnements en diesel et en pétrole pour réduire les prix à la pompe en France, où le climat social est déjà explosif. « Il s'agit de limiter les conséquences de la crise énergétique sur le quotidien des Français », a précisé le Palais. « L'objectif est d'avoir des volumes supplémentaires et plus d'approvisionnements pour les Français avec de façon indirecte un effet sur les prix », a noté un conseiller présidentiel, précisant que l'objectif était d'obtenir des « engagements » en ce sens de la part des pays hôtes.

Situation dégradée

La visite d'Emmanuel Macron intervient au moment où la situation se crispe pour le transport de carburants au Moyen-Orient. Alors que le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz était revenu à 80 % de son niveau d'avant-guerre, l'Iran, enhardi par l'accalmie des attaques américaines due à l'approche des élections américaines de mi-mandat, a multiplié ces derniers jours les attaques contre les navires marchands. La navigation dans l'autre voie de passage du pétrole du Moyen-Orient, le détroit de Bab el-Mandeb, est elle aussi menacée par la progression des rebelles Houthis, soutenus par Téhéran. Un motif d'inquiétude pour l'Elysée, qui va focaliser les discussions sur les « voies alternatives de contournement pour les hydrocarbures liquides ». Les alternatives à Ormuz ne sont pas légion. Il y en a deux principales : le pipeline saoudien East-West débouchant sur le port de Yanbu, sur la mer Rouge, et l'oléoduc émirati Habshan-Fujaïrah, qui permet à la riche fédération golfienne de contourner Ormuz. « Les Français vont probablement demander que des approvisionnements soient sécurisés via Fujaïrah. La réponse sera sans doute favorable, étant donné que TotalEnergies va investir dans le second oléoduc que l'Adnoc [la compagnie pétrolière nationale émiratie, NDLR] est en train de construire pour doubler la capacité du pipeline », estime Eric Alter, le doyen de l'Anwar Gargash Diplomatic Academy d'Abu Dhabi. Le défi, pour Paris, est de taille. « Les producteurs de pétrole du Golfe ont énormément de clients en concurrence pour les mêmes volumes », rappelle Emma Soubrier, chercheuse associée à la World Peace Foundation. La France dispose cependant de certains atouts. « Elle a très rapidement défendu ses partenaires du Golfe contre les frappes iraniennes, tout en maintenant une ligne officiellement défensive. Pour les Etats du Golfe qui veulent être protégés sans être entraînés dans la guerre, c'est une aide appréciable », poursuit Emma Soubrier.

Nouveaux partenariats

La tournée d'Emmanuel Macron sera d'ailleurs l'occasion de « renforcer nos coopérations en matière […] de défense et de sécurité », a expliqué l'Elysée. Paris est déjà présent militairement dans la région et contribue activement à sa défense. Les Rafale français stationnés à Abu Dhabi défendent l'espace aérien émirati des attaques iraniennes depuis le début du conflit. La France a franchi un nouveau cap, ce mois-ci, en déployant des équipements de défense antiaérienne avec leurs équipes d'entretien pour protéger le terminal pétrolier saoudien de Yanbu, ciblé par les rebelles houthis ces dernières semaines. « Il n'est pas exclu que les Emirats arabes unis demandent à la France de faire de même avec Fujaïrah », avance Eric Alter. Le terminal pétrolier, seule porte de sortie pour le pétrole émirati, a été ciblé à de nombreuses reprises par l'Iran depuis février. De leur côté, les pays du Golfe sont à la recherche de nouveaux partenariats pour moins dépendre de Donald Trump et de ses errements stratégiques qui ont mis leur modèle économique à terre. Selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), l'économie de la zone devrait accuser une contraction de 2 % en 2026. La France, elle, apparaît comme un allié fiable comparé au chaos de la diplomatie trumpienne. « Paris a une carte à jouer. Les pays du Golfe cherchent l'appui de la France. C'est d'autant plus vrai que la région subit de fortes pressions économiques et cherche à diversifier ses partenariats », analyse Robert Mogielnicki du Arab Gulf States Institute de Washington. « Les pays du Golfe regardent si la France pourrait en partie remplir le vide laissé par les Américains dans le Golfe », abonde Adel Bakawan, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), qui relativise : « La région sait parfaitement que la France est une puissance moyenne qui ne peut pas remplacer totalement les Etats-Unis. »

Clément Perruche