Revue de presse

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Edouard Philippe, opération bad boy

Les Échos · 05/11/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Mais que se passe-t-il donc ? Ce mercredi, Edouard Philippe est très énervé sur une plage du Nord. « Dire qu'il y a des Français issus de l'immigration, ce serait une pensée raciste ? Mais on rêve ! », cingle-t-il. La colère du candidat sage : première surprise. La vidéo de ces propos affole encore les compteurs 24 heures plus tard : deuxième surprise. En une semaine, Edouard Philippe est presque devenu bad boy, et cela marche. Dimanche soirsur le plateau de TF1, il semblait encore embarrassé de son audace. Depuis, il s'est coulé dans un costume qui ressemble à l'époque à défaut de lui ressembler vraiment. L'homme des périphrases s'affirme. Il crée la polémique sur l'immigration et tient sa position. Il ferraille avec Jean-Luc Mélenchon sur X avant de lui proposer un débat sur le « racisme et l'antisémitisme ». « Où il veut, quand il veut, je suis son homme. » Refus de l'intéressé. Il s'oppose à la hausse du SMIC envisagée par le gouvernement. Il multiplie les déplacements. Il fait même une incursion sur les réseaux sociaux sur le sujet du harcèlement scolaire. La chute dans les sondages et la perspective d'un Mélenchon accédant au second tour de la présidentielle ont fini par le piquer.

Darmanin et la dynamique Mélenchon

Faut-il y voir une « darmanisation » de sa campagne ? Ce n'est pas impossible. Depuis le début, deux grandes options s'affrontent. Une campagne sérieuse et crédible, avec l'espoir d'une grande photo de famille, réunissant Bruno Retailleau et Gabriel Attal. Elle avait sa préférence, jusqu'au coup de bambou sondagier des derniers jours. Une campagne « non pas de degré, mais de nature », comme le lui conseille le ministre de la Justice, car « même les électeurs centristes veulent un changement radical. » Elle semble désormais l'emporter, mais jusqu'où ? Gérald Darmanin a des mesures de « rupture » dans sa besace : suppression de la moitié de l'impôt sur le revenu, autorisation de la reconnaissance faciale, suppression de la CNIL, etc. Edouard Philippe n'y puise pas encore. Le ministre insiste : il lui faut prendre des risques, il a jusqu'à Noël pour redresser la barre. « Et de toute façon, il apparaîtra toujours plus sérieux que Mélenchon et Le Pen. » Ces dernières semaines, une chose a frappé Gérald Darmanin : l'efficacité de la campagne Mélenchon et la dynamique enclenchée. Il peut atteindre les 22-23 % au premier tour, estime-t-il, il peut même emporter le scrutin s'il se retrouve face à Le Pen : il faut donc faire du judo avec la peur que cela provoque. Si Edouard Philippe n'est pas parvenu à être le candidat anti-Le Pen, il doit chercher à devenir l'anti-Mélenchon, qu'il le cible et l'affronte. Il risque certes de l'installer ce faisant, mais il crée aussi du rejet et la possibilité d'un vote utile sur son nom dès le premier tour. Qui a un adversaire est vivant.

Cécile Cornudet