Edouard Philippe : le choix du risque sur la retraite

Par Cécile Cornudet
Edouard Philippe n'a pas vraiment le goût du risque électoral. Il a renoncé à porter l'âge de départ à 67 ans comme il ne l'excluait pas encore en mai (dans « La Dépêche du Midi »). L'année dernière, il réfléchissait à un référendum post-présidentielle, histoire de repousser le problème et de ne pas polluer la campagne elle-même. Il répète qu'il ne demandera « ni sang ni larmes ». Il sait l'ampleur du traumatisme des électeurs sur la retraite, scellé dans l'abandon de la réforme Macron. Et d'ailleurs, tous les candidats autour de lui ont intégré cette donnée : un âge de départ trop élevé fait à coup sûr perdre l'élection. Même Bruno Retailleau, candidat LR, est de prime abord moins disant avec son « âge d'équilibre » à 63 ans. Il n'en a pas le goût, et pourtant il fait le choix du risque. Et cette fois, ce sont les autres qui l'y aident. Au jour où Edouard Philippe abandonne 67 ans pour 65 ans (et 45 années de cotisations) et se cale donc sur l'âge légal que proposait Emmanuel Macron en 2022, il apparaît toujours comme le plus ambitieux des candidats. Ou le plus intrépide. Il en convient. « J'ai conscience que ce n'est pas très populaire, mais le vrai danger est celui d'une crise financière, plaide-t-il. Je veux protéger les Français. »
Ancrage à droite
Il veut protéger sa candidature aussi. Car il n'y a pas seulement le risque électoral d'avril-mai, il y a un autre risque d'ici là, celui d'être effacé de la campagne. S'il reste en tête des intentions de vote dans le bloc central, Edouard Philippe voit ses scores dans les sondages s'éroder peu à peu. Les propositions qu'il met dans le débat font peu débat justement : sur l'écologie, l'assurance-chômage, l'école, l'immigration. Rien n'accroche. « Il manque d'impact », dit un conseiller. Décision est donc prise d'accrocher, fût-ce en faisant mal, et de céder à la « radicalité », lui qui se défie des modes. Il ancre sa campagne à droite. La faiblesse de ses scores face à Marine Le Pen dans les seconds tours l'a fait réagir. L'électorat s'est encore plus droitisé que prévu, en a-t-il déduit. Les prochaines prises de position sont appelées à trancher elles aussi, que ce soit sur l'école (autonomie des établissements) ou sur le régalien. Après un début de campagne en demi-teinte, le candidat Philippe sort les griffes. Il cible les réformes des retraites de Gabriel Attal et de Bruno Retailleau. La première ne tient pas financièrement, dit-il, la seconde est trop injuste. Objectif : dévitaliser les deux candidats. Il cible aussi Marine Le Pen, dont la non-réforme des retraites (60- 62 ans) fait courir au pays « un grand danger ». Il sait que les retraités, ces électeurs les plus nombreux que les deux se disputent, soutiennent en général les réformes des retraites audacieuses : elles ne les touchent pas et sécurisent leurs pensions. Entre Philippe et Le Pen, la course aux retraités est lancée.