Crise des carburants : ces cinq mesures d'urgence qu'Emmanuel Macron demande à Bruxelles pour faire baisser les prix

Par Nicolas Rauline, Fabienne Schmitt
Emmanuel Macron veut faire bouger l'Europe sur le dossier brûlant des carburants. Le président de la République a envoyé vendredi une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans laquelle il détaille plusieurs propositions susceptibles de faire baisser les prix à la pompe rapidement. Dans cette lettre que « Les Echos » ont pu consulter, Emmanuel Macron fait part des « difficultés croissantes pour confirmer les livraisons des prochaines semaines » de la part des acteurs de la logistique pétrolière. Il estime que 4 à 5 % des capacités mondiales de raffinage (environ 4 millions de barils par jour) pourraient encore être perdues au niveau mondial, conduisant à une nouvelle hausse des prix.
Améliorer les capacités de production
L'Elysée a donc listé cinq mesures qui nécessitent l'aval de Bruxelles, sans toutefois se perdre dans de longues procédures, et toutes pensées pour produire un effet quasi instantané sur l'offre. Première carte jouée : assouplir les normes de qualité des carburants, en desserrant à titre exceptionnel des paramètres techniques précis du kérosène et du gazole (masse volumique, densité, limites de vaporisation et désulfuration). Objectif : créer un « potentiel levier d'amélioration » des capacités de production en kérosène et gazole, écrit le président, qui rappelle qu'une mesure similaire avait déjà sauvé la mise pendant le Covid. L'Elysée s'attendrait à des gains de rendement en raffinerie de 5 % à 20 %. Deuxième piste, plus verte en apparence : ouvrir la vanne des biocarburants. La lettre parle d'« assouplissement des limites d'incorporation de biocarburants ». Concrètement, il s'agirait de faire basculer les moteurs diesel du B7 vers le B10, soit jusqu'à 10 % de biogazole incorporé. Cela permettrait d'utiliser 3 % de diesel en moins. Un bémol de taille toutefois : l'homologation des constructeurs automobiles reste un préalable non négociable - mais certains présentent déjà des modèles permettant de rouler au B10.
Le règlement méthane en suspens
Le point le plus sensible du courrier porte sur le report du controversé règlement méthane déjà réclamé notamment par les Etats-Unis. La nouvelle réglementation européenne doit imposer, dès le 1er janvier 2027, une obligation de « reporting » aux importateurs d'hydrocarbures. Problème : les acteurs ne sont pas prêts. « Je souhaite donc, afin de pouvoir compter sur la pleine mobilisation des importateurs de pétrole brut et de gaz naturel dans la crise actuelle, un décalage d'un an de l'entrée en vigueur de l'obligation de transmission d'informations », écrit le président. Une requête plus ambitieuse que celle de la Commission elle-même, qui n'envisageait jusqu'à présent que de repousser les sanctions financières à 2029, pas l'obligation en tant que telle. Autre proposition : muscler les achats groupés de gaz, en capitalisant sur l'outil RepowerEU, déjà rodé depuis 2023. Emmanuel Macron suggère d'en étendre le champ d'application aux hydrocarbures liquides.
Prochain sommet européen mi-octobre
Enfin, la lettre garde un oeil sur l'horizon plus lointain. Le président appelle à « une claire accélération européenne sur les efforts d'électrification », à la suite du plan présenté par Bruxelles en juillet, ainsi qu'à « la modération de la consommation de gaz naturel, notamment pour les besoins de chauffage ». Paris souhaite que ces sujets soient discutés lors du prochain sommet européen, les 15 et 16 octobre à Bruxelles. Le décalage de la mise en oeuvre de la réglementation méthane pourrait être contesté par certains Etats membres et être vu comme un recul sur la transition énergétique. Mais il était déjà demandé par d'autres, comme l'Italie. L'Allemagne, enfin, pourrait se montrer favorable à un assouplissement des règles d'incorporation de biocarburants.