Comment l'impôt sur le revenu a baissé sous la présidence Macron

Par Sébastien Dumoulin, Stéphane Loignon
Peu de contribuables l'auront sans doute relevé, mais l'impôt sur le revenu (IR) a sensiblement baissé au cours des deux mandats d'Emmanuel Macron : les Français ont versé en moyenne 6,7 % de leurs revenus en 2024 (au sens du revenu fiscal de référence ou RFR), contre 7 % en 2017. Rapporté à un revenu annuel moyen de 33.000 euros, cela représente une économie d'environ 100 euros par an pour un foyer lambda. A quoi est due cette baisse et à qui a-t-elle profité ? C'est ce que révèle le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO, un organisme rattaché à la Cour des comptes), dans un rapport centré sur l'IR, ses crédits et réductions d'impôts, paru ce mercredi et réalisé à la demande de la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Des niches fiscales en recul
A la veille de la présentation du budget pour 2027, le rapport du CPO fourmille d'enseignements. Le premier est donc que l'impôt sur le revenu pèse moins sur les Français qu'en 2017. En valeur absolue, les recettes du fisc ont certes augmenté : l'IR a rapporté 92 milliards d'euros en 2024 contre 72 milliards en 2017. Mais cette hausse de 28 % a été moins forte que celle des revenus (+34 % sur la période). Proportionnellement, la facture fiscale a donc baissé. Ce n'est pas dû à un recours accru aux réductions et crédits d'impôt, pointe le CPO. Ils ont au contraire reculé sur la période, notamment du fait de la disparition de plusieurs dispositifs comme le crédit d'impôt pour la transition énergétique (remplacé par MaPrimeRénov'). Les différentes niches ont réduit les recettes d'IR de 15 milliards d'euros en 2024 (dont 6,5 milliards pour le seul crédit au titre de l'emploi d'un salarié à domicile), un montant quasiment équivalent à celui de 2017. En incluant le recours croissant aux dispositifs pour éliminer les doubles impositions de revenus perçus à l'étranger, les niches ne permettent plus aux contribuables de réduire leur facture que de 1,4 % des revenus en moyenne, contre 1,6 % en 2017. La baisse du taux d'imposition moyen (de 0,3 point) provient donc avant tout d'une baisse de l'impôt dû, avant réduction ou crédit.
Deux réformes majeures
Cette diminution tient à deux réformes majeures des années Macron. La plus importante, et de loin, selon le CPO, est la baisse du taux de la première tranche de l'impôt sur le revenu, passé en 2020 dans la foulée de la crise des « gilets jaunes » de 14 % à 11 %. Celle-ci a représenté près de 5 milliards d'euros et a « principalement bénéficié aux foyers aux revenus intermédiaires », note le rapport. La deuxième réforme, qui a réduit le taux moyen d'IR « dans une moindre mesure », est l'instauration en 2018 de la flat tax (ou prélèvement forfaitaire unique, PFU) à 30%. Depuis lors, les revenus du capital ne sont plus imposés au barème progressif de l'IR, mais à un taux fixe de 12,8 % (auquel s'ajoutent 17,2 % de cotisations sociales et même 18,6 % depuis 2026). Les effets du PFU se sont eux concentrés « sur les foyers à hauts revenus », dont une part croissante des revenus n'est pas imposée au barème. En raison du public visé par ces réformes, la baisse du taux d'IR depuis 2017 (de 7 % du RFR à 6,7 %, soit 0,3 point) n'a pas été homogène. « Le 1 % des foyers aux revenus les plus élevés sont ceux dont le taux d'imposition a le plus diminué depuis 2017, note le CPO. Celui-ci est passé de 23,0 % à 19,4 % du RFR, soit une baisse de 3,6 points. » Cette spécificité s'explique par le poids croissant des revenus du capital soumis à la flat tax.
Les autres grands gagnants
En revanche, pour les foyers appartenant aux 10 % les plus aisés sans faire partie du Top 1 %, le taux est resté globalement stable depuis 2017, autour de 13 % des revenus. Il faut descendre encore d'un cran dans l'échelle des revenus pour trouver les autres grands gagnants des années Macron, c'est-à-dire les classes moyennes supérieures qui appartiennent aux 20 % les plus aisés sans faire partie des 10 % les plus riches. Elles ont vu leur taux moyen d'imposition baisser de 7,6 % à 6,9 % de leurs revenus - cette fois en raison de la baisse du taux de la première tranche d'IR. Cette réforme a également bénéficié au reste de la classe moyenne, dans de moindres proportions. Seuls les 40 % de Français aux revenus les plus modestes n'en ont pas profité, car ils ne paient pas d'IR. Au contraire, l'administration fiscale leur reverse de l'argent, mais proportionnellement légèrement moins en 2024 (0,7 % de leurs revenus, environ 90 euros par foyer fiscal) qu'en 2017 (0,8 %). En dépit de ces changements, l'impôt sur le revenu reste progressif, souligne le rapport : Bercy prélève 2 % des revenus des classes moyennes, 13 % des revenus des 10 % les plus aisés et 19 % de ceux du Top 1 %. Le taux d'imposition moyen ne redescend très légèrement que pour le « trois millième » des foyers les plus aisés - une situation qui existait déjà en 2017.