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Comment a évolué le budget de l'Ecologie sous l'ère Macron

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

Par Marie Bellan

Un budget stable prévu pour l'an prochain, après deux années de vaches maigres pour l'écologie. L'effort financier consenti par l'Etat pour convertir la France à la transition écologique fait pâle figure aujourd'hui, mais cela n'a pas toujours été le cas. Si l'on regarde dix ans en arrière et si l'on scrute l'évolution des budgets de l'Ecologie depuis cette période, il est manifeste que la France dépense plus, voire beaucoup plus qu'en 2017. Les chiffres sont à prendre avec précaution car « il n'existe pas d'estimation de dépense agrégée pour l'ensemble des volets de la transition écologique et les estimations actuelles couvrent des périmètres réduits, qui ne se recoupent pas exactement d'une étude à l'autre », soulignait la Cour des comptes dans un premier rapport annuel sur la transition écologique paru l'an dernier.

Nette accélération en 2022

Le budget du ministère de la Transition écologique au sens strict du terme ne peut servir de boussole car son périmètre a beaucoup évolué au fil du temps. De même, le budget vert de l'Etat, dont la première édition remonte à octobre 2020, a, lui aussi, un périmètre fluctuant. C'est donc la tendance, à travers les différentes estimations, qu'il faut regarder. Toutes les évaluations convergent et montrent que le niveau des dépenses de l'Etat en faveur du climat, s'il reste globalement stable de 2017 à 2021, connaît une nette accélération à partir de 2022. « En dehors des charges de service public de l'énergie [prix des énergies renouvelables garantis par l'Etat, NDLR], les dépenses de l'Etat en soutien aux investissements climat ont progressé de 63 % entre 2020 et 2024 », indique le Panorama des financements climat de l'institut de l'économie pour le climat (I4CE), dont les travaux font référence en la matière. Les aides distribuées dans le cadre du plan de relance post-Covid, ainsi que les subventions de France 2030, ont largement contribué à cette hausse, notamment pour la décarbonation de l'industrie. Les dépenses d'investissement pour la décarbonation (financements publics et privés cumulés, les subventions publiques ayant un fort effet de levier dans ce domaine) ont été en constante augmentation jusqu'en 2023 (89 milliards en 2021, 100 milliards en 2022, 108 milliards en 2023), selon les calculs d'I4CE. Même la biodiversité, qui est souvent le parent pauvre des politiques climatiques, a bénéficié de cette dynamique : les dépenses favorables à la protection des milieux naturels atteignent en 2024 environ 7 milliards d'euros, dont 4,7 milliards de dépenses publiques (Etat, collectivités locales et Union européenne).

L'âge d'or de la transition écologique

L'augmentation des dépenses est aussi très sensible sur la rénovation thermique des bâtiments. Le projet de loi de finances 2024 prévoyait un budget de 5 milliards pour MaPrimRénov. Un montant conséquent (+ 1,6 milliard par rapport à l'année précédente), dont l'enveloppe n'a d'ailleurs pas été consommée entièrement. Prises dans leur ensemble, les dépenses en faveur de l'écologie bénéficiaient de 10 milliards d'euros supplémentaires dans le projet de loi de finances 2024 par rapport à l'année passée. Les années 2022 à 2024 resteront comme un âge d'or de la transition écologique, considérée comme priorité politique - la création du Secrétariat général à la planification écologique date de 2022, directement rattaché à Matignon, alors occupé par Elisabeth Borne - et comme priorité budgétaire. Mais dès le courant de l'année 2024, et surtout à partir de 2025, le désengagement de l'Etat se fait sentir. « Hors soutiens aux renouvelables, les dépenses de l'Etat s'orientent à la baisse à partir de 2025 », indique le rapport d'I4CE. « Entre 2021 et 2024, l'Etat a fait le choix d'augmenter les dépenses de soutien à la transition. Après 2024, un choix différent est arrêté, celui de faire porter l'effort sur les Certificats d'économie d'énergie. C'est un choix politique dont la principale motivation est de s'inscrire dans la maîtrise des déficits publics », souligne Hadrien Hainault, directeur du programme investissements climat chez I4CE.

Montée en charge des CEE

De fait, la montée en charge très sensible des CEE - 6 milliards en 2025, environ 8 milliards en 2026 - qui ne sont pas dans le périmètre budgétaire de l'Etat, traduit la volonté de faire peser davantage les investissements sur les acteurs privés - les entreprises dites « obligées » d'une part, les ménages de l'autre - pour assurer les investissements climat dont la rentabilité sur le long terme est jugée la plus élevée. C'est sur la mobilité électrique et les changements de mode de chauffage que les CEE sont prioritairement orientés. Les dépenses sur les infrastructures de transports non carbonés par exemple, restent pour leur part régaliennes. Au-delà de la répartition entre budget et hors budget, reste la question de l'adéquation entre les besoins de financement et les investissements consentis. Sur ce point, tous les experts sont formels : les besoins en termes d'adaptation augmentent plus vite que prévucar les aléas climatiques s'intensifient et les besoins pour l'atténuation, si l'on veut respecter nos trajectoires de baisse d'émissions d'ici à 2050, vont aller croissant eux aussi. « Il faudrait faire deux fois plus en termes de volumes d'investissement pour suivre le rythme de la décarbonation. Ce qui veut dire entre 18 et 52 milliards supplémentaires nécessaires de la part de l'Etat », conclut Hadrien Hainault.

Marie Bellan