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Chute de la natalité : l'étonnant paradoxe du manque de places en crèches

Les Echos · 21/09/2026 · ← revue

Une mesure urgente pour un secteur en crise. Alors que 240.000 places en crèche pourraient disparaître d'ici à 2033, le gouvernement vient d'annoncer un plan d'urgence de 90 millions d'euros pour venir en aide aux professionnels de la petite enfance. « Nous devons consolider l'offre aujourd'hui pour pouvoir l'accroître demain, partout où les familles en ont besoin, sans jamais transiger sur la qualité de l'accueil », a affirmé la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist, ce lundi. Confronté à une pénurie persistante de professionnels et à une hausse des charges, le secteur de la petite enfance traverse une crise profonde avec 521 fermetures d'établissements en 2024. En 2025, le nombre d'ouvertures de places a été quasiment effacé par les fermetures. Avec « 60 places pour 100 enfants de moins de 3 ans, les besoins sont loin d'être couverts », a détaillé la ministre des Familles dans un communiqué. C'est tout le paradoxe de la situation : malgré la baisse rapide de la natalité, le manque de places persiste, et risque même de s'aggraver avec les départs en retraite massifs des assistantes maternelles anticipés dans les prochaines années. Les crèches pâtissent aussi des difficultés financières de certaines communes, et de moindres recettes liées aux parents ne laissant leurs enfants qu'une partie de la semaine.

Aides à l'installation

Dans les détails, la somme serait versée sur deux ans, avec 30 millions d'euros en 2026, puis 60 millions d'euros en 2027, afin de revaloriser le financement des crèches via la hausse de la prestation de service unique mais également d'augmenter les aides au démarrage et à l'installation des assistantes maternelles. Le « bonus territoire » augmentera pour 3.175 crèches situées dans les zones les plus fragiles. Le gouvernement a également annoncé préparer un plan d'action pour répondre aux épisodes caniculaires comme celui vécu l'été dernier dans les crèches afin qu'elles soient « mieux équipées avant l'été 2027 ». Par ailleurs, la somme débloquée par le gouvernement permettra de mieux soutenir l'accueil des enfants des professionnels de première ligne, notamment ceux du secteur de la santé.

Menaces de grève

Cela faisait plusieurs mois que le secteur tirait la sonnette d'alarme. « Il y a encore énormément de besoins non couverts et une offre d'accueil individuelle fragile qui va nécessiter que des crèches existent pour prendre le relais », s'inquiétait la nouvelle patronne de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), Constance Bensussan, en juin dernierdans « Les Echos ». Début septembre, la Fédération française des entreprises de crèches et de microcrèches (FFEC) alertait sur « le danger économique que subissent toutes les crèches » et demandait un plan d'urgence « indispensable » à leur survie. La semaine dernière, le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE) appelait à la grève le 8 octobre prochain pour « défendre les conditions d'accueil des enfants, les conditions de travail des professionnels et les moyens indispensables à un accueil de qualité ». Avant de verser l'aide, le gouvernement attend le conseil d'administration de la CNAF avant un vote prévu en octobre « permettant la mise en oeuvre des premiers financements dès la fin de l'année 2026 », détaille le communiqué du ministère. Après l'entrée en vigueur en juillet dernier du congé de naissance ajoutant deux mois de congé aux parents, ce plan d'urgence s'inscrit également dans l'objectif du gouvernement de relancer la natalité en France alors qu'elle a baissé de 20 % en quinze ans.

Marion Torquebiau