Alexandre Devecchio : « Édouard Philippe est-il vraiment coupable de "délit de faciès" ? »

Alexandre Devecchio : « Édouard Philippe est-il vraiment coupable de "délit de faciès" ? » LA BATAILLE DES IDÉES - Pour avoir nommé l’échec de l’intégration, le candidat centriste est cloué au pilori par ceux-là mêmes qui ramènent chaque débat à la « race ».
Citer Péguy peut donc valoir, en France, un procès en racisme. Dans Le Point, Édouard Philippe a déclaré : « Lors des violences du 18 octobre, la surreprésentation de jeunes issus de l’immigration était patente. Selon le mot de Péguy, il faut “voir ce que l’on voit”. L’échec de l’intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable. » Il a récidivé au « 20 Heures » de TF1 : « Dans les images que nous avons vues des pillages, il y avait, de fait, un certain nombre, et un nombre important, de jeunes Français, sans doute, que je considère comme des Français, issus de l’immigration. Ce qui traduit un sujet qu’on doit regarder les yeux dans les yeux. » Il n’en fallait pas davantage pour clouer le candidat centriste au pilori. C’est L’Humanité qui lui reproche d’emboîter le pas à l’extrême droite. C’est Dominique de Villepin pour qui « voir ce que l’on voit », c’est voir « des Noirs et des Arabes ». C’est Jean-Luc Mélenchon qui dénonce des « calomnies racistes ». C’est Salhia Brakhlia, chroniqueuse de « Quotidien », qui l’accuse de « délit de faciès » et de « trier les bronzés et les Blancs », « sans s’appuyer sur le moindre chiffre ».
Procès en sorcellerie
Des chiffres, il en existe. Selon la Chancellerie, sur les 186 premières personnes écrouées, près de 30 % sont étrangères, plus de trois fois leur poids dans la population, et 35 % parmi les écroués pour vol ou recel. La statistique judiciaire ignore l’origine des Français. Mais, dans Le Figaro, Jérôme Fourquet relève que, sur 70 déférés identifiables dans la presse, les trois quarts portent des prénoms arabo-musulmans ou africains, une surreprésentation déjà observée durant les émeutes de 2005. Sans doute Édouard Philippe a-t-il lui-même favorisé le procès en sorcellerie dont il est victime, en renvoyant à l’extrême droite, quand il gouvernait, une partie des critiques contre l’immigration de masse et l’islamisme. Cette inquisition n’en est pas moins injuste et délétère : elle interdit de voir le réel et amalgame toute réflexion sur l’immigration au racisme. Car l’ancien premier ministre ne fait que partager des constats dressés depuis longtemps par Gilles Kepel, Georges Bensoussan ou Hugues Lagrange, et que nombre de Français de toutes origines font chaque jour. Il dit « jeunes Français », quand L’Humanité croit entendre « Français de papier ». Il parle d’immigration et d’intégration, donc de questions sociales et culturelles, non de couleur de peau ou de race, comme voudraient le faire croire ses contempteurs. » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : les violences du 17 octobre ont-elles eu un impact sur les intentions de vote ? L’indignation ne manque pas de sel chez une gauche qui n’a que le mot « race » à la bouche. « Racisés », « privilège blanc », réunions « non mixtes » : ces formules ne viennent pas de l’extrême droite, mais des sociologues décoloniaux et des militants insoumis. L’assignation identitaire a changé de camp. Ce sont Jean-Luc Mélenchon et ses aficionados qui installent aujourd’hui dans le pays une nouvelle dialectique raciste. D’un côté, le mâle blanc, bouc émissaire universel. De l’autre, une « Nouvelle France » d’enfants de l’immigration, traités comme un bloc homogène et condamnés à rester d’éternelles victimes. Ce n’est pas de regarder le réel en face qui conduit la France à l’affrontement. C’est cette lecture binaire. Cette gauche feint de redouter le choc. Elle l’organise.