Accord Macron-Merz sur les moteurs thermiques : « Un marchandage mauvais pour le climat et pour les Européens »

Par Michel Derdevet (Président de Confrontations Europe )
En marge du récent Conseil européen, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont scellé un compromis sur l'avenir de l'automobile européenne. Paris cesse de défendre la fin des moteurs thermiques en 2035 : les constructeurs n'auraient plus qu'à réduire de 90 % les émissions de leurs voitures neuves, sans compenser les 10 % restants. En échange, Berlin accepte une préférence européenne stricte pour les aides et la commande publiques. Présenté comme un accord de bon sens industriel, ce marchandage est un mauvais accord, tant pour le climat que pour les Européens. Pour trois raisons.
A contretemps
D'abord, il arrive à contretemps. L'Europe, continent qui se réchauffe le plus vite, sort de l'été le plus chaud de son histoire. Selon Copernicus, 52 % de notre territoire a subi un stress thermique exceptionnel, et l'Europe de l'Ouest a battu son record de 2003. Nos fleuves ont connu leurs plus bas débits estivaux depuis 1992. Et c'est ce moment précis que Paris et Berlin choisissent pour desserrer la contrainte sur les transports, premier secteur émetteur en France. Contresens politique majeur ! Ce compromis fait d'autre part reculer la fin de notre dépendance aux énergies fossiles importées. En 2025, l'Union a dépensé 396 milliards d'euros pour importer pétrole, gaz et charbon, soit 880 euros par habitant ; et nos transports dépendent encore, à plus de 93 %, du pétrole. La facture énergétique de la France a atteint 45,8 milliards d'euros, dont les trois quarts pour le pétrole. Chaque crise au Moyen-Orient le rappelle : tant que nos voitures rouleront au pétrole, les ménages et les entreprises paieront les tensions du monde. Le gouvernement l'écrivait lui-même au printemps dans son plan « Electrifions la France » : électrifier, c'est consommer une énergie que nous produisons nous-même. Alors, pourquoi reculer à Bruxelles sur ce qui semblait prioritaire à Paris ? Sans compensation, l'accord prolonge d'une génération de véhicules notre exposition au baril importé. Les modèles hybrides ne roulent en électrique que 27 % du temps, contre 84 % supposés, et n'émettent que 19 % de moins qu'un modèle thermique. Enfin, il soutient directement les hybrides, dont le bilan carbone est mauvais. Ce sont les hybrides rechargeables et les prolongateurs d'autonomie qui occuperont les 10 % ainsi libérés. Or, selon la Commission européenne, leurs émissions réelles sont en moyenne 3,5 fois supérieures aux valeurs d'homologation. Les modèles hybrides ne roulent en électrique que 27 % du temps, contre 84 % supposés, et n'émettent que 19 % de moins qu'un modèle thermique. Faire de l'hybride la voie de sortie après 2035, c'est entériner une fiction réglementaire. Et il est pour le moins paradoxal de prétendre défendre, sous cet angle, l'industrie européenne face à la Chine. Les constructeurs chinois ont fait, en effet, de l'hybride rechargeable leur porte d'entrée en Europe, car il échappe aux droits de douane imposés depuis 2024 à leurs voitures électriques. Ralentir l'électrification, c'est retarder le moment où nos constructeurs européens atteindront l'échelle nécessaire pour rivaliser sur le terrain qui compte : la batterie et le véhicule électrique abordable.
Le marché a besoin de visibilité
Ce signal arrive au pire moment. En septembre, la voiture électrique a représenté 41,9 % des ventes de voitures neuves en France. Le réseau dépasse 200.000 points de recharge publics, les opérateurs investissent dans la haute puissance, les industriels dans les gigafactories. Tous ont besoin de visibilité ; en rouvrant un débat que l'on croyait clos, Paris et Berlin la leur retirent. La préférence européenne est une bonne idée. Mais elle ne devait pas se payer au prix de notre souveraineté énergétique et de nos engagements climatiques. Le Parlement européen et les autres Etats membres ont, heureusement, encore la main : ils doivent rétablir d'urgence l'exigence de compensation et encadrer strictement la place des hybrides après 2035. L'Europe n'a pas besoin d'un compromis bancal, qui protège le passé, mais d'un cap qui prépare l'avenir. Michel Derdevet est président de Confrontations Europe.