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A Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron entend réaffirmer la « présence stratégique » de la France aux portes des Etats-Unis

Les Échos · 19/09/2026 · ← revue

Par Inès Sauvaget

C'est la première visite d'un président dans l'archipel français depuis la venue de François Hollande en 2014 : Saint-Pierre-et-Miquelon s'apprête à recevoir Emmanuel Macron ce samedi pour trois jours de visite. En 2014, la France réclamait à l'ONU d'étendre ses droits sur les fonds marins autour de l'île aux confins de l'Atlantique Nord. Une demande refusée à l'époque par le Canada. Cette fois aussi, il sera question des deux Etats. Ce lundi, Emmanuel Macron sera au côté du Premier ministre canadien Mark Carney, qui viendra en voisin à Saint-Pierre-et-Miquelon. Par cette visite, l'Elysée entend « ouvrir une nouvelle trajectoire pour l'archipel » sur « dix à quinze ans », pour en faire la « base arrière d'une coopération polaire en lien avec le Canada et le Groenland ».

Une visite à stratégie géopolitique

Une unité entre la France et le Canada, ainsi qu'avec l'Union européenne, qui devrait aussi permettre aux deux Etats de réaffirmer une forme de « souveraineté » face aux coups de boutoir de Donald Trump. Et pour la France, il s'agit aussi de réaffirmer sa « présence stratégique » « aux portes des Etats-Unis et de l'Arctique », dont les nouvelles routes sont aussi convoitées par la Russie et la Chine, a voulu souligner l'Elysée. Pour enfoncer le clou face à Washington, Emmanuel Macron aurait également prévu de rappeler que Saint-Pierre-et-Miquelon fut le premier territoire français libéré de l'occupation allemande en 1941, sur ordre du général de Gaulle et contre l'avis des Etats-Unis qui préconisaient plutôt une mise sous tutelle alliée.

L'économie du territoire en ligne de mire

Le territoire de 5.800 habitants est aussi soumis à des défis qui lui sont propres. Depuis la fin de l'âge d'or de la pêche à la morue, Saint-Pierre-et-Miquelon peine à se renouveler économiquement. En 1992, un moratoire canadien sur la morue et une sentence arbitrale qui n'avait laissé à la France qu'une zone économique exclusive de 12.400 m2 avaient fait fondre la pêche industrielle. Résultat, quelques années plus tard, le port est vieillissant, la vie est chère et la démographie est en berne. Une situation aggravée par l'éloignement de l'archipel avec la métropole. Situé à 4.300 kilomètres de Paris, Saint-Pierre-et-Miquelon achète près de la moitié de ses importations au Canada, selon l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (Iedom). En 2022, l'alimentation coûtait environ 70 % plus cher que dans l'Hexagone, selon l'Insee. Pour Annick Girardin, sénatrice de l'archipel et ancienne ministre des Outre-mer d'Emmanuel Macron, « la pêche a un avenir à Saint-Pierre-et-Miquelon si elle se restructure ». Elle dit attendre des paroles « fortes » du président. Le chef de l'Etat doit notamment faire des annonces pour rénover le port de Saint-Pierre par lequel transite l'approvisionnement de l'archipel et qui menace de s'effondrer. Stéphane Lenormand, député de Saint-Pierre-et-Miquelon, souhaite surtout que soit « pêchée la majorité des quotas dont nous disposons », ce qui suppose une organisation professionnelle structurée à même de gérer la ressource aujourd'hui surtout exploitée par des bateaux artisanaux. Aujourd'hui, huit espèces sont sous quotas dans la zone économique exclusive française.

La montée des eaux

A cela s'ajoute un deuxième gros chantier pour l'archipel : déplacer le village de Miquelon et ses 600 habitants. Bâti à moins de trois mètres au-dessus de la mer, il risque d'être englouti par la montée des eaux et doit être reconstruit un kilomètre plus loin, à au moins 10 mètres d'altitude d'après la préfecture. « L'enjeu majeur de la visite » est « d'annoncer le montant alloué à la deuxième phase », juge la sénatrice, qui table sur « un minimum de vingt-cinq ans » pour l'ensemble de la relocalisation, avec un « double village » transitoire. Un chantier qui est toutefois loin de faire l'unanimité. « C'est beaucoup trop tôt » et la « moitié du village est réfractaire », estime Stéphane Lenormand. Pour le député, les priorités sont ailleurs : une nouvelle centrale électrique et la protection de l'isthme vers la presqu'île de Langlade, « poumon économique » de la commune. « On a besoin de redonner un élan avec des projets d'envergure sur le numérique, l'aérien, le maritime », a déclaré à l'AFP Annick Girardin. Le chef de l'Etat sera aussi accompagné des dirigeants des entreprises spatiales françaises Skynopy et Look Up ainsi que de SCLES, qui a un projet de câble numérique entre la Bretagne et New York, avec une possible dérivation vers Saint-Pierre.

Inès Sauvaget (avec AFP)