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100 milliards d'impôts en plus et un plan de relance XXL : le contre-budget de Mélenchon pour tourner la page Macron

Les Échos · 14/10/2026 · ← revue

Par Hadrien Valat, Sébastien Dumoulin, Stéphane Loignon

Si Jean-Luc Mélenchon atterrit à l'Elysée et Eric Coquerel à Bercy au printemps prochain, ils ne changeront pas seulement la couleur des murs. Ils entendent réagencer l'économie française de fond en comble. « C'est un pari, mais sur des bases très solides et rationnelles », promet Eric Coquerel, le président de la commission des Finances à l'Assemblée. C'est un quitte ou double particulièrement périlleux, mettent au contraire en garde de nombreux économistes. En plein débat budgétaire, le quadruple candidat à la présidentielle a dévoilé ce mercredi son plan pour « remettre de l'ordre dans les comptes publics ». En attendant sa prévision de trajectoire financière pluriannuelle, qui sera détaillée plus tard, l'Insoumis a présenté un contre-budget pour l'année 2027, sorte de projet de loi de finances rectificatif qui serait mis en place dès l'été par son gouvernement en cas de victoire à l'élection suprême.

Le procès du macronisme

Jusqu'à récemment assez peu embarrassés par la question du déficit public, les Insoumis se posent désormais en champions du rétablissement des comptes. Une gageure, pour un parti qui souhaite crédibiliser son programme. Mais qui a dans la manche un argument imparable : les gouvernements précédents, partisans de la politique de l'offre, ont tour à tour creusé le déficit. Il serait donc désormais temps, selon LFI, d'essayer autre chose, c'est-à-dire une politique de relance, portée par la « consommation populaire », et permise par une nette augmentation des recettes fiscales, malgré des taux de prélèvements obligatoires déjà très élevés. « Notre dette n'a pas d'autre origine que l'appauvrissement organisé de l'Etat par le macronisme et par ses deux prédécesseurs », a estimé Jean-Luc Mélenchon. Pour renflouer les caisses, la solution est d'augmenter les impôts, juge-t-il. « Le déficit public approcherait les 3 %, si les recettes avaient été maintenues au niveau de 2017 », assurent les Insoumis.

106 milliards d'impôts nouveaux

Ils proposent donc de tirer un trait sur les principales réformes des années Macron : supprimer la flat tax, rétablir un ISF renforcé ou encore restaurer la CVAE (impôt de production) sur les plus grandes entreprises. Mais ce ne serait que le prélude. Sans surprise, la taxe Zucman est aussi de la partie, tout comme un doublement des droits de successions, le quintuplement de la taxe Gafa, des taxes sur les superprofits, les rachats d'actions, les multinationales, les transactions financières, les cryptoactifs… Sans oublier un grand ménage dans les niches fiscales. Recettes escomptées : 106 milliards d'euros. Outre les débats sur la constitutionnalité de certaines mesures comme la taxe Zucman, « le problème est celui de la crédibilité d'un tel programme dans une économie ouverte », explique Mathieu Plane, économiste à l'Institut français de l'économie (IFE). « Les niveaux de taxation du capital seraient sans comparaison en Europe. Dans un système où vous avez une mobilité du capital et du travail, je ne vois pas comment cela peut produire les rendements attendus, sans parler des effets en cascade sur l'investissement et la croissance ». En clair : les 106 milliards seraient très loin d'être au rendez-vous. Pour mémoire : les hausses d'impôts de François Hollande à l'été 2012 visaient 30 milliards de rendements, qui ne se sont jamais réalisés. Au sein du bloc central, les réactions n'ont pas tardé. Les équipes d'Edouard Philippe ont dénoncé « un matraquage fiscal », qui précipiterait la France dans « la faillite ».

Plusieurs mesures « extraordinairement coûteuses et non documentées »

Pour les Insoumis, ces recettes sont au contraire la solution pour répondre aux besoins « urgents » du pays. Elles permettraient de réduire le déficit (à 5 % du PIB en 2027, soit la même cible que le gouvernement) selon leurs calculs, et de financer 82 milliards d'euros (!) de dépenses nouvelles : hausse du salaire des fonctionnaires et des budgets de l'école ou de l'hôpital, augmentation des allocations familiales et des APL, indexation des pensions, plan contre le sans-abrisme, mise en place d'une « garantie autonomie » pour les jeunes… Sans oublier la planification écologique, au coeur du programme de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que l'abrogation de la réforme Borne sur les retraites. « Aucun pays avec un déficit public élevé n'a réussi à s'en sortir en augmentant la dépense publique », rétorque, exemples à l'appui, Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Ouvertement inquiet, il pointe plusieurs mesures « extraordinairement coûteuses et non documentées » dans le contre-budget des Insoumis comme le blocage du prix des carburants à 1,70 euro le litre, la hausse du SMIC à 1.700 euros, qui se répercuterait sur la masse salariale des fonctionnaires et le coût des allègements de charges sociales, ou encore le futur retour de la retraite à 60 ans. « Dans la situation actuelle, un tel programme est de nature à provoquer une crise financière de grande ampleur », assure-t-il.

Des investissements massifs et une aide de la BCE

Les Insoumis, en bons keynésiens, espèrent eux que leurs investissements massifs contribueront, dans un cercle vertueux, à la relance de l'économie et donc in fine à la réduction du déficit via la TVA. Pour financer leurs dépenses, ils misent aussi sur l'établissement d'un rapport de force avec la Banque centrale européenne (BCE), afin que cette dernière agisse pour faire baisser les taux en rachetant des titres de dette voire en gelant ou annulant la part des dettes publiques qu'elle détient déjà. « C'est un changement des règles institutionnelles », souligne Mathieu Plane, même si LFI maintient que ces pratiques seraient conformes aux traités.

Hadrien Valat, avec Stéphane Loignon et Sébastien Dumoulin