« Vous ne pouvez pas imaginer comme elle est soulagée » : la nouvelle vie d’Anne Hidalgo, loin de la politique

« Vous ne pouvez pas imaginer comme elle est soulagée » : la nouvelle vie d’Anne Hidalgo, loin de la politique RÉCIT - L’ex-maire socialiste de la capitale a beau avoir tiré sa révérence après un quart de siècle au sommet de la vie politique parisienne, elle est aujourd’hui rattrapée par le scandale du périscolaire. Elle sera auditionnée mardi au Sénat.
Une fois n’est pas coutume, la petite salle A 263 du Palais du Luxembourg aura des airs, ce mardi, de grand hémicycle du Conseil de Paris. La sénatrice Les Républicains Agnès Evren, rapporteur de la mission d’information consacrée aux violences dans le périscolaire, auditionnera Anne Hidalgo, maire socialiste de la capitale pendant douze ans. L’une et l’autre ont été élues pour la première fois au Conseil de Paris en 2001 et y ont croisé le fer pendant plusieurs années, avant que la première édile ne quitte définitivement la vie politique en mars dernier, après l’élection de son successeur, Emmanuel Grégoire. Anne Hidalgo a beau avoir tiré sa révérence après un quart de siècle au sommet de la vie politique parisienne, elle est aujourd’hui rattrapée par le scandale du périscolaire, où sa responsabilité de maire est engagée. De nombreux cas de violences sexuelles commises sur de jeunes enfants par des animateurs de la ville de Paris ont été révélés au cours des derniers mois. L’accumulation des sévices interroge sur la façon dont fonctionne l’accueil périscolaire dans la capitale. Au-delà des plaintes pénales déposées contre les professionnels de la petite enfance concernés, Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire font désormais l’objet d’enquêtes ouvertes par le parquet de Paris. » LIRE AUSSI - Périscolaire à Paris : après les plaintes des parents, l’association Transparence citoyenne part à la chasse aux élus « Le scandale du périscolaire est une sacrée épine dans le pied d’Anne Hidalgo, elle aura beaucoup de mal à s’en débarrasser. C’est bien elle qui est visée, beaucoup plus qu’Emmanuel Grégoire, qui ne s’est jamais vraiment occupé de ce dossier, quoi qu’on en dise. Ça va de plus en plus se transformer en procès Hidalgo », reconnaît un ancien membre de son cabinet. « L’équipe Hidalgo a fait au mieux avec les connaissances qu’ils avaient, ce qui n’empêche pas de tirer les leçons de tous ces échecs », tempère le sénateur Rémi Féraud, proche de l’ancienne édile, qui l’avait même adoubé comme dauphin avant qu’Emmanuel Grégoire ne remporte finalement le vote de désignation organisé par les socialistes parisiens.
« Un enfer absolu »
Après les mois d’absence médiatique qui ont suivi son départ de l’Hôtel de Ville, Anne Hidalgo était l’invitée de la matinale de France Inter mercredi dernier. L’essentiel de l’entretien a été consacré à sa défense dans le dossier du périscolaire. Tout en reconnaissant « une blessure et une douleur » ainsi que quelques regrets, l’ancienne maire s’est inscrite en faux contre les accusations qui la visent et a défendu son bilan en matière de périscolaire. « Les familles n’ont pas besoin d’une instrumentalisation de leur douleur, elles ont besoin de vérité », a-t-elle clamé. Malgré cette situation douloureuse qui la contraint à réapparaître publiquement, Anne Hidalgo ne cache pas le bonheur qui entoure sa vie d’après. « Je suis très heureuse d’avoir pu reconstruire une nouvelle vie après la politique. Je le dis à tous les politiques qui y songent : c’est quand même pas mal du tout », s’est-elle enthousiasmée sur France Inter. Les amis qu’elle conserve dans le sérail racontent combien l’ancienne figure de la gauche se complaît dans son retrait de la vie publique. « Elle est hypercontente », relate un élu de tout premier plan de la majorité municipale. « Vous ne pouvez pas imaginer comme elle est soulagée de ne plus avoir d’emmerdes. Les dernières années de son mandat ont quand même été un calvaire. À part les Jeux olympiques, ça a été un enfer absolu », poursuit cette source.
Je suis à peu près sûr que la politique ne lui manque pas du tout
Un proche
Il est vrai qu’après sa réélection à la mairie de Paris en 2020, Anne Hidalgo a enchaîné les désaveux. À commencer par une candidature hasardeuse à la présidentielle qui a suivi : elle n’a finalement recueilli que 1,75 % des suffrages. Même dans son fief de Paris, seulement 2,1 % des électeurs avaient plébiscité son projet. S’en sont suivies des polémiques en série, tantôt sur un déplacement à Tahiti, tantôt sur des frais de mandat jugés mirobolants, sans compter une succession mal goupillée et l’échec cuisant de sa candidature au Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU. « Je suis à peu près sûr que la politique ne lui manque pas du tout », sourit l’un de ses proches. Celle qui n’a jamais trop goûté les petites intrigues de la politique politicienne ne compte surtout pas s’y impliquer. Elle se présente désormais comme une « citoyenne engagée » et s’est contentée d’apporter son soutien plein et entier à Raphaël Glucksmann pour 2027. Quant à son successeur, Emmanuel Grégoire, leur relation reste tendue et les contacts inexistants.
Diplomatie municipale
La nouvelle vie d’Anne Hidalgo est tout entière consacrée à ses fonctions d’ambassadrice mondiale du Global Covenant of Mayors for Climate & Energy, surnommé « GCom », une coalition internationale de grandes villes qui vise à promouvoir leurs opérations en matière de transition écologique. L’organisation, basée à Bruxelles, est financée en majeure partie par la Commission européenne et la fondation de Michael Bloomberg, un milliardaire américain et ancien maire de New York qui a tissé des liens avec Anne Hidalgo au cours de ses fonctions. L’ancienne édile parisienne partage ainsi sa vie entre les capitales française et belge. Elle voyage surtout aux quatre coins du monde et distribue des subventions à des initiatives menées par des métropoles. Cette nouvelle mission est à la confluence des deux principaux marqueurs de ses mandats à l’Hôtel de Ville : la transition écologique et la diplomatie municipale. « Elle essaye d’être utile, de diffuser les enseignements tirés de son expérience, sans toutes les contraintes de la politique. Ses nouvelles responsabilités peuvent paraître moins grandioses qu’auparavant, mais elle s’éclate », raconte l’un de ses interlocuteurs réguliers. L’absence totale de nostalgie n’empêche pas Anne Hidalgo de tirer beaucoup de fierté de son action à la tête de la capitale. « Mon seul regret est de ne pas avoir pu aller plus loin et plus vite », déclarait-elle quelques jours avant de remettre les clés de la ville. « Dans un demi-siècle, nous parlerons encore du mandat d’Anne Hidalgo. Ses décisions font déjà école partout dans le monde », vante Rémi Féraud, qui ne juge pas complètement illégitime de comparer la maire socialiste au baron Haussmann, qui a transformé Paris de fond en comble au mitan du XIXe siècle. De cela, c’est l’histoire seule qui jugera.