Violences dans le périscolaire parisien : Emmanuel Grégoire appelle à « bousculer » le cadre légal

Entendu après l’ancienne maire de Paris Anne Hidalgo par les sénateurs de la commission d’enquête sur les violences dans le périscolaire en France, mercredi 16 septembre, son successeur, Emmanuel Grégoire, a à son tour défendu les actions de la Mairie de Paris et reporté une partie des responsabilités au-delà du périmètre de ses seules compétences. Auditionné à double titre, en tant qu’ancien adjoint (2014-2024) et maire élu depuis mars 2026, le socialiste a fait valoir des « limites d’ordre légal » : « même volontariste, l’action de la Ville s’est heurtée à un cadre juridique existant », a-t-il assuré, comme sur le respect de la présomption d’innocence, « qui nous a conduits à réintégrer un animateur quand la matérialité des faits n’avait pas été prouvée ». Assurant que, avant son élection, il ne s’était occupé du sujet uniquement en tant qu’adjoint chargé des ressources humaines (2014-2017), Emmanuel Grégoire a répété parfois avec agacement que la Ville n’avait « jamais été prise en défaut des obligations légales de recrutement ». Le maire a par ailleurs communiqué de nouveaux chiffres sur les suspensions d’animateurs, au nombre de 195 depuis le 1er janvier, dont 74 pour suspicions de violences sexuelles – le précédent bilan de juin faisait état de 132 suspensions, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles. Une partie de ces suspensions a d’ailleurs conduit à des contentieux et le maire a révélé que, dans un cas, le tribunal administratif avait ordonné à la Ville de réintégrer un vacataire suspendu : « Je n’honorerai pas cette obligation », a-t-il prévenu. Une position saluée par le collectif SOS Périscolaire dans un communiqué publié juste après son audition : « Le choix du principe de précaution qu’il assume depuis son élection avec des mesures préventives, parfois attentatoires à la présomption d’innocence, la suspension à titre conservatoire et la non-réaffectation auprès d’enfants des agents innocentés est la marque d’une volonté politique que nous saluons. » L’ancien député de Paris a également proposé une série de modifications législatives pour « bousculer le cadre actuel » : parmi celles-ci, la création d’un « fichier national des signalements pour violences sexuelles sur mineurs pour sécuriser la question du nomadisme des prédateurs sexuels », d’une « procédure de coordination obligatoire avec le parquet » ou encore l’allongement de « la durée des suspensions administratives ».
« Manque de culture du signalement »
« J’entends le désarroi, la colère, l’inquiétude et la confiance entamée envers le périscolaire », avait déclaré le maire en préambule, faisant part de ses « plus profonds regrets personnels et de ceux de la Ville de Paris ». S’il a dit partager l’analyse d’un « échec collectif » mis en avant par Anne Hidalgo la veille, il a assuré qu’il ne cherchait pas à « [s’]exonérer des responsabilités institutionnelles [de la Ville] et de [s]es responsabilités individuelles », ni à se « défausser sur [son] administration ». « La remontée d’information n’a pas toujours bien fonctionné », a-t-il reconnu, citant un « manque de culture du signalement ». « La Ville a pu manquer de transparence », a-t-il encore admis, avec des « réunions publiques [qui n’étaient] pas systématiques » et une « forme de froideur et d’indifférence institutionnelle ». Mais « jamais, au regard des informations portées à ma connaissance, il n’y a eu de la part d’un seul agent de tentative de dissimulation ou d’étouffement d’une affaire de violence sexuelle », a-t-il souligné, avant de reconnaître sur « sur les violences dites ordinaires, éducatives ou verbales, ce n’était pas au niveau ». Il a sur ce point fait part de sanctions prises à l’égard d’un responsable éducatif Ville pour défaut de signalement. Le maire s’est enfin justifié sur la bonne application, selon lui, du « plan d’action » qu’il avait signé en 2015 et qui portait sur trois axes : le renforcement du contrôle du recrutement, l’amélioration de la formation des agents et un plus grand partage de l’information avec la justice. Alors qu’Anne Hidalgo a déclaré, mardi, avoir « découvert » à la fin de son mandat que la moitié des recommandations du rapport de l’inspection générale de 2015 n’avaient pas été appliqués de manière satisfaisante, son ancien premier adjoint a dit avoir « demandé une actualisation » de ces données et que, désormais « l’ensemble des recommandations de 2015 [avaient] été mises en œuvre », sans donner plus de détails sur ce qui avait été corrigé entre-temps.