Violences dans le périscolaire parisien : Anne Hidalgo renvoie à un « échec collectif »

S’exprimant pour la première fois longuement sur les violences sexuelles dans le périscolaire parisien, mardi 15 septembre, l’ancienne maire socialiste de la capitale, Anne Hidalgo, a refusé d’endosser seule la responsabilité de la faillite. Devant les sénateurs de la commission d’enquête sur la prévention et le traitement des violences dans ce secteur, qui l’avaient convoquée, elle a évoqué un « échec collectif ». Si l’ancienne édile, en fonction de 2014 à mars 2026, a fait part de « toute [sa] compassion » et de ses « regrets immenses » envers les victimes, elle a insisté sur les lacunes externes à l’exercice de son mandat : le manque de « coopération » entre les institutions, l’insuffisance des « outils juridiques » à la disposition des maires et les « dysfonctionnements » de l’administration parisienne, dont elle n’a pris conscience que tardivement. « Nos institutions – Mairie de Paris, collectivités locales, éducation nationale, police, justice – ont failli dans la protection de nos enfants, c’est un échec collectif », a-t-elle insisté. Après un long préambule pendant lequel elle a rappelé ce qui avait été mis en place depuis 2014 (lancement d’une enquête de l’inspection générale de la Ville, création de protocoles pour les signalements, mise en place de « plans », amélioration du recrutement et de la formation des agents…), Anne Hidalgo a répondu pendant plus de deux heures principalement aux questions d’Agnès Evren, sénatrice Les Républicains de Paris, conseillère de Paris et rapporteuse de la commission. Les échanges se sont longuement portés sur le niveau d’information de la maire en temps réel et sur la bonne application des mesures recommandées. « Que tout n’ait pas été fait, c’est une évidence », a reconnu l’ex-élue, s’appuyant sur les résultats d’une « mission flash » de l’inspection générale qui, en 2025, a révélé que 50 % des recommandations d’un rapport de 2015 de cette même inspection n’avaient pas été appliquées de manière satisfaisante. « Je suis responsable de l’administration, mais tout maire n’est pas responsable des dysfonctionnements, y compris individuels, sur le non-respect des consignes qui ont été données », a-t-elle plaidé.
« Sentiment d’abandon » des familles
Anne Hidalgo dit notamment avoir « découvert » à la fin de son mandat que la direction des affaires juridiques avait décidé unilatéralement, en 2021, de ne plus faire de signalement en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale lorsque le cas identifié faisait déjà l’objet d’une plainte et donc d’une enquête judiciaire. « Ils ont modifié la doctrine sans validation politique : mon administration n’a pas suivi ma consigne, c’est plus que fâcheux », a-t-elle regretté. « C’est donc une administration en roue libre ? », a relancé Agnès Evren, ce à quoi Anne Hidalgo lui a répondu que « si [elle était] à la tête de la Ville de Paris, [elle saurait] que cela peut arriver ». Et d’ajouter : « La doctrine que j’ai demandé d’appliquer et qui n’a pas été appliquée jusqu’au bout était une suspension immédiate de l’agent pour lequel un signalement a été fait. » Celle qui est désormais ambassadrice d’un réseau mondial des maires pour le climat a également attribué « le désarroi et le sentiment d’abandon » des familles aux règles de fonctionnement de la justice : « C’est à la demande des autorités judiciaires que nous n’informions pas les familles, c’était couvert par le secret de l’instruction. » A la question d’Agnès Evren sur un supposé caractère « systémique » aux violences révélées à Paris, la maire a réfuté le terme, arguant qu’il s’agissait d’« un sujet national » : « Les maires ont une part de responsabilité, mais ils n’ont pas toutes les informations. S’il y a un caractère systémique, c’est à l’échelle de notre pays. » « Nous ne sommes malheureusement pas étonnées par ces réponses qui pointent toujours les failles, les responsabilités des uns et des autres, mais jamais les siennes », a réagi juste après dans un communiqué le collectif SOS Périscolaire. « La victimisation des maires plutôt que de souligner leurs responsabilités légales dans cette audition a été aussi récurrente qu’insupportable », écrit encore l’association. Auditionné dans la foulée, l’adjoint aux affaires scolaires de 2017 à 2024 puis premier adjoint jusqu’en 2026, Patrick Bloche, a de même avancé qu’il n’avait « pas l’explication à tout ». « Ce que pointe l’inspection générale [en 2025], ce sont des failles, des dysfonctionnements, mais je n’étais pas membre du comité de pilotage chargé du suivi de l’application des mesures du rapport de 2015 », a-t-il fait valoir, assurant qu’« à partir de 2025 [la Ville a] revisité un certain nombre de recommandations qui n’avaient pas été mises en œuvre ». Quant au choix de l’administration de ne plus faire de signalement systématique par un article 40 quand il y avait déjà une plainte des familles, il a été minimisé par l’ancien adjoint : « Tout signalement a amené à ce que le parquet soit informé, je pense que c’est cela le plus important. » L’ancien maire du 11e arrondissement (2008-2014) a également justifié le caractère « lacunaire » des informations transmises aux familles par l’obligation du « respect du secret de l’instruction » ou par l’absence de communication de la brigade des mineurs. Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, également ancien adjoint aux ressources humaines (2014-2017) puis premier adjoint (2018-2024), doit être à son tour auditionné mercredi ; il devrait être questionné, entre autres, sur les éventuelles sanctions administratives prises à l’égard des agents responsables de la non-application de la moitié des recommandations du rapport de 2015.