Revue de presse

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« Une croisade contre l'impuissance publique » : à Annecy, fermeté affichée pour le nouveau maire Antoine Armand

Les Échos · 11/08/2026 · ← revue

Par Florian Espalieu

Sa victoire n'a pas été une surprise sur les bords du lac. Le 22 mars, à seulement 34 ans, Antoine Armand a largement remporté la ville d'Annecy, préfecture de la Haute-Savoie de 130.000 habitants. Celui qui était jusqu'alors député Renaissance dans le département a recueilli au second tour 49 % des suffrages, soit 14 points de plus que son principal rival Alexandre Mulatier-Gachet, candidat de la gauche et premier adjoint du maire écologiste sortant François Astorg. Le macroniste s'est vu offrir un boulevard quand Jean-Luc Rigaut, ancien maire entre 2007 et 2020, désormais encarté chez Horizons, a retiré sa liste arrivée troisième du premier tour avec 21 %. Se maintenant, lui, au second, où il a récolté plus de 15 % des voix, le Rassemblement national (RN), conduit par Guillaume Roit-Levêque, a signé son retour au conseil municipal.

Première opération « coup de poing » sur la sécurité

Pour l'élu Renaissance, ce mandat local est une découverte « extrêmement intense », confie-t-il aux « Echos ». L'ancien ministre de l'Economie dans le gouvernement Barnier souhaite y mener une « croisade contre l'impuissance publique », non sans tacler l'équipe sortante : « Durant toute la campagne, j'ai entendu unanimement que la ville d'Annecy a subi un laisser-aller de gestion… » Il s'agit désormais pour lui de « reprendre les rênes » pour « tenir la boutique ». D'où, sur le « chantier prioritaire » de la sécurité, une première opération « coup de poing » menée dès le mois d'avril. Il a déambulé avec des policiers municipaux dans un quartier réputé difficile, accompagné des présidents de la Région et du Département (tous deux LR), avant d'annoncer un plan de vidéosurveillance. « Plus d'une caméra sur deux est aujourd'hui dysfonctionnelle », soutient l'édile, qui compte consacrer un budget de « plusieurs centaines de milliers d'euros, voire 1 million, sur le mandat » à ces équipements. Il entend également étendre les horaires de nuit des policiers de la commune.

Des signaux marqués à droite

L'élu a également lancé un audit interne sur les finances de la commune, présenté fin juin : « Des lièvres ont déjà été déterrés comme sur la réhabilitation de l'ancien haras [site historique de 3 hectares, en plein centre-ville, NDLR] à 50 millions d'euros, où les 2 millions censés provenir de mécénat sont en fait zéro, faute de donateur », appuie l'élu. Il s'est aussi attelé à la propreté urbaine, un cheval de bataille durant sa campagne électorale, avec une équipe d'agents déployée pour nettoyer les tags, notamment dans la vieille ville. Autre mesure visible : la réouverture aux voitures de deux axes leur ayant été fermés lors de la mandature précédente. Autant de signaux marqués à droite que ne manque pas de fustiger son adversaire principal au conseil municipal : « Il a mis toute son énergie de communication sur les cent premiers jours », tance Alexandre Mulatier-Gachet. « Mais concrètement, il n'a pas fait grand-chose, si ce n'est une journée de nettoyage et faire venir la police et le président de région pour stigmatiser un quartier. Il avait beaucoup critiqué le plan de circulation et n'a rouvert que deux rues… »

Alliance à l'intercommunalité

Autre pierre d'achoppement : gratuite depuis 2022, la plage de l'Impérial, site estival emblématique en bordure de lac, est redevenue payante en juillet - 2,50 euros pour les Annéciens, 4 euros sinon. Le maire justifie ce « tarif modique » pour évaluer la jauge et prévenir le risque d'insécurité. Quand son opposant principal parle de « vrai différend sur le fait de rendre l'accès payant à l'eau en période de réchauffement climatique ». Les deux hommes ne s'opposent pas sur tout : le nouveau maire veut ainsi « poursuivre ce qu'a plutôt bien entamé » son prédécesseur en termes de contrôle et de régulation des meublés de tourisme - Airbnb notamment. Il entend aussi continuer sur les projets de « certains équipements sportifs, sur de bons rails » et souhaite par ailleurs augmenter les budgets sport, culture et éducation populaire. Signe d'ouverture mutuelle, Antoine Armand, également président du Grand Annecy, a nommé Alexandre Mulatier-Gachet conseiller communautaire délégué au Semnoz. « Cette station de ski de moyenne montagne est un sujet qui peut être potentiellement clivant, avec les enjeux de l'eau et du pastoralisme », détaille ce dernier. « Si nous ne serons jamais d'accord à la ville, l'agglo a trop souffert des dissensions lors de la mandature précédente. »

Première affaire délicate

Une enquête préliminaire serait en cours à la suite d'une plainte pour viol déposée contre le premier adjoint, selon le site « La Lettre ». L'élu a été mis en retrait fin juin « pour la sérénité du conseil » par le maire, qui assure aux « Echos » n'avoir aucun élément officiel à ce sujet. Par ailleurs, l'hebdomadaire local « L'Essor savoyard » traitant de cette affaire a enregistré des centaines d'achats vraisemblablement coordonnés lors de sa sortie en kiosque, l'enquête conjointe avec « Reporters sans frontières » pointant des liens avec l'équipe municipale. « Si des personnes de la mairie sont impliquées, ce sont des initiatives hors de mon champ et que je réprouve », se défend Antoine Armand. Les autres épisodes de notre série « Leurs premiers mois de nouveaux maires » :

Florian Espalieu (Correspondant à Grenoble)