Une capitale et une Constitution communes pour six États de l’UE : que contient le projet fédéraliste de Bruno Le Maire ?

Une capitale et une Constitution communes pour six États de l’UE : que contient le projet fédéraliste de Bruno Le Maire ? Dans un manifeste de 60 pages publié dimanche, l’ancien ministre de l’Économie et des finances détaille son projet de Fédération réunissant la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et les Pays-Bas.
Bruno Le Maire répète à l’envi qu’il n’est pas candidat. Mais il a déjà un programme. Ou plutôt un Manifeste pour une autre France, un texte de 60 pages publié ce dimanche 23 août sur son site Internet. Parmi les nombreuses propositions de l’ancien locataire de Bercy, la création d’une «fédération d’États nations à six» au sein de l’Union européenne, qu’il avait déjà évoquée auprès du Figaro en juin dernier. Une union dans l’union, qui rassemblerait la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et les Pays-Bas. L’idée n’est pas nouvelle. Le ministre des finances allemand Lars Klingbeil l’avait défendue publiquement en février dernier, s’inscrivant dans le sillage des responsables allemands Wolfgang Schäuble et Karl Lamers, qui évoquaient dès 1994 la constitution d’un noyau dur européen. Bruno Le Maire avait repris l’idée à son compte. Dans les faits, le rapprochement de ces six pays, les principales puissances économiques de l’UE, a d’ores et déjà été impulsé par Paris et Berlin depuis janvier 2026. L’objectif annoncé de ce «format E6», qui a pour l’heure consisté à réunir les ministres des finances des six pays concernés, est de collaborer plus avant sur les questions de défense, de chaîne d’approvisionnement, de rapprochement des marchés de capitaux et de politique monétaire. Le projet de Bruno Le Maire va plus loin. «Ces pays resteront dans l’Union européenne. Mais ils se constitueront en fédération d’États-nations», détaillait-il dans son entretien au Figaro .
Un «ordre politique cohérent et solide»
«Ils définiront dans une Constitution adoptée par les peuples les modalités de la prise de décision entre eux», ajoutait-il. «Ils choisiront des sujets majeurs, sur lesquels ils se donneront cinq ans pour obtenir des résultats concrets : un géant du numérique capable de rivaliser avec Google, une fabrique de semi-conducteurs de taille critique, des diplômes universitaires communs, une harmonisation fiscale. À terme, ils se choisiront une capitale.» Pourquoi l’ancien ministre de l’Économie et des finances appelle-t-il de ces vœux ce projet fédéraliste ? «Le destin de la France et le destin de l’Europe ne font plus qu’un», explique-t-il dans son manifeste. «Le nationalisme, ce n’est plus la guerre ; c’est la fin du projet européen.» Pour Bruno Le Maire, les Européens sont «seuls» face aux États-Unis qui «sont désormais prêts à porter atteinte à nos intérêts fondamentaux», à la Chine qui «a besoin de notre marché pour écouler ses surcapacités industrielles», et face à la Russie qui est «une menace militaire à nos portes». Cette Europe des six apparaît à ses yeux comme un «ordre politique cohérent et solide», capable par exemple de «se libérer du monstre technocratique que la Commission européenne est devenue», ou encore de «mettre fin à la chimère dangereuse du libre commerce». Appelant presque de ses vœux une Europe à trois vitesses, Bruno Le Maire souligne qu’«aucune Fédération d’États nations ne pourra cependant se substituer à la force et à la singularité du lien franco-allemand». Fédération d’États-nations, contradiction dans les termes ? L’ancien ministre soutient que le prochain chef de l’État devra «aborder deux sujets prioritaires, qui empoisonnent les relations franco-allemandes», à savoir «l’énergie et la dette publique». «Il défendra l’énergie nucléaire» et «s’engagera à réduire la dette publique française», précise-t-il. Il abordera enfin la question de la coopération militaire, l’Allemagne ayant annoncé l’augmentation de son budget défense, pour atteindre 153 à 183 milliards d’euros d’ici 2030. Membre de l’institut universitaire de France et spécialiste du droit européen de l’immigration, Marie-Laure Basilien-Gainche ne cache pas son scepticisme. «Une fédération d’États-nations avec une Constitution ? On retombe dans le fantasme du référendum de 2005 et de cette fameuse constitution pour l’Europe. L’expression “fédération d’États-nations” renvoie à la fois au fédéralisme et au nationalisme. Comme s’il voulait faire plaisir aux deux en même temps. Mais un pouvoir qui va au-delà de l’intergouvernemental, mais en deçà du fédéral, c’est déjà cela l’Union européenne !» «Je me questionne», ajoute la juriste. «Pourquoi mettre de côté la Belgique, membre fondateur de l’UE, où siègent les institutions ? Pourquoi vouloir choisir une nouvelle capitale européenne quand Bruxelles existe déjà ? Par ailleurs, il y a un rapprochement des diplômes avec le système LMD. Il y a déjà des universités européennes, à Florence ou à Bruges. Je ne comprends pas pour être honnête...» Une chose est sûre, une politique d’intégration fédéraliste aussi radicale soulèverait une levée de boucliers dans une Europe où les partis nationalistes et eurosceptiques ont déjà le vent en poupe.