Une amende de 7 500 euros requise contre Robert Ménard, qui avait refusé de célébrer le mariage d’un homme algérien sous OQTF - L'Humanité

Mercredi 30 septembre, le maire de Béziers comparaissait devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé de marier la Française Éva Marty et son compagnon algérien, Mustapha Belkacemi, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. La discrimination a un coût. En 2023, alors que la Française Éva Marty et l’Algérien Mustapha Belkacemi se retrouvent sur le parvis de la mairie de Béziers afin de célébrer leur union, Robert Ménard fustige une prétendue « mascarade » de « mariage blanc ». Pour le maire d’extrême droite, impossible de marier un homme sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF). Un refus qui a amené l’édile à comparaître, ce mercredi 30 septembre, devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Lors de cette audience, le parquet a requis une amende de 7 500 euros. La peine réclamée reste donc très en deçà des peines maximales prévues par la loi, qui s’élèvent à cinq ans de prison, 75 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité. La décision a été mise en délibéré au 1er décembre, à 13 h 30. « Si la situation venait à se reproduire », Robert Ménard a assuré qu’il prendrait « la même décision ». Le mariage est pourtant une liberté fondamentale, totalement indépendante de la régularité du séjour. « Il n’y a aucune contradiction dans les normes légales, contrairement à ce qui a été dit », a rappelé le procureur, contrant l’argumentation du maire. Ce dernier s’estimait victime d’une « situation intenable » : il aurait été « écartelé » entre l’obligation de marier les tourtereaux et le respect de la sécurité sur sa commune.
Soutien de Bruno Retailleau et David Lisnard
Ce n’est pas la première fois que Robert Ménard, condamné en 2017 pour « provocation à la haine », utilise une telle rhétorique : dans le journal municipal et sur les affiches de la ville, les visuels assimilant l’arrivée de personnes exilées à des menaces contre l’identité ou la sécurité sont monnaie courante. À la recherche de soutien, Robert Ménard a cité à comparaître son ami Bruno Retailleau, en sa qualité d’ancien ministre de l’Intérieur. « Ces maires n’en peuvent plus. Ils sont pris dans un méli-mélo de règles », a estimé celui-ci, avant qu’un autre témoin, David Lisnard, président de l’association des maires de France, prenne la parole. L’édile de Cannes a d’abord évoqué un « dilemme cornélien », affirmant ensuite qu’il aurait, lui aussi, refusé ce mariage. Les maires sont pourtant tenus de respecter la loi. Pour le couple de Béziers, la décision de Robert Ménard a eu des conséquences catastrophiques. L’OQTF a suivi son cours : le 20 juillet 2024, Mustapha Belkacemi a été expulsé du territoire sans avoir pu voir un avocat. « Ils ont détruit ma vie, du jour au lendemain », témoignait-il en mars 2025 dans l’Humanité. « C’est une famille qui a été explosée par l’affaire Ménard, sans aucun scrupule, au nom d’un coup politique », jugeait alors Sylvie Pelletier, membre des Amoureux au ban public, un mouvement qui a pour but de faire respecter les droits des couples franco-étrangers. « Je trouve ça répugnant d’utiliser notre histoire et notre malheur, pour arriver à des fins politiques, ça me déçoit beaucoup de la France », commentait pour sa part Eva, ajoutant : « Nous voulons juste nous retrouver ». Depuis, les amoureux ont obtenu l’autorisation de la France de se marier en août 2025 puis celle de la préfecture algérienne, le 7 juillet 2026. Après la célébration de leur union près d’Oran le 14 juillet, Eva a récupéré son livret de famille… à la mairie de Béziers. Face à l’extrême droite, ne rien lâcher ! C’est pied à pied, argument contre argument qu’il faut combattre l’extrême droite. Et c’est ce que nous faisons chaque jour dans l’Humanité. Face aux attaques incessantes des racistes et des porteurs de haine : soutenez-nous ! Ensemble, faisons entendre une autre voix dans ce débat public toujours plus nauséabond. Je veux en savoir plus.