Tension autour des gens du voyage à propos des aires d’accueil
Comme chaque été, la question des aires d’accueil des gens du voyage ravive les tensions locales et les débats politiques. Confrontés à la multiplication des installations illicites, de nombreux maires appellent l’État à prendre ses « responsabilités ». De leur côté, les associations de nomades pointent du doigt un manque flagrant d’infrastructures adaptées et conformes à la loi. Les cas de conflits entre maires ou habitants et des groupes stationnés sur des terrains privés ont fleuri ces dernières semaines dans la presse régionale : 200 caravanes à Muzillac (Morbihan), 140 à Pont-l’Evêque (Calvados), plus d’une centaine à Rumilly (Haute-Savoie). Du grain à moudre pour les politiques en campagne, dont l’ancien Premier ministre Gabriel Attal qui a attaqué, à l’occasion d’un déplacement en Vendée, les « installations sauvages » sur « des terrains de sport, des parkings, des terres agricoles » par des « occupants qui revendiquent quasiment de bafouer le droit ». Le candidat Renaissance à la présidentielle « découvre le vieux problème séculaire de la coexistence des sédentaires et des nomades », a ironisé son adversaire LFI Jean-Luc Mélenchon, qui l’a accusé d'« ignorance de la loi ». « Les gens se mettent en situation illicite car il n’existe pas suffisamment de lieux dédiés au stationnement », fait valoir de son côté Martine Serlinger, déléguée de l’association sociale nationale internationale tzigane (Asnit).
Des départements à la traîne sur leurs obligations
Fin juillet, l’Association des maires de France (AMF) appelait l’Etat à « prendre ses responsabilités en coordonnant les grands passages » de groupes se rassemblant notamment à l’occasion de fêtes ou de pèlerinages, et « en permettant l’évacuation » des terrains. Selon l’association, chaque année des communes se retrouvent démunies à l’arrivée de grands groupes et des « maires sont régulièrement agressés ». Depuis 2000, la loi Besson oblige les communes de plus de 5.000 habitants à se doter d’une aire d’accueil de gens du voyage de 25 à 40 places ou à mutualiser les places au sein de l’agglomération, et à prévoir une aire de grand passage de 50 à 200 places dans chaque département. Ces dispositions doivent être recensées dans un schéma départemental, à réviser tous les six ans. Mais en 2024, seuls 12 départements étaient à jour de l’ensemble de leurs obligations, selon le Sénat. Pour le maire divers droite de Toulouse Jean-Luc Moudenc, ce schéma départemental est « le cœur du problème » car il « impose aux intercommunalités la réalisation d’équipements toujours plus coûteux » et « il conditionne la possibilité d’obtenir une procédure d’expulsion rapide », affirme-t-il dans une tribune au JDD. Même si ces objectifs départementaux « étaient remplis à 100 %, il n’y aurait pas assez de places légales », relève Martine Serlinger, qui dénonce de plus des aires d’accueil « complètement inadaptées à la vie en famille » et dans la moitié des cas « impropres à l’habitat ». Ces places sont « dégradées et dégradantes », « systématiquement dans des zones avec une pollution sonore, visuelle ou sanitaire, en périphérie et sans transport », estime aussi Nara Ritz, coordinateur de l’Observatoire pour les droits des citoyens itinérants (ODCI).
« Mal-logement massif »
Dans un rapport paru en juin, la Fondation pour le logement des défavorisés dénonçait un « mal-logement massif » qui touche 177.000 personnes issues des communautés des gens du voyage : insalubrité, suroccupation, installation sans titre d’occupation ou de façon durable sur une aire d’accueil conçue pour une occupation temporaire. « Nous sommes en retard », concède Hugo Cavagnac, maire de Fronton (Haute-Garonne), qui attribue le manque d’aires d’accueil aux difficultés à trouver un terrain adéquat, à financer le projet et à le faire accepter par la population. « Il y a aussi des aires qui sont dévoyées et font l’objet de sédentarisation », réduisant les places disponibles pour d’autres itinérants, ajoute-t-il. Se plaçant du côté des maires, la loi Ripost, adoptée en juillet par le Parlement, allège les conditions requises pour demander l’évacuation d’un terrain occupé sans autorisation par des gens du voyage et augmente l’amende pour occupation illicite. Ce texte « ne sert qu’à criminaliser les gens du voyage », s’insurge Gigi Bonin, président du Mémorial des nomades et forains de France. Il critique une « politique de sédentarisation » à l’œuvre depuis des décennies. Le point de vue est partagé avec d’autres associations, dont l’ODCI, qui pointent, dans une tribune publiée dans Le Monde, un « objectif d’éradiquer une culture, une façon d’habiter et un mode de vie ».